Retourné vivre aux États-Unis après des années d’absence, Bill Bryson s’étonne : « Les Américains ont produit plus de prix Nobel que le reste du monde réuni. On n’obtient pas un pareil palmarès avec une population qui serait exclusivement composée de crétins. Et pourtant, parfois, c’est à se demander... Voyez plutôt : selon un sondage, 13% des Américaines sont incapables de dire si elles portent leur slip sous ou sur leurs collants. Donc, aux États-Unis, 12 millions de femmes se promènent dans un état chronique d’incertitude vestimentaire. »
Bill Bryson, c’est l’auteur de Motel Blues (PBP/ Voyageurs n° 260), où il narrait son enfance au fin fonds de l’Iowa. Puis il est parti vivre en Angleterre, où il a fondé une famille et écrit un livre encore plus drôle sur ses mésaventures britanniques, Notes From a Small Island, vendu à plus d’un million d’exemplaires en Grande-Bretagne. De retour au pays avec les siens, il a vraiment l’impression de partir à la « redécouverte » de l’Amérique et se fait chroniqueur pour le raconter avec un humour inénarrable dans un journal anglais, le Mail on Sunday, d’octobre 1996 à mai 1998. Résultat : 75 chroniques regroupées en volume et encore un bestseller avec fous rires assurés à toutes les pages ou presque.
Car ces petites histoires sont à savourer comme autant de feuilletons sur la vie quotidienne des Américains en Nouvelle-Angleterre. Tout y passe, vu que Bill a le chic de se fourrer dans les situations les plus absurdes, qu’il s’agisse de son coiffeur ou de sa femme, de l’administration ou de l’ordre public, des plaisirs de la campagne ou des joies de l’hiver, des supermarchés ou des ordinateurs, de la publicité ou de la religion, des hôtels ou des cabines téléphoniques, des élans ou des sconses, des autoroutes ou des aéroports, des séries télé ou de la « malbouffe »
Mais ce Mister Catastrophe mâtiné de Raymond Devos les aime bien, au fond, ses compatriotes aux allures d’extraterrestres : ils n’ont pas plus de travers que les autres peuples, simplement ils les expriment à leur façon. Reste à trouver le mode d’emploi.

Tout d’abord il convient d’oublier le titre complètement stupide et racoleur. Ce livre vaut mieux, nettement mieux que cela.
Il s’agit ici de petites chroniques, toutes simples mais bourrées d’humour qui croquent avec bonheur les mœurs et petits travers de la société américaine. C’est totalement réussi. Les sujets abordés vont de la chasse à l’élan à l’ordinateur au manuel abscons, de la magnificence de l’automne en Nouvelle-Angleterre à la bouffe américaine et de la folie acheteuse américaine jusqu’au gaspillage quasi institutionnel en vigueur dans ce pays.
L’humour dont ces courts chapitres sont emplis ne doit pas faire oublier la gravité de certains sujets traités.(Peine de mort, racisme, pollution…) Et la lucidité dont fait preuve l’auteur est bien réelle.
Il faut remarquer aussi que ces chroniques sont âgées d’une dizaine d’années et que certains particularismes décrits comme typiquement américains sont depuis devenus, sinon mondiaux, du moins occidentaux. Je pense par exemple à la généralisation et la multiplication du porte gobelets dans les voitures ou à la médiocrité de la TV. (Mais sur ce sujet, nous rattrapons très vite notre retard !)
Les différentes chroniques consacrées à la malbouffe peuvent aussi souvent (hélas) être transposées dans la plupart de nos pays.
Mais ce livre tord aussi le coup à certaines idées fausses. On imagine souvent par exemple les États-Unis comme un pays saturé de villes immenses et tentaculaires où des buildings gigantesques occuperaient tout le territoire. En fait, hors les grandes villes côtières, la démographie est très faible et les grands espaces américains ne sont pas une légende. On compte 31 habitants au Km² contre 112 Km² en France, 244 Km² en Angleterre et 340 en Belgique !
Bref un très bon bouquin à la fois intelligent et extrêmement divertissant que je vous recommande. Il vous fera passer quelques bonnes soirées. Merci à Claudius de me l'avoir fait connaître via son blog.



Acheter ce livre chez Amazon