mercredi 31 mai 2006

Noblet, André : Révérence gardée. (Éditions Saint-Germain Des Prés)



OBLIGÉ

Prendre congé de moi, je ne peux,
Jour et nuit, je me retrouve,
Sans pouvoir réprimer ce besoin impérieux
Qui sans cesse m’éprouve.

C’est dire combien je souhaiterais être seul,
Loin de ces pensées qui sans fin m’assaillent
Et qui parfois, sans suite, comme des éteules,
Bien trop souvent, en moi, ferraillent.

Donc à moins d’ignorer ce problème,
En rejetant ce que je suis,
Vivre m’oblige à rester moi-même
Pour honorer ce qui est Écrit.
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AU-DELÀ DU TEMPS

Dans un monde glacé, sans repères,
Toute vie est absente,
En ce cruel vide polaire
Où s’épuise l’attente.

Des morsures du temps,
Les jours engourdis s’étirent
Jusqu’à ce que vienne un moment
Où, en eux-mêmes, ils expirent.

Car en ce lieu, point d’alternance
Des jours et des nuits,
Seul le sens des saisons balance
Dans le cours de ceux-ci.
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D’UN TEMPS ÉCONOME

Dans la fuite du temps, que mon esprit ne s’égare,
Si je ne veux pas qu’en moi s’immolent les jours,
Que leurs cendres froides s’offrent à mon regard,
Sous le ciel des tropiques aux nuages lourds.

Là, en ce paysage de rêve, comme une drogue,
Sous le charme envoûtant des îles,
Le passé ne serait que l’épilogue
D’un temps, d’un présent, d’un présent sans profil.

Dans cet état second, comment pourrais-je vivre ?
Donner au temps ce qui lui revient,
Quand, seul à ma table de travail, je peux poursuivre,
Tous les possibles, aussi bien.

De belles réflexions poétiques sur le problème du temps.


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lundi 29 mai 2006

Wyndham, John : Le jour des Triffides. (Terre de Brume)

Il a suffit d’une nuit pour que l’humanité devienne aveugle. Cette nuit fameuse où, dans un ciel zébré d’éclairs verdâtres, une mystérieuse comète est passée à proximité de la Terre, ne laissant la vue qu’à quelques rares « chanceux ». Le monde entier est aussitôt devenu la proie du chaos. Effrayés, tels des animaux enragés, les hommes se sont retournés les uns contre les autres, oubliant toute mesure.
Parce qu’il se trouvait dans un hôpital, temporairement privé de l’usage de la vue lors du passage de la comète, Bill Masen a été épargné par ce fléau. Désespérément, il tente de préserver des bribes de civilisation sur cette Terre devenue folle. Mais le pire est à venir, car bientôt apparaît une horde de plantes intelligentes capables de se déplacer ; des plantes qui commencent à détruire leurs pathétiques proies humaines… Les Triffides veulent envahir la Terre, exterminer l’humanité, et seul Bill Masen est peut-être en mesure de les en empêcher.

Moins connus en France que J.G Ballard , john Cristopher ou Edmond Cooper, John Wyndham est quand même resté célèbre pour son roman LES COUCOUS DE MIDWICH adapté à trois reprises pour le cinéma sous le titre « LE VILLAGE DES DAMNÉS. LE JOUR DE TRIFFIDES est l’exemple parfait de ce qu’était la science-fiction britannique dans les années 50 et 60. Il est très représentatif du courant « cataclysmique » en vogue de ces années là. Ici c’est une double catastrophe qui s’abat sur l’humanité. D’une part l’apparition des « triffides », sortes de plantes gigantesques dotées d’un aiguillon mortel, intelligentes et capables de se déplacer. De l’autre une calamité descendue du ciel laissant presque tous les hommes aveugles…
Bill Mansen a la chance de rester voyant et fait la connaissance de Josella à qui il sauve la vie. Elle-même préservée du fléau qui aveugla l’humanité, Josella devient vite amoureuse de son nouvel ami. Le sort va les séparer et, chacun de leur côté, ils vont vivre de terribles aventures.
Enfin, après de nombreuses péripéties, le héros retrouve sa fiancée et intègre avec celle-ci un groupe de survivants. Le livre s’achève sur l’espoir de l’avènement d’une nouvelle civilisation, meilleure que la précédente. C’est un bon petit livre de SF, écrit sans génie mais qui se lit avec agrément. Le roman a plutôt bien vieilli mais le thème a tellement été exploité que l’impression de « déjà vu » est trop présente. Le classicisme de l’écriture et les situations sans grandes surprises font que l’on arrive au terme de l’histoire sans avoir vraiment vibré pour les protagonistes du récit et que l’on referme le livre sans déplaisir. Dans le genre, je préfère quand même mille fois le chef d’œuvre d’Edmund Cooper : LE JOUR DES FOUS. Ceci étant dit, ce classique de la SF fait quand même passer un bon moment de lecture
D’abord édité au Fleuve Noir en 1956 sous le titre RÉVOLTE DES TRIFFIDES le livre fut adapté au cinéma en 1963 et n’eut droit qu’a une traduction intégrale en français avec cette édition en 2004. De cet auteur je possède également LE PÉRIL VIENT DE LA MER aux éditions "Le Rayon Fantastique".



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samedi 27 mai 2006

Goffette, Guy : Partance. (L'Etoile des limites)

« … La caravane m’a sauvé. Derrière un verger planté de « basses-tiges » - des arbres à fruits - qui masquaient à ma vue la maison pleine de fureur et de bruits, j’avais enfin trouvé un lieu à ma mesure, entre le camp volant et la cabane dans les branches, entre départ et arrivée.
Je la baptisais PARTANCE. »

Entre souvenirs, songes et considérations diverses, un beau petit voyage dans les rêveries de l’auteur.
Hélas actuellement épuisé.



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jeudi 25 mai 2006

Enfant (L').

Bruno, vingt ans, Sonia, dix-huit ans. Ils vivent de l’allocation perçue par Sonia, des vols commis par Bruno et les gamins de sa bande. Sonia vient de donner naissance à Jimmy, leur enfant. Comment Bruno peut-il en devenir le père, lui qui est si léger, qui vit dans l’instant, préoccupé uniquement par l’argent de ses trafics ?
Avec «L’ENFANT, Jean-Pierre et Luc Dardenne remportent au Festival de Cannes leur seconde Palme d’Or et imposent ainsi un cinéma profondément humain, un cinéma du mouvement et de l’action, en livrant une vérité abrupte qui surgit des corps et des regards. Une œuvre magistrale, âpre, généreuse et vibrante tout à la fois, interprétée avec grâce par Jérémie Renier et Déborath François. (L’éditeur).

Une histoire simple racontée avec brio. Bruno et Sonia sont deux très jeunes adultes vivant dans la précarité et le provisoire. Pour Bruno, tout se monnaie, se vend et s’achète. Ce garçon est un chien fou inconscient, un sympathique petit escroc qui déroule sa vie sans se poser de questions. N’ayant même pas pensé à assister à l’accouchement de sa compagne, n’ayant même pas pensé à aller la voir à la maternité, c’est avec une indifférence souriante qu’il découvre son enfant prénommé Jimmy… Il y voit vite une occasion en or de se faire de l’argent en vendant le bébé. Mais en découvrant la réaction de Sonia, désespérée par son acte, il entreprend de récupérer Jimmy…
L’action de ce beau film se déroule en grande partie dans le no man’s land d’une ville industrielle belge, frappée par le chômage, mais il n’y a aucun misérabilisme dans cette œuvre. La vitalité des personnages et étonnante et le destin de ces exclus ne parait pas écrasant. Sonia et Bruno sont des enfants et prennent la vie avec un fatalisme presque allègre. Et la fin, pourtant très bouleversante laisse deviner la rédemption de Bruno et la réunion de ces deux êtres émouvants. Un film militant mais optimiste en fin de compte, débordant d’énergie et de valeurs positives. Jean-Pierre et Luc Dardenne sont des cinéastes qui ne pratiquent pas l’esbroufe. Ce film en est encore un exemple. Pas de musique d’accompagnement, pas de grands dialogues inutiles mais une simplicité qui n’empêche absolument pas la profondeur de l’histoire.
J’avais adoré « ROSETTA » mais je trouve celui-ci encore meilleur. Un film attachant, passionnant et intelligent.
C’est une Palme d’Or méritée et les frères Dardenne sont l’honneur du cinéma francophone.



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mardi 23 mai 2006

Pouchkine : La fille du capitaine. (Le Livre de Poche / classique)

Sans le règne de Catherine II, un jeune officier noble, Pierre Griniov, est envoyé faire ses premières armes dans la lointaine forteresse de Bielogorsk. Il y rencontre l'amour en la personne de Maria Ivanovna, fille du gouverneur de la place. Cependant les paysans rebelles, menés par les Cosaques de l'Oural, menacent les marches orientales de l'Empire...
Jeté au cœur de la bataille, bientôt séparé de celle qu'il aime, lu jeune homme risquera tout pour la sauver, jusqu'à sa vie et son honneur.
Au gré d'une intrigue fertile en aventures, Pouchkine brosse un tableau historique précis et enlevé, à la Walter Scott, de la fameuse révolte de Pougatchov, personnage dont il nous donne un saisissant portrait, ambigu et subtil.
Publié en 1836, ce roman est considéré comme une des oeuvres fondatrices de la littérature russe moderne.

En comparaison de LA FILLE DU CAPITAINE, tous nos romans et nouvelles paraissent une bouillie sucrée. La pureté et la modération atteignent là une telle hauteur que la vérité elle-même semble artificielle et caricaturale. Pour la première fois surgissent des caractères vraiment russes : le simple commandant d’une forteresse, son épouse, l’enseigne, la forteresse elle-même avec son unique canon, le désordre de l’époque et la modeste grandeur des gens ordinaires. Tout cela n’est pas seulement la réalité, mais quelque chose de mieux encore.
Nicolas Gogol.

Je devais avoir une douzaine d’années quand j’ai dévoré ce livre pour la première fois. J’en ai gardé un souvenir de lecture éblouissant. Ce roman historique est avant tout un formidable récit d’aventures doublé d’une belle histoire d’amour.
Ce qui frappe à la lecture de ce « classique », c’est la simplicité de l’écriture. Contrairement à beaucoup de romans russes, les situations et intrigues se nouent et se dénouent très rapidement et les phrases sont brèves et précises. C’est le type même de roman que l’on prend plaisir à lire à tout âge. Pour ma part, ma redécouverte de ce superbe livre a été gâchée par les notes en bas de page d’Alain Couprie. Non content d’apporter des éclaircissements totalement inutiles (géographiques, historiques ou carrément en dehors du sujet), ce monsieur ce permet de réagir au texte en y glissant ses propres interprétations. Comme par exemple à la suite du récit d’un cauchemar du héros où ce pâle crétin révèle en bas de page que « ce rêve est prémonitoire comme le montrera la suite des événements » ! Encore une fois, la lecture, extrêmement agréable et passionnante, est polluée par les annotations d’un imbécile pédant, fier d’une science que n’importe qui peut acquérir en ouvrant un dictionnaire et plus grave en apportant des considérations que personne ne lui demande ! J’avais d’ailleurs poussé un « coup de gueule à ce sujet ICI.
Le lien que je vais ajouter à ce billet mènera vers une version non annotée de ce beau livre. Une lecture que je conseille à tous. Un roman universel.


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dimanche 21 mai 2006

Klein, Martial : Paroles de crapaud. (encres de Luc Legrand) (L'arbre)

Le crapaud inconnu
N’a pas été soldat,
Mais il a son tombeau
Bâti par des enfants
Sur le bord d’un ruisseau.

Souvent les amoureux
Qui viennent s’y promener
Le prenant à témoin
S’y jurent fidélité.
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Crapaud sait que le tout
Est toujours supérieur
A la somme des parties,
Mais il doit l’avouer,
Sa perfection n’est due
Qu’au total cumulé
De ses imperfections.
------------------------------
Crapaud pense qu’il vaut mieux
Etre un petit diamant
Qu’un gros tas de charbon.
------------------------------

Si pour Henri Michaux
Un crapaud vaut deux guêpes,
Une maman mamillon
Vaut dix papapillons.


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vendredi 19 mai 2006

Lefebvre, Alain et Méda, Dominique : Faut-il brûler le modèle social français ? (Seuil)

Chômage élevé, précarité, intégration en panne, inégalités entre hommes et femmes, tout semble se conjuguer pour entamer le moral des Français. Entraînés dans la globalisation, ils doutent d'eux-mêmes, des politiques et de leur modèle social, au moment où ils devraient construire avec vingt-quatre autres pays le modèle social européen auquel ils aspirent.
Leur faudra-t-il progressivement se résigner au modèle libéral, dont on vante tant l'efficacité ? Ce n'est pas une fatalité, car il existe en Europe un modèle à la fois compétitif et solidaire, dont les performances impressionnent d'autant plus qu'elles nourrissent une réelle cohésion sociale: celui des pays nordiques.
Il est grand temps de faire alliance avec ces états qui partagent notre idéal et de développer ensemble une Europe économiquement puissante et solidaire, autour de droits sociaux renforcés et d'un nouveau type d'Etat providence pour le XXIe siècle. (L'éditeur)

Alain Lefebvre réside en Suède où il est conseiller pour les affaires sociales. Il a publié plusieurs ouvrages sur les modèles sociaux nordiques. Dominique Méda est sociologue, chercheuse au Centre d'études de l'emploi (CEE). Elle a publié de nombreux ouvrages de référence sur le travail.

Voici donc un livre qui parle de cette fameuse flex-sécurité danoise (Nordique en fait).
Le livre est extrêmement intéressant et très documenté et l’on voit que ces pays nordiques ont construit toute une batterie de mesures visant à intégrer la quasi-totalité de leurs populations. Il n'y a pratiquement aucune chance de devenir SDF dans ces pays. En comparant ce modèle avec les mesures, presque toujours inefficaces prises dans l’urgence en France, on ne peut qu’adhérer à l’idée d’imiter nos voisins du Nord.
Pourtant on peut se demander si la copie d'un tel modèle serait possible ici.
Ces pays ont un taux d’imposition très fort ce qui est contraire aux tendances actuelles de la politique française. (Même la gauche ne communique qu’avec réticence et embarras sur ce sujet.)
Ce qui est valable pour de petits pays à l’immigration très restreinte ne peut sûrement pas s’appliquer tel quel chez nous.
Enfin c’est toute une approche de l’humain dans la société, qui se vit d'une façon tellement différente dans nos contrées, qu’il faudrait changer.
La question, en admettant que cela soit souhaitable, est : Comment ? Et à cette question, les auteurs ne répondent guère.
Un bon livre avec des analyses pertinentes et souvent convaincantes mais les différences de culture et de mentalités me semblent beaucoup plus importantes que ce les auteurs veuillent bien l’imaginer. De plus la pesanteur réelle de nos esprits face aux nouveautés ajouté à la mauvaise foi systématique de notre classe politique toutes tendances confondues fait que la transcription du modèle social nordique me parait bien problématique.



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mercredi 17 mai 2006

Hell's angels 69

Deux frères jouent à un jeu mortel pour infiltrer les rangs des Anges de l’Enfer, qu’ils veulent utiliser comme couverture dans le hold-up spectaculaire du César Palace à Las Vegas.

Autant vous prévenir tout de suite, ce film est un sacré beau navet. L’intrigue est complètement débile et n’est absolument pas crédible. Le hold-up est un sommet de nullité à cause de ses monstrueuses invraisemblances. Heureusement cette scène ne dure que quelques minutes. tout n’est en fait que le prétexte à montrer un gang de Hell’s angels. Et c’est là que le film est sauvé. Car eux sont crédibles. Et pour cause puisqu’il s’agit du gang des angels d’Oakland. De plus, pour les amateurs, on ne se lasse pas d’admirer de fabuleuses Harley bien différentes des bécanes frimeuses (quoi que très belles) de Easy Rider par exemple. Rien que pour ça, je suis certain de regarder plusieurs fois ce DVD. Je me suis aussi esquinté les yeux à essayer de deviner ce que pouvait être cette étrange moto de cross chevauché par l’héroïne du film dans la dernière partie. Résultat : RIEN, je ne sais pas. Je ne connais pas. Jamais vu même dans des bouquins spécialisés.
Un film réservé aux passionnés donc.

lundi 15 mai 2006

Selby, Hubert, Jr. : La geôle. (10/18)

Ne pas décevoir les lecteurs de LAST EXIT TO BROOKLYN, l'un des romans les plus forts des années 60, telle est la gageure que tient Hubert Selby Jr., avec LA GEÔLE. Non seulement le lecteur n'est pas déçu, mais il se trouve davantage encore agrippé, secoué et emporté par un flot furieux et obscène de mots, de phrases et d'images les plus violents qui lui aient été donnés à lire et à concevoir. LA GEÔLE, c'est l'uppercut le plus violent jamais assené à la gueule de l'Amérique. (L'éditeur)

Un prisonnier dans une cellule.
Seul.
Dans sa tête, un terrible mélange de souvenirs d’enfance et de phantasmes. Les premiers semblent souvent traumatisants. Quand aux seconds, ils vont d’un procès imaginaire ou le détenu se voit démontrer avec brio aux jurés qu’il est un bon citoyen, innocent bien sûr, arrêté injustement jusqu’à des délires terrifiants et sadiques où il torture d’une façon particulièrement ignoble et barbare les « fumiers de flics » qui l’ont arrêté.
Au fil de ce roman désespéré et excessif, on voit la raison du narrateur déraper de plus en plus pour finir par sombrer totalement.
Un livre « coup de poing » obscène, extrêmement traumatisant qui peut se révéler déplaisant à certains égards, certains passages étant profondément sadiques, mais aussi un livre puissamment évocateur, totalement fascinant et dont on ne peut guère se détacher avant la dernière page.

Du même auteur je conseillerais de lire également son premier ouvrage qui est de la même veine : « LAST EXIT TO BROOKLYN »



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samedi 13 mai 2006

Hazan, Eric : LQR-La propagande du quotidien. (Raisons d'Agir éditions)

De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité, la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travailla chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les " 20 heures " des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s'installe : plus elle est parlée, et plus ce qu'elle promeut se produit dans la réalité. Crée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l'une des armes les plus efficaces du maintien de l'ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d'essorer les mots jusqu'à ce qu'ils en perdent leur ses, son exploitation des " valeurs universelles " et de la " lutte antiterroriste ". Désormais, il n'y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d'exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C'est ainsi que la LQR substitue aux mots de l'émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission. (L’éditeur)

Eric Hazan démontre avec ce livre (dont le titre Lingua Quintae Respublicae est un hommage au Lingua Tertii Imperii de Victor Klemperer) que le langage a été, de tous temps, un moyen d’imposer une politique à travers les déformations de ses expressions. C’était vrai sous les régimes totalitaires d’Hitler ou de Staline par exemple, et cela se vérifie, aujourd’hui sous la domination quasi sans partage du néo libéralisme actuel. Nos locutions favorites sont très souvent issues du langage propre aux publicitaires. Elles ne sont jamais anodines et visent par leurs termes, qui sont vidés de leur sens puis transformés, à imposer une sorte de pensée unique toujours favorable aux pouvoirs en place.
Le mot « diversité » par exemple, avec l’expression très courante d’ »égalité dans la diversité », c'est-à-dire quelque chose qui ressemble singulièrement à l’inégalité. On peut aussi prendre le terme de « réforme » qui ne désigne plus qu’une baisse ou une suppression d’un droit acquis ou du beau mot « citoyen » cuisiné à toutes les sauces : entreprises citoyennes, initiative citoyenne, et même : jeux olympiques citoyens ! Ce qui évidemment ne veut strictement rien dire. On sait aussi hélas ce que le mot « transparence » peut cacher.
L’auteur, dans cet ouvrage, dresse un panorama volontairement lacunaire de ces nouvelles expressions, de ce langage adopté par les médias et les politiques dans un premier temps, avant d’être largement accepté par l’ensemble de la population. On peut à l’infini gloser sur les techniciens de surface qui ont remplacé les balayeurs, les agents du patrimoine qui ont succédé aux employés de bibliothèques ou aux gardiens de musées et sur les exclus qui n’étaient que des pauvres il n’y a encore guère longtemps.
Eric Hazan n’évite pas non plus le piège de cette langue de « supermarché » avec un beau « caractère performatif » à la page 21 en parlant de la dynamique propre au langage néo libéral.
Un bon livre, qui met en évidence et analyse le « prêt à penser » fourni par le nouveau jargon de la société « globale ». Un essai très documenté et qui montre l’urgence de trouver une solution contre ce détournement généralisé du langage et de ses significations.



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jeudi 11 mai 2006

Creep.

Au retour d’une soirée trop arrosée, Kate (Franka Potente) s’endort en attendant le dernier métro. A son réveil, la rame est déserte et les grilles fermées… Elle doit se résoudre à passer la nuit sous terre avec un compagnon d’infortune. Mais celui-ci disparaît aussitôt alors que retentit un cri à glacer le sang dans les profondeurs du tunnel. Pour Kate, c’est le début d’un effroyable cauchemar…
Digne des plus grands thrillers, CREEP joue avec les nerfs des spectateurs comme jamais auparavant. Une réalisation coup de poing, un huis clos terrifiant pour un film qui pulvérise les frontières de la peur… (L’éditeur)

« Le film d’horreur de l’année ». Cahiers du cinéma.
« Le meilleur de l’horreur ». Le Parisien.
« Une excellente surprise ». L’Écran Fantastique.

Le film démarre très fort dans les égouts londoniens. Dès le départ, on sent que nos nerfs vont être soumis à rude épreuve. Puis succède une banale petite introduction de quelques minutes pour présenter l’héroïne et apprendre pourquoi elle doit prendre le Métro. C’est la seule trêve dans l’histoire. Ensuite, dans des décors superbes des égouts, du Métro et dans d’improbables mais angoissants labyrinthes souterrains, le film ce déroule sans temps morts et l’angoisse monte crescendo. Pas d’effets spéciaux très visibles mais l’image est parfaite et le contraste entre la lumière froide du métro moderne et la pénombre des galeries et tunnels souterrains est très réussi. Le son est impeccable (et le rendu d’une lame s’enfonçant dans la chair est assez éprouvant) Le scénario est presque banal et est émaillé de quelques invraisemblances mais la réalisation en tire tout le parti possible et l’ensemble monte en puissance au fur et à mesure du film. Attention les scènes « gores » ne sont pas très nombreuses mais particulièrement sanglantes et très difficiles à regarder.
Sans être un chef d’œuvre, ce film est une totale réussite de cinéma d’épouvante et les amateurs se régaleront. A voir !



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mardi 9 mai 2006

Langlade, Jacques de : La reine Victoria. (Librairie Académique Perrin)

Le règne de Victoria, l'un des plus longs de l'histoire (1837 - 1901) marqua l'apogée de l'Empire britannique et de la domination du Royaume-Uni, première puissance mondiale. L'auteur sort des sentiers battus, de la légende qui entoure le personnage dont subsiste trop souvent une image d'austérité, de morgue et d'hypocrisie. Orpheline de père à quelques mois, soumise à une surveillance constante de sa mère et de l'amant de celle-ci qui rêvait du pouvoir par le biais de la future reine, elle devient, en 1837, à dix-huit ans, reine de Grande-Bretagne, succédant à son oncle Guillaume IV. Indépendante, elle régnera seule, loin de sa mère et de l'intrigant, aimant les hommages, les fêtes, les bals et les jeunes gens. Elle épouse par amour, contre l'avis de sa mère, un prince allemand, qui impose cette rigueur dont on affuble son règne (elle en aura neuf enfants). Oui, rigueur, mais avec des entorses qui rendent la reine Victoria infiniment humaine. Elle ne veut pas voir les dessous de son règne ; elle-même n'est pas à l'abri des allusions à des amitiés amoureuses qui défrayeront la chronique, tandis que sa société, cette haute société qu'elle méprise, s'encanaillera sous ses yeux. La "Britannica rule" s'impose avec arrogance tandis que la société se décompose, sous l'effet d'une explosion artistique et sociale. Mais Victoria, énergique et autoritaire, respectant le régime parlementaire tout en ne manquant pas de manifester ses opinions et ses préférences, porte haut le prestige de la couronne par ses talents de reine, de femme, de mère. Souveraine respectée, adorée de son peuple, - (du moins après son veuvage (1861) - , dissimulant sous un masque sévère les caprices, les élans, les passions qui sont les siens, elle a fortement contribué à l'aura de la monarchie qui subsiste aujourd'hui malgré les égarements actuels de la famille royale, bien anodins comparés à ceux que révèle l'auteur. Jacques de Langlade relate les faits tels qu'ils se sont produits, n'hésitant pas à déranger, en révélant quelques dessous bien révélateurs. (L’éditeur)

Cette biographie est passionnante. L’auteur décrit avec brio l’évolution d’une petite fille à l’enfance malheureuse mais qui aimait la vie, puis d’une jeune reine amoureuse qui prit sa fonction de souveraine comme un sacerdoce. Grâce à Jacques Langlade, on découvre, non seulement l’Aristocratie et la cour d’ Angleterre de ce temps mais aussi l’ensemble des couches de la société. Le décalage immense entre le discours moralisateur des élites et de leurs comportements est édifiants et nous fait penser à notre époque. Mais l'auteur nous livre aussi les clefs de la politique anglaise de ces années. Le royaume britannique en pleine expansion luttant soit au moyen des guerres soit avec la diplomatie contre ses rivaux européens et bientôt américains. La reine Victoria fût une des figures marquantes de la seconde moitié du XIX° siècle et on peut affirmer qu’aux yeux de son peuple comme des autres états, elle se confondit avec l'image de son pays.
Le livre est agréable à lire et rapporte bien les problèmes de l’époque : politiques, économiques, humains et même artistiques. Les rapports de la souveraine avec les défis de ce siècle de bouleversements et d’industrialisation, ses relations, souvent tendues, avec le parlement et ses premiers ministres successifs, sa vision sur le monde, tout cela est présenté d’une façon claire, vivante et captivante. On voudrait en savoir toujours plus. 410 pages, même d’une typographie serrée, c’est trop court ! C’est mon seul regret.



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dimanche 7 mai 2006

Wilde, Oscar : Nouvelles fantastiques. (La Cosmopolite/Stock)

" C'est en 1887 qu'Oscar Wilde publia en revue les quatre Contes fantastiques que voici. Ils furent réunis en volume pour la première fois au cours de la terrible et féconde année 1891 qui vit la rencontre de l'écrivain avec son destin. LE SPECTRE DES CANTERVILLE est suivi d'un sous-titre révélateur du parti pris d'humour comme conduite de vie : Fantaisie hylo-idéaliste : autrement dit, histoire qui mêle matière et pensée devenues indissociables. A vrai dire, sous l'apparence séduisante de ces fantaisies, il faut voir combien Oscar Wilde a opté pour la légèreté et le paradoxe comme boucliers contre les pièges du sort. A l'époque, la vie de l'écrivain était déjà diverse, chatoyante, iconoclaste et pleine de contradictions. Il avait fait sa tournée de conférences en Amérique et au Canada pendant toute l'année 1882 ; en 1883, il avait séjourné à Paris où il devait revenir en voyage de noces, marié à la charmante Constance Lloyd. Ses enfants naquirent en 1885 et 1886. Mais n'oublions pas que c'est alors, aussi, qu'il fut séduit par le jeune Robert Ross. C'est donc avec toute cette vie ambivalente et complexe qu'Oscar Wilde compose ces récits dont le brillant cache le cruel progrès des failles… » Diane de Margerie.

Ces Quatre nouvelles furent publiées en revue en 1887.
Le livre s’ouvre avec LE CRIME DE LORD ARTHUR SAVILE, une nouvelle sur le thème assez classique du destin contrarié. Ce récit est traité avec un joyeux cynisme tout à fait représentatif d’Oscar Wilde. Sa lecture en est réjouissante.
Ensuite la célèbre et populaire nouvelle LE SPECTRE DES CANTERVILLE, une sorte de conte qui avec humour retourne complètement la situation du château hanté. Une pure merveille !
LE SPHINX SANS SECRET et LE MILLIONNAIRE MODELE sont deux très courts récits de facture plus classique (et même sans une trace de fantastique dans le dernier), mais grâce au style magnifiquement raffiné de l’auteur, ils sont tout autant agréable à lire (j’allais écrire « à déguster »).
Oscar Wilde est un écrivain extrêmement profond qui s’acharne à paraître superficiel. Son humour omniprésent n’arrive pas à cacher ses critiques du monde dans lequel il vécut (la société victorienne). Ses œuvres sont de véritables bijoux de littérature et d’esprit et n’ont absolument pas vieilli.
Outre cet admirable recueil, je conseille fortement la lecture du magnifique et brillant roman : LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY.


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vendredi 5 mai 2006

Caron, Gilles : Pour la liberté de la presse. (Reporters sans frontières)

Voici le nouvel album photographique de REPORTERS SANS FRONTIÈRES. Il est consacré aux clichés de Gilles Caron, photographe-reporter disparu au Cambodge au cours d’un reportage.
La photo de couverture, le face à face de Cohn Bendit et d’un CRS est très connue et est extrêmement représentative des événements de 1968. Le reste du recueil est tout aussi caractéristique de l’époque et nombres des photos sont devenues célèbres. J’ai tous les albums de REPORTERS SANS FRONTIÈRES. C’est une collection que je compulse souvent.
Les 8,90 euros sont intégralement reversés à cette organisation pour défendre la liberté de la presse. Vous pouvez acheter ce magazine chez les marchands de journaux ou sur Amazon.



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mercredi 3 mai 2006

Street trash.

Les bas-fonds de Manhattan abritent une bande de zonards et de clochards. Installés dans une casse automobile, ils vivent de vols et d’agressions. Leur chef est Bronson, un psychopathe, vétéran du vietnam. Dans cet univers sauvage, il n’y a pas de place pour l’innocence et l’amour.
Tout se déglingue lorsque ‘épicier du coin découvre une boisson mystérieuse aux effets ravageurs : ceux qui l’absorbent explosent ou se liquéfient dans d’atroces souffrances… (L’éditeur)

« Ca fait peur ? Plutôt s’effondrer de joie, Jim Muro étant manifestement un petit malin qui a à la fois tout digéré des grands classiques de l’école Gore et tout compris de leur démystification. » Gérard Lefort, LIBÉRATION.

« Jim Muro est l’enfant prodigue du cinéma Gore ». Maurice Fabre, France-SOIR.

Aaaaaaaa quel chouette film d’horreur que celui-ci !
Ici, pas de bons sentiments, pas de recherche d’esthétisme, pas de délicatesse. Les clodos de ce film ne font que roter, pisser, se vomir dessus, ils ne parlent même pas, ils éructent. Et quand ils boivent l’alcool maudit, ils fondent dans un débordement de glaires et autres liquides dégueulasses.
Les clochards sont trop sales pour être vrais. Leurs fringues sont trop déchirées, rien n’est crédible et dans le scénario (qui tient en 5 lignes) il y a des maffieux et un flic qui n’ont strictement rien à faire dans le film. Alors pourquoi tant de bonheur à la vision de STREET TRASH ? Parce tout simplement c’est un superbe défouloir. Un sommet de mauvais goût dans un irrespect total des conventions, un savoir faire éblouissant et des effets spéciaux à deux balles qui font mouche et sont irrésistibles de drôlerie trash. (Le titre du film est d’une justesse rarement égalée.)
Si il n’y avait pas un gros quart d’heure de trop ou l’on s’ennuie vaguement (les acteurs parlent) je crierais au chef d’œuvre.
Ce film reçut à sa sortie le « Prix Très Spécial », saluant une œuvre insolite, bizarre ou excessive. Street trash rassemble ces trois épithètes et la récompense est mille fois méritée.


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lundi 1 mai 2006

Chattam, Maxime : Maléfices. (Pocket)

Une ombre inquiétante rôde dans les forêts de l'Oregon. C'est d'abord un employé de l'environnement qui est retrouvé mort, le visage horrifié. Aucune trace du criminel... Dans le même temps, des femmes disparaissent en pleine nuit, pendant le sommeil de leur époux. Pas de trace d'effraction dans les maisons... Et puis se répand une épidémie singulière : les foyers de Portland sont envahis par des araignées aux piqûres mortelles. Les victimes s'accumulent et la psychose s'intensifie. Et s'il n'y avait qu'une seule personne derrière tout cela ?
Un être pas comme les autres. On commence à murmurer le pire : et s'il n'était pas humain ? Joshua Brolin et Annabel O'Donnel vont mener l'enquête, entrer dans la toile et faire face à l'impensable.
Une nouvelle génération de tueur. (L’éditeur)

« Une trilogie qui a imposé Maxime Chattam comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers contemporains. » Le Monde

J’avais vraiment aimé le premier livre de cette trilogie : L’ÂME DU MAL, un thriller haletant et efficace. Le deuxième IN TENEBRIS m’avait conforté dans ma bonne opinion de l’auteur. (En fait j’avais même préféré le second au premier). C’est donc « en confiance » que j’ai entamé le troisième et dernier volet de cette trilogie. On retrouve ici le couple de détective Joshua Brolin et Annabel O’Donnel pour une aventure encore plus angoissante que les deux précédentes.
Dans ce thriller horrifique, le premier tiers semble plus de la littérature d’épouvante que du récit policier. Une « chose » enlève des femmes, les tue avant de vider leurs corps de leurs organes en les liquéfiant avant de les absorber. De plus, on retrouve les victimes « enveloppées » dans un cocon fabriqué en fil d'arachnides. Une araignée géante ? Tout le laisse à penser. Dans le même temps les morsures, souvent mortelles, de mygales et autres « Veuves noires » se multiplient dans les environs de Portland. L’enquête pose plus de questions qu’elle n'apporte de réponses et le lecteur est littéralement envoûté par le récit terrifiant de cette aventure.
Maxime Chattam est décidemment un sacré conteur et à l’art de tenir en haleine son lecteur. On est fasciné, captivé, ensorcelé par les rebondissements incessants, mais jamais gratuits, du roman. Je mets au défi quiconque d’abandonner ce bouquin en cours de lecture. Il n’y a aucun temps mort dans le déroulement de ce thriller qui garde un rythme et un suspense époustouflants jusqu’à la fin, excellente et inattendue. La psychologie des protagonistes est assez recherchée et les personnages attachants. L’intrigue est fouillée et passionnante. Quand au style de l’écriture, il est parfait.
MALÉFICES clôt donc en apothéose cette très bonne trilogie.
Pour passer quelques belles nuits blanches je conseille fortement ces trois livres. Ils peuvent se lire séparément sans problème mais je pense que la lecture dans l’ordre de leurs publications est quand même préférable.
Si vous aimez les très bons thrillers, n’hésitez pas.


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