vendredi 31 août 2007

Chattam, Maxime : Le 5° Règne. (Pocket)

Ils auraient dû se méfier.
Respecter le couvre-feu instauré depuis le meurtre du jeune Tommy Harper, retrouvé étranglé près de la voie ferrée.
Reposer ce vieux grimoire poussiéreux tant qu'il était encore temps.
Et surtout... ne pas en tourner les pages.
À présent, Sean le rêveur et sa bande vont devoir affronter le Mal absolu : à Edgecombe, petite ville tranquille de Nouvelle-Angleterre, les éléments se déchaînent, de nouveaux adolescents disparaissent et de mystérieux hommes au charisme effrayant font leur apparition...
Et si ce livre maudit détenait la clé du plus effroyable mystère de l'humanité ?

Cet ouvrage a reçu le prix du roman fantastique du festival de Gérardmer.

Voici donc le premier roman de Maxime Chattam, paru lors de sa sortie sous un autre pseudonyme.
Contrairement à ses autres ouvrages, celui-ci est un pur roman de fantastique – on peut même dire terreur – et l'influence de Stephen King est omniprésente. On peut même affirmer que ÇA fut l'inspiration de l'auteur.
Des adolescents poursuivis par d'autres, le mal absolu qui veut conquérir le monde, un suspense permanent, une tension qui ne quitte jamais le récit, des scènes d'horreur courtes et percutantes, une ambiance glauque et morbide et des lieux inquiétants (usine abandonnée, château d'eau sous la tempête, cabane au fond d'une forêt sombre...) tout est réuni pour faire de ce livre une réussite. Quelques maladresses (en particulier des dialogues qui sonnent parfois un peu faux) ne réussissent pas à gâcher cette histoire efficace. Sean-le-rêveur et ses amis forment une petite bande attachante qui nous accompagne tout le long du roman. Un roman qui alterne scènes de massacre éprouvantes et assez gore avec des moments de tendresses qui nous permettent de souffler un peu. (Un peu seulement). Car les chapitres courts et l'écriture nerveuse font qu'il est impossible de refermer ce bouquin avant d'en avoir lu la dernière ligne.
Le final apocalyptique est digne lui aussi de Stephen King.
Bref c'est un bon livre et Maxime Chattam est aussi à l'aise dans le registre du fantastique que dans celui du thriller. Thrillers souvent horrifiques il est vrai. J'avais vraiment apprécié sa trilogie comprenant L'ÂME DU MAL, IN TENEBRIS et MALÉFICES, trois très bons romans. La lecture du 5° RÈGNE confirme mon opinion et je le conseille vivement aux amateurs du genre. J'ai encore deux livre de cet auteur dans ma réserve.



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mercredi 29 août 2007

Debord, Guy : La Société du Spectacle. (Folio)

Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu'à la mort qu'il s'est choisie, une seule règle. Celle-là même qu'il résume dans l'Avertissement pour la troisième édition française de son livre LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE :
« Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier. »

« Notre temps préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »

Toutes sortes d'événements récents et de lectures diverses mont donnés envie de relire ce livre, mythique, qui est beaucoup plus qu'une critique des médias comme le pensent souvent ceux qui ne l'ont pas lu.
En fait, avec ce texte, ou plutôt ces textes puisqu'il s'agit d'aphorismes, Guy Debord avec une grande lucidité, signe un essai politique qui analyse avec justesse et dénonce avec force et originalité la société marchande. Pour lui la vie n'est qu'un théâtre social, une fausse apparence où nous sommes en perpétuel représentation. Idée assez commune certes, mais là où l'auteur fait preuve d'une immense pensée novatrice, c'est qu'il juge que le spectacle permanent donné en pâture au peuple est une vision unique et déformée de la réalité. Une propagande, voir une religion qui aurait pour finalité la conquête absolue à travers LA marchandise.
Ce livre est un brûlot « situationiste »qui n'a rien perdu de sa percutante vitalité et sonne toujours aussi juste. C'est une critique virulente du capitalisme ou plutôt une affirmation que la marchandise et sa représentation n'est qu'un mécanisme de manipulation au service de celui-ci.
Un livre au style austère mais d'une puissance peu commune qui fait prendre conscience que le spectacle permanent n'est là que pour une finalité bien autre que ce qu'il veut montrer.
Vous pouvez télécharger et lire ce livre
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lundi 27 août 2007

Kundera, Milan : L'Identité. (Folio)

« Car tel est bien l'amour de Jean-Marc et Chantal : un espace aménagé en marge du monde, à l'écart de la vie, contre, la vie, en fait, et donc "une hérésie, une transgression des lois non écrites de la communauté humaine »
François Ricard

« Les hommes ne se retournent plus sur moi ! » C'est avec cette petite phrase que l'amour tranquille de Chantal et Jean-Marc va basculer et se désagréger en passant de la suspicion à l'espionnage puis au cauchemar.
C'est un roman, grave, cruel et audacieux que celui-ci. L'écriture, très belle, est précise et nous livre sans fioritures le récit d'un couple au bonheur simple et serein qui se désintègre littéralement sous les yeux du lecteur. Une petite blague innocente d'un amoureux tourne vite au règne de la méfiance et de l'incompréhension.
Mais, dimension supplémentaire du roman, la réalité va petit à petit se confondre au rêve ou plutôt au cauchemar et la transition est si progressive que l'on ne sait exactement où elle se situe. De nombreux « flash-back » donnent aussi une impression d'intemporalité qui contribue à l'étrangeté de la narration. L'habileté diabolique de Milan Kundera fait d'une histoire assez banal un beau et onirique roman intimiste dont on ne peut se détacher.
L'auteur est décidément un GRAND écrivain. Il démontre encore, avec ce livre, que simplicité et clarté de l'écriture peut voisiner avec intelligence et grande littérature.
Un livre beau et passionnant qu'il faut lire comme d'ailleurs toute l'oeuvre de Kundera. Pour ma part, je crois qu'il me reste deux ouvrages non lus de cet auteur. Je pense combler ce retard très vite.



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samedi 25 août 2007

Thoreau : La désobéissance civile. (Mille et Une Nuit)

Poète, essayiste, mémorialiste, Thoreau est l'auteur de l'inoubliable WALDEN OU LA VIE DANS LES BOIS. Près de cent cinquante ans après sa parution, LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE, qui s'ouvre sur cette pensée toujours actuelle : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins », demeure l'un des plus beaux pamphlets contre l'État qui d'André Gide à la Beat Generation, a exercé une influence déterminante.

Ce texte magnifique et révolutionnaire est revendiqué comme fondateur aussi bien par les anarchistes que par les libertaires. Thoreau,mis en prison pour avoir refusé de payer l'impôt qui servait à financer la guerre contre le Mexique, présente ici le fondement de sa pensée qui consiste, loin de la lâcheté passive, à revendiquer, seul ou collectivement, la liberté d'agir selon sa conscience en refusant les diktats d'un état. Par une attitude publique de refus de telle ou telle décision imposée au peuple, l'auteur pense pouvoir changer la manière de gouverner. Les penseurs de la Commune de Paris (plus Proudhon que Bakounine) ont sans doute été influencés par ce livre.
Il faut noter que si par exemple Martin Luther King, en luttant contre les lois raciales mettait en oeuvres les préceptes de la pensée de Thoreau et que les altermondialistes s'en réclament également (fauchage du maïs transgénique) cette pensée peut aussi être réclamée par les ultra-libéraux et pourrait bien conduire à la fin de la démocratie telle que nous la connaissons actuellement.
Un petit livre passionnant pour les questions qu'il pose et excitant pour les nombreux problèmes adjacents qu'il soulève.



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jeudi 23 août 2007

Jour d'après (Le).

:green: Haaaaaaaaaaaaa que je suis content !
:boing:
Je me désespérais vraiment à l'idée que l'on ne puisse plus, de nos jours, tourner un navet pareil. Tout est ridicule dans ce film. Le scénario, comme dans tous les films catastrophes est quasi inexistant. Mais ce qui est particulièrement réjouissant, c'est l'accumulation de clichés, stupidités, incohérences diverses dont le récit est parsemé. Ce film est une daube, une nullité absolu comme rarement j'ai pu en voir. À croire que le réalisateur, Emmerich, a voulu devenir le Ed Wood du XXI° siècle ! Et à mon avis encore un film ou deux comme celui-ci et il réussira son pari. (Il a déjà tourné « Independance day » c'est dire si il est sur le bon chemin).
:siffle:
C'est incroyable comme ce film peut être nul. Certes certains effets spéciaux sont bluffant, (pas tous, loin de là) mais les acteurs (tous mauvais) jouent des personnages tous plus grotesques les uns que les autres, avec bien sûr un père héroïque prêt à tout pour sauver son fils pseudo rebelle qui file une vague histoire d'amour avec une nana très gentille et très intelligente, un président des États-Unis plus con que le vrai. (Si si), un savant (tiens c'est aussi le père héroïque) qui a raison contre tout le monde, quelques comparses sans importances qui se font massacrer dans diverses occasions...
Mais surtout je ne pensais pas que de nos jours on puisse encore tourner un film où tout, absolument tout est centré sur l'Amérique (du Nord). A peine apprendra-t-on en passant que l'Europe est totalement engloutie sous dix ou vingt mètres de neige, pour le reste on ne sait pas et cela n'a guère d'importance. Un des moments sans doute involontairement réjouissant montre des réfugiés américains tentants de passer la frontière... du Mexique. Le monde à l'envers quoi...
Autrement le président des USA qui ne servait plus à grand chose meurt dans un accident dont on ne verra rien est remplacé par celui qui dénigrait le climatologue clairvoyant; (Mais il fera son « Mea culpa ») et bien sûr à la fin, le drapeau américain flottant fièrement sur ce qu'il reste de Manhattan salué par une flopée de survivants si fiers d'avoir l'occasion de redresser le pays (God bless América et tout ça).
Ce film catastrophe est catastrophique sur tous les points. Un nanar comme rarement j'ai pu en voir. Une formidable niaiserie qui ne pourra que se bonifier dans le ridicule au fil du temps. Un DVD que je vais conserver précieusement. Mes arrières petits enfants auront peut-être une petite pensée pour moi en se gondolant devant cette miraculeuse daube.
Un film qu'il faut vraiment garder dans sa vidéothèque (dans le rayon « hontes du cinéma »)
:green:



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mardi 21 août 2007

Somtow, S.P. : Temple de la nuit. (Pocket)

Bangkok, étonnant mélange de modernité et de tradition... Cité lumière, haut lieu de la finance internationale et capitale incontestée de la prostitution. L'endroit où millionnaires et célébrités viennent pour réaliser leurs fantasmes les plus pervers, protégés par leur argent, leurs relations et la diplomatie américaine. La ville aussi qui, dit-on, abrite la plus forte population au monde d'esprits et de fantômes.
Fils de la Thaïlande élevé aux États-Unis, le jeune journaliste Stephen Lelliott revient au pays pour tourner un reportage sulfureux sur le tourisme sexuel. Un piège à Audimat, pense-t-il, ravi. Jusqu'au moment où il rencontre Dao, une jeune femme dont la virginité doit être bientôt vendue aux enchères.
Ignorant d'inquiétants rêves prémonitoires peuplés de milliers de corbeaux, Stephen va alors enfreindre deux des règles d'or du journalisme : Ne jamais tomber amoureux et surtout... ne pas se faire tuer !

Encore un bouquin de cette très bonne collection que j'avais en réserve depuis pas mal de temps. (Et j'en ai encore au moins une dizaine d'avance).
L'écriture est nerveuse et l'action omniprésente donne une lecture agréable et même passionnante. Cependant une certaine confusion et des personnages au caractère mal défini font que le livre ne restera pas comme une grande oeuvre du genre. Le style est par moment quasi « cinématographique » et on se doute bien que l'auteur pense « adaptation cinéma » pour LE TEMPLE DE LA NUIT. Cela ne nuit pas à la lecture et donne même une réelle tension à l'ouvrage. Un bouquin qui aurait demandée plus de développement mais qui donne une lecture sympathique. Un livre vite lu et sans doute vite oublié mais qui fait passer un bon moment tout de même.
P.S je viens de voir sur Amazon qu'il s'agirait du tome 4 d'un ensemble. J'en doute tellement le récit paraît tout à fait complet et sans préalable. Aucune indication sur le quatrième de couverture en tout cas.



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dimanche 19 août 2007

Guelassimov, Andreï : La Soif. (Babel)

Un jeune bidasse russe revient de son service militaire en Tchétchénie le visage monstrueusement brûlé après l'attaque de son tank par les boeiviki. Pour oublier, Kostia, dont le visage terrorise les enfants, se met à boire comme seuls les Russes savent le faire... à mort. Il suit en cela l'enseignement d'un peintre raté qui lui a appris deux choses : boire de la vodka sans simagrées et ouvrir ses yeux au monde pour mieux le peindre.
Avec deux de ses camarades, il part à la recherche du quatrième rescapé de l'équipage de tankistes qu'ils formaient en Tchétchénie. Dans leur périple à travers les villes russes, leurs gares, leurs rues, leurs faunes, Kostia mettra en pratique la seconde leçon essentielle de son maître : apprendre à voir, donc à dessiner, donc à vivre.

Né en 1965 à Irkoutsk, Andreï Guelassimov enseigne à l'université la littérature anglo-américaine. En France, il a publié chez Actes Sud Fox Mulder a une tête de cochon (2005) et L'Année du mensonge (2006). Son dernier roman, Rachel, vient d'être consacré par le Booker Prize des étudiants 2004.

Ce livre se dévore et il n'est pas possible de le lâcher avant la dernière page. Parce qu'il est passionnant d'abord mais aussi parce qu'il est écrit d'une façon telle qu'il n'y a aucun temps mort, pas de paragraphes, pas de chapitres... un bloc dur.
L'auteur paraît passer sans cesse du coq à l'âne et on est un peu désorienté au début tellement la narration abrupte est saccadée comme un tir de pistolet mitrailleur. C'est de la littérature « coup de poing » mais jamais gratuite, ne sombrant pas dans la violence ou la facilité. Le temps et les protagonistes s'entrechoquent ici pour, finalement, ne laisser la place qu'a une seule histoire. Celle d'un jeune, ancien soldat, qui pour oublier l'horreur de la guerre et ses terribles souffrances physiques et psychologiques, trouve la vodka ingérée en quantités stupéfiantes et le dessin comme seuls dérivatifs.
Une lecture aisée pour un thème qui l'est beaucoup moins. Je ne suis pas prêt d'oublier ce beau récit qui se lit comme on boit un verre de vodka : cul sec !



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vendredi 17 août 2007

Créhange, Alain : L'Anarchiviviste et le biblioteckel. (Mille Et Une Nuit)

Dans l'univers farfelu d'Alain Créhange, L'ANARCHIVISTE ET LE BIBLIOTHECKEL conserve des documents historiques en s'assurant, par un classement chaotique à l'extrême, que personne ne se risquera à les consulter. Tous les mots y sont d'ailleurs bien gardés. Le Biblioteckel, chien à pattes courtes, adapté à la chasse au rat de bibliothèque, veille.
Après Le PORNITHORYNQUE EST UN SALOPARE, l'alchimiste Créhange reprend sa cornue dont jaillit une multitude d'étonnants mots-valises, aux définitions hilarantes. De nouvelles fantaisies lexicales, pour notre plus grande réjouissance !

Voici un petit livre que m'a offert ma grande amie Lys. C'est la suite ou plutôt le prolongement de LE PORNITHORYNQUE EST UN SALOPARE, merveilleux bouquin de « mots-valises. C''est vraiment un pur bonheur de parcourir les pages de ce petit ouvrage. Après un hilarante et assez délirante préface, on découvre les nouvelles créations d'Alain Créhange. Des mots inventés, loufoques mais souvent tellement évidents que l'on s'étonne de ne pas les rencontrer dans la vie de tous les jours. Quelques exemples :
- ATTRISTOCRATIE : Fraction de la noblesse qui ne s'est toujours pas remise de l'abolition de ses privilèges.
- BACCHANALITÉ : Orgie ordinaire.
- CHICÔNE : Dent en or décorée avec des images sacrées.
- HERGÉMONIE : Des années 1930 à la fin des années 1970, situation de domination exercée par l'école belge sur l'ensemble de la bande dessinée francophone.
- PECTORAUMACHIE : Art de se planter divers objets pointus dans le thorax.
- WHISKIER : Se laisser glisser sur la pente enneigée de la boisson.
ETC...
Ce petit livre fait passer des moments extraordinaires de jubilation intelligente. .
Merci ma la Lys.
:etreinte:


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mercredi 15 août 2007

Finkielkraut, Alain : Une voix vient de l'autre rive. (Folio)

Le passé parle au présent. Il s'adresse à nous. Il nous interpelle. Il réclame. Mais comment le présent doit-il répondre? Gomment être au rendez-vous ?
Alain Finkielkraut s'interroge sur le devoir de mémoire. Nous sommes passés d'une mémoire encombrante (personne ne parlait des camps de concentration) à une mémoire débordante, où la Shoah est sollicitée de toutes parts. Aujourd'hui, toute guerre, toute souffrance fait invoquer ou nommer Auschwitz, exercice inquiétant que critique l'auteur : « Il n'est pas moins déloyal de s'approprier les morts que de les laisser tomber. Il n'est pas moins désinvolte d'oublier leur transcendance que d'oublier leur existence. »

D'habitude je ne suis pas un fan des écrits de Finkielkraut mais je dois dire que ce bouquin m'a passionné.
Auschwitz est le fil conducteur du livre consacré au devoir de mémoire et à ses conséquenses et récupérations diverses. L'auteur commence par citer Jankélévitch pour mieux critiquer sa « déconnection » du monde politique et des conjectures sociales et économiques. (Il fera de même avec Camus puis Sartre) puis il aborde le problème de la comparaison impossible avec la Shoah avec tout autre événement. La résistance à l'oubli ne doit pas devenir une culpabilité collective.
Ensuite, un chapitre : la rédemption pédagogique, essaie de démontrer que ce n'est pas, contrairement à ce qu'affirmait Renan avec optimisme, avec la connaissance que l'on éradique la barbarie. L'Allemagne était sans doute dans les années 30 une des nations les plus cultivées du monde.
La perception des faits est aussi abordée par le biais des événement du Kosovo vus à travers la télévision. Alain Finkielkraut approuve la démarche de Régis Debray de se soustraire à l'emprise exorbitante de l'image et de se rendre compte par lui-même en se rendant dans les Balkans. Mais cette approbation se termine par une critique virulente des conclusions de ce dernier. (C'est souvent une habitude chez l'auteur de commencer par encenser pour mieux critiquer et finir par pourfendre le point de vue de l'autre).
Une partie très intéressant du livre : « L'art à Trezin » montre (encore une fois) que la culture humaniste n'est pas une garantie d'humanité et que les beaux arguments et la dénonciation du plus horrible des crimes peuvent être utilisés pour réduire la liberté ou orienter l'opinion vers des pensées assez haïssables.
Qui l'emportera ? La mémoire et son besoin du mal absolu pour entretenir la métaphysique de « L'Homme-Dieu » ou la mémoire habitée par la parole de René Char : « Le mal vient toujours de plus loin qu'on ne croit, et ne meurt pas forcément sur la barricade qu'on lui a choisie. » C'est par cette phrase que se termine le livre.
Un ouvrage très intéressant.



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lundi 13 août 2007

L'Armoire volante.

Dans ce film étonnant de Carlo Rim où le rire côtoie l'angoisse, Fernandel recherche une armoire volée contenant la dépouille de sa tante décédée lors d'un déménagement ! Une course-poursuite échevelée propice en coups de théatre et rencontres avec des « gueules » inoubliables du cinéma français des années 40 : Pauline Carton, Gaston Modot, Marcel Pérès, Yves Deniaud et Berval.

Ce film est assez surprenant. C'est une comédie traitée d'une façon dramatique. L'histoire en elle-même n'a pas grand intérêt et ne vaut que pour donner le prétexte à une flopée de comédiens tous aussi formidables les uns que les autres. Fernandel, dans ce rôle, délaisse ses pitreries habituelles pour endosser les habits d'un personnage irréel, hagard, presque fantastique. Le film oscille en permanence entre un humour noir, assez inquiétant par moment, et un vaudeville classique. La photographie, très belle, contribue aussi à cette ambiance onirique assez rare dans le cinéma français de l'époque. Certaines scènes ne dépareraient pas un film de BUÑUEL et basculent souvent dans le surréalisme.
Ce film est à la fois une farce et un macabre délire digne des meilleurs classiques du genre « insolite ». Un superbe film déconcertant où tous les acteurs sont épatants.
À voir et à revoir. :boing:



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samedi 11 août 2007

Seisser, Jean : Petit manuel à l'usage des français qui ne comprennent vraiment rien aux étrangers. (Albin Michel)

Si un japonais vous annonce une catastrophe en souriant; si une femme Togo refuse la main que vous lui tendez : ne les accusez pas trop vite de légèreté ou de grossièreté. Comme le souligne Jean Seisser, chacun d'entre nous a tendance à oublier qu'il est toujours un étranger pour l'autre et que les attitudes culturelles, les habitudes, les agissements qui nous paraissent simples et naturels n'en sont pas moins totalement étranges ou ignorés sous d'autres cieux.
Des salutations aux manières de la table, de l'art de la conversation à celui de la séduction, Jean Seisser, grand voyageur de par le monde, s'est fait l'ethnologue de la vie quotidienne pour nous concocter un véritable guide des us et coutumes à travers les cinq continents.
Pour parcourir la planète en toute sérénité et éviter de commettre d'impardonnables erreurs, ce PETIT MANUEL plein d'humour, solidement documenté, enrichi de lexiques très pratiques, s'avérera vite indispensable.

Voilà un bouquin que je me suis acheté d'occasion grâce aux conseils d'une amie. On apprend beaucoup de choses en lisant ce livre. C'est étonnant par exemple comme l'art de la table peut être différent non seulement d'un continent à l'autre mais même d'un pays proche ou d'une région à un autre. Le ton est résolument humoristique malgré un sérieux total dans la documentation. Ce livre se lit donc avec une indéniable curiosité et avec grand plaisir. Pourtant il ne manque pas de défauts. Des redondances assez agaçantes parsèment les différents chapitres et il faut avouer que certaines coutumes citées paraissent déjà obsolètes ou même sujettes à caution. (Par exemple le fait que l'on boit OBLIGATOIREMENT du vin aux repas en France.) Les sujets abordées sont aussi assez limités :
- Les salutations
- Manières de la table
- au quotidien
- L'art du lit
On reste souvent sur notre faim et on aimerait que le livre (268 pages) soit nettement plus long ou peut-être qui soit suivi d'un second tome.
Bref, une bonne lecture de détente, pas mal d'enseignements curieux ou surprenants mais aussi un livre inachevé, lacunaire et donc un peu énervant. Je vous le conseille cependant.
Je l'ai acheté sur PRICEMINISTER et au moment ou j'écris ce billet, il est encore trouvable sur ce site.

jeudi 9 août 2007

Baraton, Alain : Le Jardinier de Versailles. (Grasset & Fasquelle)

Ce livre est le premier jamais écrit par un jardinier de Versailles. Alain Baraton nous y raconte son itinéraire personnel et l'histoire du parc, y mêlant une foule d'anecdotes qui touchent à la grande comme à la petite histoire. Des fêtes de Louis XIV avec ses feux d'artifice émerveillant l'Europe au poète Stéphane Mallarmé enterrant ses chats auprès du grand bassin, en passant par les deux institutrices anglaises qui eurent une vision de Marie-Antoinette rencontrant le cardinal de Rohan avant même que les historiens n'en fassent la découverte, il nous montre le Versailles éternel, où chaque bosquet abrite un trésor.
Il nous révèle aussi le Versailles actuel, reconquis, à force de passion et de travail, sur la tempête de 1999. D'un lieu dévasté, il a contribué à faire un jardin splendide, comme la France ne l'avait jamais vu, car, au fur et à mesure des siècles, il s'était compliqué, épaissi. Voici l'itinéraire d'un homme qui, muni d'une documentation précise et souvent inédite, tresse librement passé et présent, autobiographie et histoire, et nous confie son merveilleux jardin secret.

Jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles, Alain Baraton, quarante-neuf ans, travaille depuis trente ans dans ces lieux. Il tient la chronique hebdomadaire de jardinage sur France Inter.

Ce bouquin est à la fois intéressant et décevant. L'auteur raconte une partie de son parcours personnel, sans d'ailleurs l'expliquer vraiment, de simple jardinier stagiaire jusqu'à sa place prestigieuse actuelle. Parallèlement il raconte des anecdotes sur le château de Versailles et bien sûr sur son jardin.
Ses réflexions et considérations sur son métier et son évolution sont assez captivantes mais l'écriture est maladroite et peu attractive. De plus Le récit souffre de redondances, est très décousu et saute sans arrêt du coq à l'âne. Le livre donne une désagréable image d'Alain Baraton. Autant il paraît sympathique dans ses chroniques radiophoniques, autant ici il semble acariâtre, râleur et peu engageant.
Un livre qui se lit sans passion malgré son intérêt certain. Dommage.



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mardi 7 août 2007

Créhange, Alain : Le pornithorynque est un salopare. (Mille Et Une Nuit)

Pornithorynque : Mammifère salopare d'Australie, dont les mœurs sexuelles sont assez surprenantes.
Salopare : Animal qui se reproduit malproprement.
Directeur marketing passionné de littérature et de jeux d'écriture, Alain Créhange forge des mots-valises hilarants, dignes de Jarry ou de Queneau. Il a rassemblé dans un dictionnaire délirant quelque 670 mots mariés entre eux, pour donner naissance à des définitions surprenantes, coquines ou poétiques...
" Et n'allez pas croire ceux qui vous diront que le pornithorynque est un salopare : quand les mots se reproduisent, c'est uniquement pour le plaisir. "

J'allais chroniquer un petit bouquin que m'avait offert ma grande amie Lys quand, en cherchant pour trouver l'ouvrage précédent de cet auteur, je m'aperçus qu'il n'était pas sur ce blog... Erreur que je répare à l'instant.
Ce petit livre étonnant présente des « mots-valises » c'est à dire des mots inventés qui DEVRAIENT exister. L'auteur remédie à une carence de notre vocabulaire.

- ASCÈSONNEMENT : Vinaigrette allégée.
- COOLIE-MAÇON : Ouvrier qui, en Chine, construit les escaliers.
- EMPLOIGNADE : Vive altercation entre personnes postulant à la même fonction.
- MATHLÈTE : Champion de calcul mental.
- SAUCIALISME : Mouvement politique qui revendique le droit des pauvres à lécher le fond des plats des riches.
- WHISTITI : Jeu de cartes où les enjeux se font en monnaie de singe.

Bref, vous l'avez compris, ce livre est une petite merveille qu'il faut déguster tranquillement pour en apprécier toutes les richesses.
C'est le genre d'ouvrage que l'on consulte de temps en temps, toujours ébloui par les trouvailles de l'auteur. Une fabrique de mots dont beaucoup auraient vraiment mérités d'exister. Franchement, pour un peu plus de deux euros, il serait dommage de se priver d'un tel petit bonheur.



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dimanche 5 août 2007

Plan 9 from outer Space.

Craignant pour le maintien de la sécurité et la paix dans l'univers, un général martien envoie sur terre Eros et Tanna afin de convaincre les terriens de renoncer à la bombe.
Pour parvenir à leur fin, les extra-terrestres vont mettre en action le plan 9 : ils vont ressusciter les morts et les retourner contre les vivants. Arme imparable !

Le voici donc ce célèbre navet d'Ed Wood considéré par certains comme le pire film jamais tourné. Rien qu'au scénario présenté ci-dessus, nous avons une idée de l'indigence de celui-ci.
Et tout le film est du même tonneau. Un scénario abracadabrant donc, des acteurs d'une nullité jamais égalée, un flagrant manque de moyens tellement évident que l'on a presque pitié des techniciens obligés de travailler dans ces conditions... et bien sûr le calamiteux Ed Wood, scénariste et réalisateur de ce film mythique.
Mieux vaut ne pas essayer de suivre le récit et se consacrer au petit jeu savoureux de trouver toutes les perles que recèle cette catastrophe filmée.
Bela Lugosi étant décédé dès le début du tournage, Ed Wood le remplaça par un acteur (le chiropracteur de sa femme) sans aucune ressemblance avec le défunt. Donc, le remplaçant se balade pendant tout le film en se cachant le visage avec le bras ! Quelques rares séquences tournées avec Bela Lugosi passent plusieurs fois (on doit subir quatre ou cinq fois le pauvre Lugosi traversant le cimetière). Les plans sont souvent sans aucun rapport les uns avec les autres comme si le film était monté un peu au hasard. On peut voir un prêtre faisant son sermon... sans ouvrir la bouche, la ficelle soutenant une des soucoupes volantes est très très visible, les pierres tombales sont en carton et le passage des acteurs les font bouger ! Des étonnants et incessants passages entre le jour et la nuit, des raccords mal foutus, des ombres différentes de ce qu'elles devraient être, des zombies de pacotille (l'armée des morts annoncée comporte TROIS zombies seulement !) et pratiquement à chaque plan, une aberration scénaristique ou un détail grotesque. Bref un pur régal pour un vicieux comme moi. On s'amuse vraiment à la vision de PLAN 9 FROM OUTER SPACE même si, au fond on ressent un peu de compassion pour la naïveté et l'absence totale de talent du pauvre Ed Wood.
Un film à voir à tout prix (il est heureusement très court).

:fou:
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vendredi 3 août 2007

Ed Wood

Ed Wood, le réalisateur le plus décrié par la critique, était néanmoins l'une des figures les plus emblématiques d'Hollywood. Interprété brillamment par Johnny Depp, ce cinéaste excentrique était entouré d'amis tout aussi étranges que lui tels que Bela Lugosi, célèbre interprète de Dracula.
Surnommé « Le plus mauvais réalisateur de tous les temps », il est aujourd'hui adulé par les amateurs de fantastique dans le monde entier.

C'est un excellente biographie filmé que nous offre Tim Burton. La vie de Ed Wood est ici relaté d'une façon étonnamment crédible. Grâce sans doute à l'utilisation du noir & blanc et aussi au jeu assez génial de Johnny Depp. (Celui ci en fait un poil trop de temps en temps mais il faut avouer que le personnage du cinéaste permet certaines exagérations.
Le film retrace une partie de la vie du célèbre réalisateur au début de sa calamiteuse carrière. Se liant d'amitié avec un Bela Lugosi, ravagé par la vieillesse et surtout par la drogue et avec toute une équipe de personnages tous plus loufoques et pathétiques les uns que les autres, Ed Wood va tout faire pour réaliser la passion de sa vie : des films.
Le récit oscille sans cesse de la fantaisie la plus drôle au drame et si on est divertit par certaines scènes ou le cinéaste enchaîne plans sur plans pour boucler un film en quelques heures, au mépris de toute cohérence cinématographique, on a le coeur serré par moment devant le futur naufrage deviné de ce jeune cinéaste passionné mais totalement incompétent.
Un bien beau film qui montre, sans jamais sombrer dans la moquerie ou la caricature, ce qu'était Ed Wood, mauvais réalisateur mais personnage attachant.
Demain je regarderai le célèbre PLAN 9 FROM OUTER SPACE, sans doute le plus mauvais mais aussi le plus célèbre film de science fiction du cinéaste. Je le regarderai d'un autre oeil que d'habitude. (Que j'ai déjà vu 3 fois).



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mercredi 1 août 2007

Anderson, Raffaëla : Hard. (Le Livre de Poche)

En 1994, une jeune fille de dix-huit ans, née dans une cité des environs de Paris, répond à une annonce de casting. Elle arrive vierge sur son premier tournage de film pornographique. Elle restera quatre ans la prisonnière volontaire de l'enfer du X.
Raffaëla Anderson ne nie pas le plaisir qu'elle a parfois pu prendre. Elle témoigne ici de l'envers du décor. En caméra subjective, elle montre ce qu'elle voit : acrobaties sexuelles, certes, mais abattage du travail à la chaîne jusque dans les heures supplémentaires de la nuit. Argent facile, certes, mais peur omniprésente du sida et de l'esclavagisme sexuel. Cinéma sous les spots, certes, mais d'un genre où le corps est méprisé, nié, écartelé. Tout accepter ? C'est fini.
Raffaëla Anderson brise ici la loi du silence. Il n'y a aucune complaisance dans son récit. Juste le ton et l'énergie d'un forçat du plaisir, libre enfin.

Mouais. Ce bouquin n'a strictement aucune valeur littéraire (je dois dire que je m'en doutais un peu) mais par contre est très drôle. Voilà une nana que rien n'obligeait qui décide un jour de pousser la porte d'un studio de films pornos. On voit déjà la mentalité de la fille et sa pudeur naturelle quand un gars lui demande de se masturber devant tout le monde. Ensuite, tout naturellement (ben tiens) elle accepte de tourner dans un film X. Le fait d'être vierge ne lui pose manifestement pas de problème non plus et rien ne lui fait peur... mais là où cela devient rigolo c'est quand cette fameuse Raffaëla Anderson décrit ses copines et copains acteurs. En gros tous des cons obsédés, toutes des salopes ! Sauf elle bien évidemment. Alors l'enfer du X, je veux bien mais quand même ! Bon, c'est un bouquin racoleur écrit d'une façon décousue et qui n'apprend rien, qui a été écrit juste pour se faire un maximum de blé et qui se lit sans grand plaisir (un comble !). Bref, je ne vais pas me plaindre puisque je l'ai acheté (en poche quand même hein).
Lisible mais pas convaincant.



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