jeudi 31 mai 2007

Brousse, Catherine : Tsal Suffri. (Paupières de Terre)

« En attendant le temps du rassemblement, voici ces hardes, petite balle d'étoffes rapportées de mes lointains. »
Catherine Brousse.

Le Tablier de Dieu.

Péroraison

Dans un infime creux de poussière face au torrent; sur l'autre rive, des pinceaux indiens aux mèches vermillon, des oreilles de mule franchement jaunes, des étoiles filantes lavande et magenta, des petites tigrées mouchetées de brun, dansent sous le vent avec de hautes herbes vertes au son de l'eau qui coule. Aiguilles de pin et senteurs du pin. Un ciel qui se mêle de tout... Je suis assise dans le tablier de Dieu, dans le divin bleu de travail, dans ses copeaux et ses coteaux, parmi les fils et les mailles, les accrocs et les taches, les coques et les bogues, brins de ci et brins de ça, avec les bêtes... marque parmi les mille marques de son labeur.
Je cherche des friandises dans ses poches, je frotte mon nez contre le tissu rêche du monde, terres, roches et bois, j'aspire son odeur d'herbe et d'air, je bois à sa sueur, je m'accroche à ses basques, je me love, je me cache et me perds dans sa trame.

Le tablier de Dieu, géologique, atmosphérique, tellurique : ce qu'il a laissé derrière sa journée achevée.

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mardi 29 mai 2007

Brussolo, Serge : Princesse noire (La). (Le Livre de Poche)

Capturée puis vendue comme esclave par des pillards vikings, Inga est achetée par une étrange châtelaine surnommée " la Princesse noire ". Quel est le secret de cette femme solitaire qui règne en maître sur un manoir en ruine où elle recueille des enfants infirmes abandonnés par leurs parents ?
Inga sent qu'un mystère pèse sur les lieux. Les adolescents dont elle a la garde chuchotent de bien curieuses histoires à propos d'une créature qui hanterait les souterrains. Un assassin qui, tel l'ogre des contes, viendrait à chaque nouvelle lune prélever son tribut de chair fraîche. Qui se cache sous le masque d'un dieu barbare pour commettre ses crimes en toute impunité ? Quelles manigances se trament dans le secret des oubliettes ?
Dans la lignée de La Captive de l'hiver ou de L'Armure de vengeance, ce thriller médiéval entraîne le lecteur dans un tourbillon de mystère, de superstitions et de passions obscures.

Ce livre est tellement dans la lignée de  PÉLERINS DES TÉNÈBRES et de LA CAPTIVE DE L'HIVER (trilogie inachevée comme souvent avec Brussolo) que l'on est en droit de se demander pourquoi, en changeant quelques détails, l'auteur ne l'a pas intégré dans celle-ci.
C'est une histoire bien dans le style habituel de Serge Brussolo en tout cas. Tout paraît fantastique, surnaturel et au fil des (nombreuse) péripéties, les explications viennent éclairer notre lanterne et le récit redevient logique. Enfin... une logique à la Brussolo bien sûr. Comme à son habitude, les situations sont complètement baroques, l'ambiance terrifiante et la folie omniprésente. D'ailleurs à part Inga, l'héroïne du livre, tous les protagonistes du bouquin sont déments ou le font croire. Angoisses, mystères et atmosphère pesante, les ingrédients habituels sont là. Il ne reste plus que de se laisser ballotter au gré de l' imagination débordante de l'auteur et des incessants rebondissements qu'il fait subir, quasiment à chaque page, à son récit.
Le livre est assez réussi et même si pour un habitué des romans de Serge Brussolo, les ficelles sont connues, elles fonctionnent encore et c'est avec grand plaisir que l'on dévore, le mot n'est pas trop fort, ce bouquin.
C'est bien simple, on commence à lire les premières phrases et on est emportés immédiatement le long d'un délire d'images et d'histoires toutes aussi dingues les unes que les autres jusqu'au point final.
C'est donc un « Bon » Brussolo que celui-là. Un livre à conseiller pour passer un fort bon moment de lecture facile et passionnante. Laissez vous tenter, laissez vous prendre par cette histoire folle qui mêle habilement, légendes historiques, imagination débordante et le style inimitable complètement déjanté de cet écrivain décidément peu commun.



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dimanche 27 mai 2007

Vian, Boris : Chansons. (Le livre de Poche)

Thèmes musicaux de pub TV, illustrations sonores de défilés de mode, sujets d'étude proposés aux collégiens, arguments pour la baisse de la TVA sur le disque et même marque de disques (J'suis snob Music au Japon !), les chansons les plus célèbres de Boris Vian sont aujourd'hui plus que des chansons. Mais sait-on que l'auteur de L'ÉCUME DES JOURS en a écrit, en une quinzaine d'années, près de cinq cents ?
Chansons d'amour, chansons politiques, chansons poétiques, chansons loufoques, il s'est essayé à tous les styles, il a abordé tous les sujets. Et après Boris Vian lui-même, de Mouloudji à Maurice Chevalier, de Juliette Gréco à Catherine Sauvage, d'Yves Montand à Jacques Higelin et d'Henri Salvador à Magali Noël, tous les plus grands interprètes de notre temps les ont mises à leur répertoire.
Rassemblée ici, l'intégrale de ces 484 titres nous révèle l'une des facettes les plus étincelantes du créateur « tous azimuts » que fut Boris Vian.

Avant hier je mettais un peu d'ordre dans les rayons de ma bibliothèque (oui, oui ça m'arrive !) et ce bouquin m'est littéralement tombé dans les mains. Alors je l'ai ouvert et évidemment le rangement fut reporté à une date aussi imprécise qu'ultérieure...
Il faut dire qu'un texte de Vian, c'est un peu comme une cacahuète. Aussi tôt englouti, on ne peut s'empêcher d'en reprendre un.
Vian était vraiment un génie universel et tout le monde connaît des chansons comme « Le Déserteur », « J'suis snob », « La java des bombes atomiques », « Les joyeux bouchers » ou « On n'est pas là pour se faire engueuler ».
Des chansons souvent très engagées, presque toujours traitées avec humour mais toutes belles et passionnantes. Un chanson passionnante, c'est un adjectif assez curieux et pourtant tout à fait valable. En effet chaque texte, raconte une petite histoire et la chute de celle-ci est souvent étonnante. On voit bien que Boris Vian était un écrivain. D'ailleurs que n'était pas Boris Vian ?
Le genre de livre à garder près de soi ou carrément dans sa poche pour pouvoir en déguster quelques pages de temps à autre. Il faut noter que ce bouquin peut parfaitement tenir le rôle d'un anti-dépresseur. Il devrait d'ailleurs être remboursé par la Sécurité Sociale. Et pourtant, contradictoirement, les chansons ne sont pas toutes optimistes, loin de là. Il y a souvent du désespoir dans les textes de Vian. Mais, comme souvent chez les pessimistes, si le fond peut être noir, la forme en est presque toujours humoristique et (ou) impertinante. Chansons populaires donc, mais chansons qui ont « du sens ». Elles s'adressent donc à tous et n'ont pas vieillies.
Bref, un recueil indispensable aussi bien à l'amateur de chansons françaises qu'à l'admirateur de l'écrivain.
Vous pouvez trouver certaines de ces chansons sur
CE SITE.


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vendredi 25 mai 2007

Retour des morts vivants (Le). (DVD)

Deux employés d'un entrepôt de produits médicaux libèrent un cadavre d'un fût hermétiquement fermé oublié par l'armée. Ils réveillent sans le savoir une immonde créature. Lorsqu'ils parviennent à la démembrer et à la brûler, ses cendres encore vivantes rampent jusqu'au cimetière proche, invitant une horde de zombies fraîchement sortis de leur tombe à déferler sur la ville pour un festin de chair fraîche !

Je différais le visionnage de ce DVD car mon pote Wally n'avait pas aimé ce film. Ma grande amie Lys m'ayant offert un coffret contenant un tas de films de morts vivants, je me suis décidé à regarder LE RETOUR DES MORTS VIVANTS pour me mettre en bouche.
Hé bien en fin de compte, je l'ai bien aimé. C'est une joyeuse parodie des films de Romero (LA NUITS DES MORTS VIVANTS, ZOMBIE, LE JOUR DES MORTS VIVANTS et LE TERRITOIRE DES MORTS) tout en respectant ceux-ci. De nombreux clins d'oeil leurs sont lancés d'ailleurs.
Une bande de punks bien caricaturaux attendent, dans un cimetière, leur copain Freddy qui vient de débuter un travail dans une entreprise vendant des squelettes et autres joyeusetés à des laboratoires scientifiques. Les acteurs en font des tonnes. Une nana commence sans raison un superbe strip-tease devant ses potes assez indifférents d'ailleurs. Il faut noter que la gonzesse, malgré un pubis rasé ne possède pas de sexe. Mystère de la censure américaine...
Dès le début du film, les festivités, si j'ose m'exprimer ainsi, commencent. Freddy et son chef, un crétin parfait libère un zombie enfermé depuis des années dans un fût. Plus grave encore, ce fût contenait un gaz toxique qui leur sera fatal.
Après quelques péripéties, ils arrivent à découper un mort vivant et à l'enfourner par petits paquets dans un four crématoire. Terrible erreur ! Les cendres retombent avec la pluie sur le cimetière proche où attendent les punks. Et le carnage commence !
La punkette qui a remis une chemise mais se balade toujours les fesses à l'air, se fait croquer (pas les fesses, les zombies ne s'intéressent qu'aux cerveaux) et tout se beau monde en plus ou moins de temps se fait bouffer assez vite (le film n'est pas très long.) Contrairement aux morts vivants de Romero, ici, les cadavres courent vite et arrivent même à parler. (Cerveeeeeaaaaaaux). Il y en même un, plus bavard que les autres qui, affamé de chair fraîche appelle la police pour réclamer plus de renforts ! ) Tout le film oscille entre le film d'horreur classique et la parodie débridée. À mon avis, l'exercice est plutôt réussi et si certaines scènes frôlent le ridicule, le rythme soutenu de l'action permet de ne pas s'appesantir sur tel ou tel détail légèrement grotesque. Une musique bien punk et des couleurs violentes contribuent aussi à l'impression de rapidité de l'ensemble.
Je ne regarderais certes pas ce genre de film chaque soir mais, dans l'ensemble, je ne me suis pas ennuyé. C'est plus un film pour rire qu'un film de terreur. Si on accepte cette idée, le spectacle se laisse voir sans déplaisir.
Il faut noter que comme dans les films de Romero la fin est pessimiste (doublement même dans ce cas) et tout le film baigne dans l'ambiance d'un humour noir assez réjouissant.
Une petite pose (il faut déguster ce genre de film à petites doses quand même) et je continuerai, grâce à la Lys (que l'enfer la happe pour d'éternels tourments) , mon exploration du monde fabuleux des cadavres revenus à la vie. Que du bonheur !



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mercredi 23 mai 2007

Larcenet : Les superhéros injustement méconnus (Fluide Glacial) et Une aventure rocambolesque de Sigmund Freud : Le temps de chien (Poisson Pilote)

Je viens de terminer deux superbes BD offertes par mon amie Lys. Deux BD de Manu Larcenet, deux petits bijoux d'humour absurde comme je les aime.
La première : LES SUPERHÉROS INJUSTEMENT MÉCONNUS présente sept variations sur le thème des super héros. Mais ici, nous sommes (très) loin de Superman, Spiderman et autres Bat man. Larcenet, imagine des héros assez loufoques. Qu'on en juge. Super-Scientifique Man est un vieux professeur qui rétablit la vérité scientifique au risque de faire douter le Christ lui-même. Super Timide Boy le héros qui se cache dans les toilettes à l'approche d'une femme, Wonder mécanicien est un génie de la réparation des moteurs, Agrikultor vous fait pousser des betteraves en deux temps, trois mouvements... et bien d'autres aussi déjantés. Édité par FLUIDE GLACIAL, cet album en a bien le ton. De la bonne déconnade bien réjouissante.
Un « must » dans son genre.

Le deuxième nous offre une « aventure rocambolesque de Sigmund Freud »: LE TEMPS DE CHIEN où nous assistons aux tribulations (imaginaires) baroques du bon docteur Freud et de son domestique dans l'Amérique version cow boys. Un bon gros délire où entre autres nous assistons aux aventures d'un chien s'évadant d'un bagne pour se chercher une âme.
La parodie de Freud est plus que drôle et le rire est assuré à chaque page de l'album grâce, souvent au répliques et réparties de son valet. Et pourtant, autant LES SUPERHÉROS INJUSTEMENT MÉCONNUS ne faisaient que de l'humour pur, ce livre, lui, est beaucoup plus profond qu'il ne paraît au premier abord. Sous l'abri du comique, il dénonce une certaine idée de l'Amérique. Mais, rassurez-vous, cette BD reste avant tout une BD extrêmement divertissante. Elle est même encore plus drôle, à mon avis, que la première, présentée plus haut qui pourtant atteint des sommets dans le genre.
Deux BD du même auteur, deux très belles réussites. Je vous en conseille vivement la lecture.
:boing: MERCI MA LA LYS ! :fleurs:
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lundi 21 mai 2007

Doderer, Heimito, von :Les Fenêtres éclairées. (Rivages)

On peut être un homme respecté, avoir mené une vie exemplaire, avoir fait carrière dans l'administration en gravissant tous les échelons du mérite, et se retrouver pourtant nu quand sonne l'heure de la retraite. Comme un ange déchu, l'inspecteur Julius Zihal «tomba d'abord dans un espace vide, une sorte de zone intermédiaire, un étrange no man's land intercalé entre une autorité mystique, ou du moins mystérieuse, et la vie». Pour se protéger de cette vie qui le désoriente mais dont il est curieux et qui l'attire comme ces silhouettes entraperçues le soir dans l'encadrement de fenêtres éclairées, il va peu à peu tisser autour de lui un cocon d'où n'émerge, à la lueur de la lune, que le tube oblique d'une lunette indiscrète. Occupé à cataloguer ces étoiles terrestres, enfermé dans un système astronomico-administratif patiemment élaboré nuit après nuit, il ne verra pas venir la chute. Elle aura des conséquences inattendues.
On retrouve dans ce court roman aux apparences de tragi-comédie le thème central de l'univers de Doderer : la découverte de soi, la marche vers l'authenticité. L'analyse du cas Julius Zihal est conduite avec la précision, la jubilation et l'humour qui caractérisent cet auteur viennois que l'on n'a pas fini de découvrir.

Ce livre est un petit bijou ! Je l'avais déjà lu il y quelques années mais j'en avais oublié le titre... et l'auteur. C'est donc par un pur hasard que je l'ai retrouvé à la bibliothèque municipale. La seconde lecture a tout de suite confortée ma première opinion. C'est un de ces livres que l'on déguste avec gourmandise tellement l'écriture en est belle et délicate. Quand au récit ! Il conte avec brio l'histoire d'un tout récent retraité qui devient voyeur et, la nuit venue espionne grâce à des jumelles ses proches voisins. Beaucoup d'humour mais aussi de réflexion et, encore une fois, une écriture superbe.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler l'intrigue mais sachez que le livre se dévore d'une seule traite.
Bon, cette fois le bouquin ne m'échappera plus. je vais l'acheter car ce livre est de ceux qu'il faut absolument posséder pour pouvoir de temps à autre en relire ne serait-ce que quelques pages. Je vais aussi essayer de me procurer d'autres ouvrages d'Heimito von Doderer.

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samedi 19 mai 2007

La Hire, Jean de : L'Invisible. (André Jaeger Éditeur, collection : Fantastic)

J'ai acheté ce livre surtout parce qu'il était daté de mai 1953. Et franchement je m'attendais à ce que sa lecture en soit pénible sinon impossible.
Un mot d'abord de l'auteur. Jean de La Hire. De son vrai nom Adolphe d'Espié de la Hire (1878 - 1956), il fut un véritable « touche à tout » de la littérature populaire. Fantastique, science fiction, espionnage, policier, romans d'amour... aucun genre ne le rebutait et il était sans doute bien difficile pour un amateur de romans de Gare de lui échapper. Il fut un des derniers véritable « feuilletoniste » de la littérature. Quantité ne rime bien sûr pas avec qualité et si dans son oeuvre on peut trouver quelques joyaux, il faut avouer que beaucoup de ces livres sont devenus au fil du temps presque illisibles. C'est donc avec résignation que j'en entreprit la lecture...
Et ce fut une bonne surprise. Dès le début, l'auteur part du postulat ingénieux de ce que L'HOMME INVISIBLE de H.G. Wells n'est pas un roman mais l'histoire déguisée d'un fait réel. (En passant, il a le culot, et ceci à plusieurs reprise, de le qualifier de mauvais roman !) Le héros du récit : Joë Rollon, jeune scientifique, s'empare donc du secret de l'invisibilité. Préparant avec plus de sérieux que Griifin, l'homme invisible de Wells, son passage à l'invisibilité, Joë devient très vite riche. Il change de nom et vient s'établir en France en usurpant l'identité d'un mort, Jacques Roll, commence alors son irrésistible ascension. Sa nouvelle fortune inépuisable et le don de se rendre invisible lui permet de gravir l'échelle sociale et politique. Maire, député, il prend de plus en plus d'importance dans la vie du pays.
C'est alors que curieusement le roman de science fiction se change en roman d'amour ! De longs chapitres sont consacré à l'amour impossible qu'il porte à Madame de Miambe. Et c'est la que le style un peu désuet de Jean de la Hire fait merveille. On se croirait dans un roman écrit à la fin du XIX° siècle ! Les situations comme les tournures de phrases sont à la fois élégantes et comiques dans leur obsolescence. Et le héros change aussi ! Du jeune et sans scrupules Joë Rollon, on passe à un être beaucoup plus civilisé. Le nouveau Jacques Roll n'a guère d'états d'âme non plus certes (il étrangle même son rival, profite sans vergogne de son invisibilité et débauche d'innocentes jeunes filles), mais il se civilise peu à peu.
La fin le voit même, une fois son amour conquit, renoncer à la plus grande part de sa fortune, brûler le secret de l'invisibilité, et avec sa toute nouvelle jeune femme s'établir comme modeste médecin et soigner gratuitement les gens du canton. Ils furent heureux et bien sûr eurent beaucoup d'enfants.
Un roman qui commence par de la science fiction, continue en roman d'aventure pour finir en roman d'amour, ce livre peut être considéré comme un résumé de la carrière littéraire de l'auteur.
Même si on est loin, très loin d'un chef d'oeuvre, ce bouquin intemporel puisque sans doute déjà désuet à sa sortie, m'a donné un certain plaisir. Sa cocasserie involontaire n'y est sans doute pas pour rien. Si vous le dénichez dans une librairie spécialisée ou sur un vide-grenier quelconque, je vous engage à l'acheter. Il ne fera pas seulement de la figuration dans votre bibliothèque mais vous procurera sans doute quelques bonnes heures de détente.
Pour ma part, je suis content et de ma trouvaille et de sa lecture.
Au fait, on peut y trouver une sacrée belle faute qui m'a mise en joie : :yaka:



L'image de ce bouquin est maintenant dans
mes collections « divers »
Pas de lien AMAZON bien sûr ! :green:

jeudi 17 mai 2007

Thilliez, Franck : La chambre des morts. (Pocket)

Imaginez...
Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d'éoliennes désert. Soudain le choc, d'une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. A ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d'euros, à portée de la main.
Que feriez-vous ?
Vigo et Sylvain, eux, ont choisi. L'amitié a parfois le goût du sang: désormais le pire de leur cauchemar a un nom... La Bête.

Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez est ingénieur en nouvelles technologies. Son premier roman Train d'enfer pour ange rouge (La Vie du Rail, " Rail Noir ", 2003) a été nominé au prix Polar SNCF en 2004. Il est également l'auteur de Deuils de miel (La Vie du Rail, " Rail Noir ", 2006) et La Forêt des ombres (Le Passage, 2006). La Chambre des morts (Le Passage, 2005), classé à sa sortie dans la liste des meilleures ventes et salué par la critique, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006. Franck Thilliez vit actuellement dans le Pas-de-Calais.

Dans le genre actuellement à la mode du tueur fou confronté à un « profiler », LA CHAMBRE DES MORTS est une véritable réussite. Tout y est : un tueur dément, une intrigue aux multiples rebondissements, d'innocentes victimes, des flics aux vies compliqués, des fausses pistes, un rythme haletant, du stress...
Tout je vous dit. Cela aurait d'ailleurs pu être gênant tellement on sent que le bouquin est bien préparé, j'allais dire formaté, pour rentrer dans le moule du fameux SILENCE DES AGNEAUX et de tous les romans qui ont suivis. On pense à Chattam par exemple...
Il n'empêche que le récit est captivant et ce mélange d'enquête qui part sur plusieurs pistes, de rebondissements incessants et de cruauté morbide marche très bien. Les chapitres, très courts comme il est d'usage dans ce type de roman, s'enchaînent sans temps mort et on peu vraiment dire que ce livre se dévore.
Les caractères des personnages sont assez fouillés et bien typés, les descriptions de la région Pas de Calais qui sert de cadre sont vraiment bien rendues et on ne se pose pas une seconde la question de la crédibilité de l'histoire. Car Franck Thilliez pousse le bouchon un peu loin dans l'incroyable. Mais ce n'est qu'une fois que la dernière page est terminée que l'on reprend notre libre arbitre. En effet, cette histoire macabre, cruelle même est si prenante que l'on ne peut se détacher du bouquin avant la fin. Alors il ne faut pas bouder notre plaisir. Malgré des ficelles un peu grosses, LA CHAMBRE DES MORTS est vraiment un bon thriller, un livre parfait pour la détente. Pendant sa lecture, on oublie tout le reste. On est littéralement plongé dans ce qui ressemble beaucoup à une histoire d'horreur.
Bref, vous l'avez compris, c'est un livre que je vous le conseille vraiment.



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mardi 15 mai 2007

Puard, Bertrand : Requiem pour Cézanne. (Belfond)

Paris, 1908. Deux ans après la mort de Paul Cézanne, un portrait inédit d'Émile Zola peint par le maître est retrouvé devant le Panthéon. Quelques rues plus loin, un meurtre est commis dans un restaurant. Les brigades du Tigre sont formelles : la scène du crime évoque trait pour trait Les Joueurs de cartes, le tableau du célèbre artiste.
Lalie, jeune écrivain, amie de Matisse et Picasso, va enquêter sur cette étrange affaire. Qui sont ces assassins? Ces gens de l'ombre qui espionnent la jeune femme ? Et que cherche ce vagabond au regard halluciné, hanté par le souvenir du peintre génial ?
Meurtres, kidnappings, complots, tableaux mystérieux... Une intrigue vertigineuse au cœur de l'oeuvre de Paul Cézanne, entre Paris et Aix-en-Provence. Une plongée bouleversante dans le monde de l'art et les secrets de la création.

En lisant le quatrième de couverture présenté ci-dessus, on est vraiment aguiché. Un tableau représentant Zola peint par Cézanne, des meurtres étranges des complots... bref, une superbe lecture en perspective.
Et en effet, le livre démarre très fort, l'écriture enlevée, les incessants rebondissements et surtout l'ambiance des premières années du XX° siècle est parfaitement rendue. Les personnages et protagonistes ont des caractères très forts et l'intrigue très bien menée. On pense à Gaston Leroux et aux grands romans du XIX° siècle pour la densité et les coups de théâtre et en même temps aux thrillers contemporains du genre « Da Vinci code » pour l'érudition et une tendance au « farfelu ». Donc, rien que du bon !
Oui mais, hélas, là où le bat blesse, c'est que le roman demanderait 600 ou 700 pages pour développer toutes ses idées et trouvailles et le livre en compte péniblement 300 pages à la typographie aérée. Ce qui empêche de s'attacher aux personnages du roman tellement le récit et condensé. C'est un bon livre mais qui donne une impression de manque sinon de bâclé. En fait, à peine plongé dans l'intrigue, on est emporté, trop vite, vers la fin. (Un peu comme les bouquins de Serge Brussolo, grouillants d'idées mais frustrants par la rapidité du traitement de celles-ci.)
Un très bon policier, bien traité mais trop court, beaucoup trop court !
À conseiller malgré tout. En tout cas, j'essaierai sans doute de lire un autre ouvrage de cet auteur car l'écriture de celui-ci est agréable.



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dimanche 13 mai 2007

Boulgakov, Mikhaïl : Le Maître et Marguerite. (Robert Laffont)

Écrit sous la terreur par un homme malade et désespéré, " Le Maître et Marguerite " a mis vingt-cinq ans pour s'imposer comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature russe et devenir un livre culte dont la construction diabolique n'a pas fini d'enchanter les lecteurs. Comment définir un mythe ? Les personnages de ce roman fantastique sont le diable, un écrivain suicidaire, un chat géant, Jésus et Ponce Pilate, la plus belle femme du monde...
On y trouve des meurtres atroces et des crucifixions. C'est une satire acerbe, une comédie burlesque, une parodie politique, un poème philosophique dévastateur avec des fantômes et des transformations magiques. Mais cette fantasmagorie baroque, ce film noir, cette vision d'apocalypse est aussi l'une des plus belles histoires d'amour jamais écrites.

Ce gros roman est à la fois le chef d'oeuvre de Mikhaïl Boulgakov et un des romans «phares » de la littérature, non seulement russe, mais mondiale. Sa complexité est réelle mais, comme pour tous les grands romans, ne génère aucune difficulté, aucune gêne dans sa lecture. Celui qui commence à entrer dans Le MAÎTRE ET MARGUERITE ne peut plus se séparer du livre avant d'en avoir tourné la dernière page.
Si il y a bien un roman qui soit inclassable c'est bien celui-là. Une belle histoire d'amour, un délire fantasmagorique, un long poème mythologique, une analyse virulente du régime soviétique, un « anti »ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, ou tout simplement un formidable récit fantastique, il est tout cela à la fois et bien plus encore...
On est émerveillé à la lecture de cette oeuvre inspirée et torturée ou le burlesque de certaines situations ne doit pas faire oublier le dramatique de l'ensemble. On pense au FAUST de Goethe, en même temps qu'à une pièce satirique de Molière. Le démoniaque côtoie le merveilleux et on est emporté par un tourbillon d'événements ahurissants.
Impossible de résumer le roman mais sachez que vous y croiserez Wolland, un mystérieux étranger expert en magie et son incroyable équipe, un poète, Berlioz, un curieux directeur de revue littéraire, un écrivain interné dans un hôpital se faisant appeler « Le Maître », Ponce Pilate en personne, un chat noir qui parle... et bien sûr Marguerite, obsédée par Le Maître et qui, pour l'amour de celui-ci, se laisse entraîner par des forces démoniaques dans une course folle. Vous assisterez à des incendies et toutes sortes d'événements incroyables et insensés où la logique n'a guère de place. Quoi que...
vous l'avez compris, ce livre, est inracontable. Sachez seulement qu'il est totalement indispensable à qui se pique d'une certaine culture littéraire. J'espère vraiment vous avoir donner l'envie de découvrir cette oeuvre extraordinaire à tous les points de vues.
Achetez le, lisez le, vous ne le regretterez pas.



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vendredi 11 mai 2007

Maximum overdrive.

Dans un monde entièrement mécanisé, que se passe-t-il quand les machines n'obéissent plus ?

Tout commence par des incidents sans gravité : un distributeur de billets insulte les clients, une enseigne lumineuse invite les passants à aller se faire voir... La situation devient tragique lorsqu'un pont mobile échappe à tout contrôle. Désormais, toutes les mécaniques sont autonomes et ne semblent poursuivre qu'un seul but : débarrasser la surface du globe de toute présence humaine.

Il y a deux façons d'aborder ce film. Au premier degré et alors on assiste passivement à un des pires nanars du cinéma d'horreur, ou alors, comme Stephen King le laisse présager dans la première scène où il apparaît lui-même quelques secondes pour se faire traiter de connard par un distributeur de billets, comme une bonne petite comédie sans prétention.
Tout d'abord il convient, comme souvent, de choisir la VO sous titrée. La version française étant absolument nulle. Ensuite on peut se régaler de la musique (ACDC) et de la loufoquerie des situations de ce film fauché.
En fait de révolte des machines, nous assistons à un huis clos dans une sorte de « restauroute » Les personnages sont caricaturaux (le héros, le salaud, l'imbécile, la serveuse plus dinde que nature...) tout ce petit monde assiégé par... des camions. (Petit clin d'oeil de Stephen King à lui-même, l'un des poids lourds, présente une calandre de clown (ÇA). Intrigue idiote donc et mauvaise interprétation dans l'ensemble. Quelques scènes sont vraiment amusantes, d'autres (rares) assez terrifiantes et il faut vraiment prendre le film pour ce qu'il est : une bonne blague. Un exemple. Les survivants trouvent comme par hasard et comme si c'était parfaitement naturel un véritable arsenal dans la cave du café. Lances roquettes, fusils mitrailleurs etc. Aucune explication. C'est comme ça. !
Bon, c'est un petit film au (très) petit budget, une sorte de navet sympathique qui m'a fait passer un petit bon moment.
Je n'irai pas jusqu'à le recommander mais pour ceux qui ont quelques euros et une heure et demie à perdre...
:langue:



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mercredi 9 mai 2007

Mallet, Pat : Zoum le vénusien. (Le Coffre à BD et les Éditions du Taupinambour)

Cet album est encore une petite merveille offerte par LE COFFRE À BD via les Éditions du Taupinambour (sic). Premier volume de la réédition intégrale des aventures de Zoum le Vénusien de Pat Mallet. Cet album reprend 7 aventures choisies par l'auteur :
Week-end en temponef (publiée dans Pilote 348 en 1966)
Une mission délicate (publiée dans Pilote 431 en 1968)
Le 2ème déluge (publiée dans Pilote 434 en 1968)
Les masques noirs (publiée dans Pilote 437 en 1968)
Le temps qui court (publiée dans Pilote 440 en 1968)
Un extra-terrestre extra froid (publiée dans Pilote 464 en 1968)
Compte à rebours (publiée dans Pilote 485 en 1969).

Petite merveille de BD poétique, je me souviens encore du bonheur de découvrir les aventures de Jeff le terrien, dont la vie tranquille est perturbée par le facétieux Zoum le vénusien, dans l'hebdomadaire PILOTE. Plus de 35 ans plus tard, la fraîcheur de cette bande dessinée est toujours aussi présente et le plaisir de sa lecture aussi intense. Faussement naïves et invariablement drôles, ces petites histoires sont de petits régals pour l'amateur.
Vivement le tome 2 !
:boing:
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lundi 7 mai 2007

Von Bülow, Katharina : Le Manoir (Cerf)

Le Manoir est le récit d'une enfant de sept ans. Nous sommes en 1944. Le père, diplomate, a installé la famille dans le manoir familial à 150 km de Berlin pour soustraire les siens aux bombardements de la capitale. Le monde du manoir est paisible. La guerre se déroule au loin. L'enfant y vit avec ses deux sœurs, sa mère, son père, passionnément aimé, sa gouvernante, la cuisinière et un chauffeur bulgare. Le monde semble un lieu d'enchantement, protégé de la barbarie extérieure. Arrive le jour où, brusquement, l'armée russe fait irruption, à minuit. En quelques jours, le manoir se transforme en un lieu angoissant. Le père est absent, la mère est menacée. Celle-ci décide de fuir avec ses filles et la gouvernante. Vient alors le récit de la fuite devant l'armée soviétique : les marches forcées, les nuits à la belle étoile, la peur d'être déportées, la faim, le froid, le manque, terrible, du père. Une épopée de trois mois qui s'achève aux portes d'un Berlin en ruines. Pendant cette odyssée, l'enfant, pour survivre, s'enferme dans son monde, joue avec la vieille langue allemande que sa grand-mère lui a apprise et tente de laisser sur la route, derrière elle, les mots de cette langue oubliée dans l'espoir que le père les trouve, un jour ; des mots " doux " qui tenteront de dire l'ineffable et l'horrible : le viol d'une mère, les cadavres au bord des routes. Un récit poignant écrit dans une langue d'avant la barbarie.

Katharina von Bülow est née à Sofia en 1938 d'un père diplomate et d'une mère ancienne danseuse étoile de l'opéra de Berlin. Après des études de théâtre, elle part aux USA en 1961 où elle est engagée comme danseuse classique au Metropolitan Opera de New York. De retour en France, elle travaillera chez Gallimard pendant vingt ans. Elle travaillera ensuite pendant quinze ans à France Culture comme productrice déléguée avec Laure Adler.

Il n'y a vraiment pas grand chose à ajouter au texte de présentation ci-dessus sinon que ce qui frappe le plus dans ce très beau et très poignant livre, c'est la beauté de l'écriture. Rarement la perfection d'un style ne s'est imposé aussi visiblement que dans ce récit.
Une histoire à la fois terrible est belle. Les mots décrivent un savant mélange entre l'univers si particulier d'une enfant et la folie barbare d'une guerre. Le contraste est détonnant et le résultat donne un livre dont je ne suis pas prêt d'oublier le charme vénéneux.



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samedi 5 mai 2007

100 photos du Festival de Cannes pour la liberté de la presse. (Reporters sans Frontières)

3 mai 2007 - 17e Journée internationale de la liberté de la presse
Sortie du nouvel album de photographies " 100 photos du Festival de Cannes pour la liberté de la presse" à l’occasion de son 60e anniversaire. 8,90 euros A l’occasion de la 17e Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai, Reporters sans frontières, en partenariat avec le Festival de Cannes, a publié un album consacré à l’un des rendez-vous incontournables du 7e Art.
" Le Festival est un no man’s land apolitique, un microcosme de ce que serait le monde si les hommes pouvaient prendre des contacts directs et parler la même langue. " Jean Cocteau Nous avons choisi, en remontant le fil du temps, de vous faire partager 100 moments qui sont déjà du cinéma. Instants volés, stars et tapis rouge, glamour et émotion. Depuis 60 ans, les photographes du monde entier ont immortalisé les plus beaux instants de cet événement international qui fait la joie des cinéphiles mais aussi de tous ceux que le glamour et les paillettes font rêver.
Réalisé en collaboration avec Jean-Pierre Lavoignat, longtemps directeur de Studio Magazine, ce recueil présentera des images choisies parmi les archives des plus grandes agences et des meilleurs photographes qui ont couvert le festival (collection Traverso, Mirkine, Daniel Angeli, Emmanuele Scorcelletti (Gamma), les archives de Studio Magazine, etc. ).
Les bénéfices de la vente de ce magazine sont intégralement reversés à l’organisation pour mener des actions concrètes en faveur de la liberté de la presse : assistance aux journalistes et à leurs familles souvent démunies ainsi qu’aux médias en difficulté, investigations sur le terrain afin de déterminer les responsabilités dans les cas d’assassinat, financement de frais d’avocats lors de procès de presse, accueil de journalistes contraints de fuir leur pays, etc.
Disponible chez tous les marchands de journaux, dans les Fnac, les librairies, chez France Loisirs et dans les grandes surfaces. 8,90 euros seulement.

Je ne suis pas vraiment fan de photos people mais certaines présentes dans ce recueil valent vraiment le coup et il faut avouer que les 24 albums de clichés édités par REPORTERS SANS FRONTIÈRES commencent à faire une bonne collection de photographies de qualités. De plus, c'est pour une bonne cause.
Donc c'est avec plaisir qu'environ deux fois par an j'achète pour soutenir l'association ces bouquins d'ailleurs peux onéreux.



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jeudi 3 mai 2007

Muhlmann, Géraldine : Une histoire politique du journalisme XIX° - XX° siècle. (Le Monde / PUF)

Ne plus se contenter d'exprimer des opinions, mais se mettre à voir : tel était l'enjeu de cette révolution du journalisme qui marqua la seconde moitié du XIXe siècle. La grande presse d'information sacrait ainsi la figure du reporter.
Quel rôle le reporter se donne-t-il dans l'espace social ? Comment se situe-t-il par rapport à ceux qu'il observe, et ceux qui sont les destinataires de son regard, son public ? Comment se joue ce jeu à trois, orchestré par le journaliste ?
Pour répondre à ces questions, Géraldine Muhlmann nous fait voyager dans l'histoire du journalisme moderne, s'arrêtant sur des figures essentielles, quoique parfois méconnues : Séverine, qui couvrit le procès en révision de Dreyfus ; Nellie Bly, une jeune reporter qui se fit interner afin de mieux décrire la réalité des « asiles pour femmes » de la fin du XIXe aux ÉtatsUnis , Lincoln Steffens, ce muckraker (« fouille-merde ») qui voulait « scientifiser » le journalisme ; Seymour M. Hersh, qui « sortit » l'affaire du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam ..., Albert Londres, George Orwell, Edward R. Murrow, et d'autres encore...

Avec ce livre, Géraldine Muhlmann nous offre une histoire ou plutôt un voyage passionnant dans l'histoire du journalisme politique. De Séverine, journaliste mais aussi anarchiste qui prit parti dans l'affaire Dreyfus aux côtés de Zola. Jusqu'à Seymour M. Hersh qui révéla à l'Amérique et au monde le massacre de My Lai au Nord Vietnam, en passant par Georges Orwell et Albert Londres, c'est le journalisme moderne et influent qui est analysé ici.
Il faut dire que le livre est très bien écrit et le raisonnement d'une clarté et d'une finesse étonnante.
Bien sûr, des choix sont fait, le sujet étant immense, mais ces choix sont judicieux et la vision d'ensemble qui se dégage éclaire le lecteur sur l'évolution du journalisme politique moderne.
Le journaliste est un témoin mais il ne peut que décrire et relater d'une façon subjective sa vision des événements. Ceci est très bien expliqué avec de nombreux exemples à l'appui.
Une lecture à la fois instructive et attachante.

mardi 1 mai 2007

Zeller, Florian : La Fascination du pire. (J'ai Lu)

Un jeune écrivain est invité par l'ambassade de France au Caire pour donner une conférence. Une proposition qui prend une autre dimension à la lecture des lettres égyptiennes de Flaubert : "J'ai baisé des filles de Nubie qui avaient des colliers de piastres d'or leur descendant jusque sur les cuisses, et qui portaient sur leur ventre noir des ceintures de perles de couleur." L'Égypte d'aujourd'hui ressemble-t-elle à l'Orient de Flaubert ? La sensualité orientale se dévoile-t-elle toujours dans les bas-fonds du Caire ? Comment conjuguer islam et sexualité ? Voilà ce que va essayer de découvrir le narrateur de ce livre contemporain, où les rumeurs du monde d'aujourd'hui croisent les fantômes des voyageurs littéraires d'autrefois. L'occasion de réfléchir sur la frustration sexuelle de l'Orient comme de l'Occident... Un troisième roman aussi polémique que percutant.

Je dois dire que mon avis sur ce roman est mitigé. L'écriture est loin d'être désagréable et le début se révèle même assez prenant. Un voyage dans la grande ville égyptienne, de nos jours, promet forcément. Mais très vite, les lieux communs se succèdent. Une attaque en règle de l'Islam et de la façon de vivre orientale dans son ensemble qui aurait pu être passionnante voire même drôle vire très vite à la caricature. Rien de bien neuf en tout cas et les personnages, qu'ils soient occidentaux ou égyptiens sont stéréotypés et cette équipé nocturne de quelques français cherchant du sexe au Caire devient rapidement lassante. On pense bien sûr à du « sous Houellebecq » mais sans le talent de provocateur de celui-ci.
Bref, un bouquin plutôt mal foutu, assez bâclé que l'on lit très vite et que, j'en suis sûr, on oubliera aussi vite.
J'ai du mal à imaginer la motivation du jury qui a décerné à ce livre le Prix Interallié 2004.
En tout cas, sans être totalement nul et contrairement au titre, le roman ne fascine pas et sa lecture ne s'impose nullement.



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