Le Sang noir est l'histoire d'une journée de 1917, dans une ville provinciale de l'arrière. C'est à travers le calvaire du professeur de philosophie Merlin, dit Cripure (à cause de la Critique de la raison pure), le tableau d'une société de pharisiens, de grotesques, de haïssables, en face de gentils, de révoltés, de victimes. Cripure, lui, s'il a été un révolté, ne l'est plus guère. Il est la caricature d'un homme à la fin d'une civilisation, un homme extrêmement pitoyable. Moqué par ses élèves, vivant avec une gothon, sachant qu'une révolution se lève à l'Est, trop tard pour lui, haï par tous les patriotes de l'arrière, il veut se battre en duel, dans un dernier sursaut. Et, comme on le prive de ce duel et de son honneur, il ne lui reste plus que le suicide. Cripure qui, la nuit, dans son sommeil, entend une voix de femme lui demander : " Pourquoi as-tu envie de pleurer ", est une des figures les plus présentes qu'un romancier ait jamais créées. Il a beau sortir du roman, grotesquement vautré dans une troïka lamentable, agonisant, lentement escorté à travers la ville, jusqu'à l'hôpital, par deux agents cyclistes, il ne sera jamais oublié. Bien que retentissant des problèmes de 1917, Le Sang noir est un roman métaphysique, plus que politique. Cette dimension métaphysique et le foisonnement des personnages : Cripure, Maïa, Nabucet, Moka, Lucien... font du Sang noir le roman le plus dostoïevskien de la littérature française.
Le chef-d'oeuvre d'un écrivain de sensibilité anarcho-communiste. Un roman de "l'humiliation et de la colère" (selon A. Meyer), qui a pour cadre une petite ville française, à l'époque d'une guerre qui n'en finit plus (1917), à la recherche d'un bouc émissaire: ce sera Cripure, figure dostoïevskienne et inoffensif professeur auquel on fera payer cher son non-conformisme. (L’éditeur)

Louis Guilloux était un auteur incontournable des années 30. LE SANG NOIR, sans doute le plus connu de ses livres, est une œuvre qui devrait être lue par tous. Ce roman est bien plus qu’une critique et une dénonciation des élites de la société de l’époque, bien plus que la confrontation entre les hommes « non-combattants et la guerre. Le patriotisme insensé et souvent hypocrite de certains qui se déchaîne contre le détachement affiché de Cripure, sorte de « bouc émissaire » de la société en général est dans ce magnifique gros roman admirablement rendu.
Le livre est une analyse psychologique des habitants d’une petite ville de province pendant la Grande Guerre. Certains passages glacent le sang. D’autres sont loufoques et prêtent à rire. Les descriptions des personnages sont souvent savoureuses et la lecture de ce récit passionnant est un pur moment de bonheur. La richesse mais aussi la rigueur du style de Louis Guilloux est totale et ce roman bouleversant (très moderne dans le fond et la forme) laisse un souvenir impérissable.
Une lecture indispensable.



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