vendredi 29 février 2008

Odeur de la papaye verte (L')

Au Viêt-nam, dans les années 50. Mûi, une petite paysanne de dix ans, arrive en ville pour travailler comme servante. La vieille servante Ti l'initie aux gestes rituels ainsi qu'aux secrets d'une famille tourmentée par les frasques du père. Mûi va grandir et découvrir l'amour.
CAMÉRA D'OR, CANNES 1993
CÉSAR 1994 DE LA MEILLEURE PREMIÈRE OEUVRE

Ce film est un véritable moment de pur bonheur. Le mot auquel il fait immédiatement penser est « Délicatesse ». Une histoire simple, belle, sensuelle... une image magnifique, humaine et réaliste, L'ODEUR DE LA PAPAYE VERTE est une oeuvre lumineuse, un film doux et intelligent, tout empli de sérénité.
On peut même affirmer que la vision de ce beau film est relaxante.
Les acteurs sont tous fantastiques, Mûi enfant (Lu Man San) et adulte (Tran Nu Yên-Khê) sont magnifiques. Tran Anh Hung est un grand cinéaste. En tout cas, pour ma part, je pense même qu'avec L'ODEUR DE LA PAPAYE VERTE on peut parler de chef d'oeuvre.
Ce DVD est disponible avec ce film seul mais celui que je possède contient aussi un autre film CYCLO dont je vous parlerai dans un prochain billet.

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mercredi 27 février 2008

Pennac, Daniel : chagrin d'école. (Gallimard)

La question de l'école abordée du point de vue du mauvais élève, mêlant souvenirs autobiographiques et réflexions sur la pédagogie et les dysfonctionnements de l'institution scolaire, sur le rôle des parents et le souhait des jeunes de savoir et d'apprendre.

Chouette, un Pennac ! Et en plus un livre qui a obtenu le prix Renaudot 2007.
Bon ce n'est pas un roman mais cela doit être quand même sympa à lire...
Et effectivement, ce livre est sympathique. Il oscille sans cesse du point de vue du cancre que l'auteur était à celui du professeur et écrivain qu'il est devenu. Le début est très bon avec beaucoup d'anecdotes et de souvenirs puis, il faut bien l'avouer, la lassitude s'installe vite. Le livre est trop long et les considérations de l'auteur sur l'éducation sont souvent répétitives. Certes Daniel Pennac manie bien l'humour et son témoignage (un poil vaniteux) est bourré de tendresse mais les redondances sont trop nombreuses et le va et vient entre cancres d'hier et d'aujourd'hui, entrecoupé de réflexions et petites leçons de morale à l'usage des parents et enseignants, devient vite lassant. Le livre n'est en fait que la réunion de feuillets sans ordre apparent. On pourrait d'ailleurs commencer par la fin ou lire les différents chapitres dans le désordre que cela ne changerait pas grand chose à la compréhension du bouquin.
Je pense que Pennac est nettement plus à l'aise dans ses merveilleux petits romans que dans ce genre d'exercice. Ce n'est pas vraiment un mauvais livre mais c'est quand même étonnant qu'il ait obtenu le prestigieux prix Renaudot.



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lundi 25 février 2008

Koontz, Dean. Ray : Nuit du forain (La). (Presses Pocket)

Lorsque le bébé posa son regard sur elle, elle lut dans ses yeux le mal absolu.

Il était l'instrument de la vengeance. Il avait grandi dans les ténèbres pendant vingt-cinq ans. Et maintenant il ne pouvait s'empêcher de tuer, sauvagement, chaque fois que l'occasion s'en présentait. Papa le lui reprochait toujours, mais il sentait bien qu'au fond il était fier de lui.
Cette nuit, dans le train-fantôme, il allait enfin rencontrer ceux qu'il était né pour tuer : Amy et son petit frère Joey. Papa allait vraiment être content. Peut-être même qu'il le laisserait aussi s'amuser avec les autres...

Voici un livre que je cherchais depuis un bon bout de temps. J'aime beaucoup Dean Koontz et celui-ci manquait à ma collection. Je l'ai trouvé sur Priceminister.
L'histoire est assez classique mais très prenante après un début carrément horrifique, l'atmosphère devient très rapidement oppressante. C'est du bon boulot écrit par un auteur expert dans le genre. L'angoisse est présente tout au long du bouquin et la dernière partie si elle est attendue et donc sans surprise est vraiment terrifiante. L'ensemble du bouquin est donc passionnant et il est seulement dommage que le final soit si court, presque bâclé même. En fait il aurait été souhaitable d'avoir un chapitre supplémentaire de conclusion.
Ceci étant dit le bouquin est très bon et, sans être du niveau de LA NUIT DES CAFARDS ou de LA SEMENCE DU DÉMON (que j'ai vraiment envie de relire tous les deux), il fait passer un beau moment de lecture angoissante. Bref une détente idéale.
Je possède de nombreux livres de la collection « Terreur » des éditions Presses Pocket (dont beaucoup sont encore à lire) et il faut reconnaître que presque tous sont d'un très bon niveau.


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samedi 23 février 2008

Dickens, Charles : Oliver Twist (Les aventures de) (Éditions Garnier Frères).

Oliver Twist (1838) est un feuilleton criminel d'une noirceur concentrée. Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l'Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens. L'apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim. On n'oubliera guère, après les avoir croisés, ni l'abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront Les Misérables de Victor Hugo. Créations de l'imaginaire ? Ombres portées des terreurs et des cauchemars de l'enfance ? Peut-être. Toujours est-il que les contemporains y virent le reflet de la réalité. "Il n'y a pas tant de différence entre ce noir tableau de l'enfance et le tableau de l'usine par Karl Marx", remarque d'ailleurs le philosophe Alain. Il faut s'en souvenir à chaque page en découvrant Les Aventures d'Oliver Twist.

Je n'avais pas encore lu ce classique de la littérature anglaise et je pensais depuis longtemps combler cette lacune quand, sur Ebay, j'ai eu la chance de remporter les enchères pour un prix relativement modique d'une très belle édition de cette oeuvre.
J'étais vraiment impatient de découvrir OLIVER TWIST et il n'est pas resté longtemps sur mes rayons, je me suis très vite plongé dans ce gros livre...
Inutile de dire ce que tout le monde sait, Dickens est un écrivain fabuleux qui sait comme personne passionner son lecteur avec des histoires qui allient avec bonheur aventures, sentiments, humour et dénonciation des vices et tares de la société anglaise de l'époque.
OLIVER TWIST conte les aventures incroyablement rocambolesques d'un enfant. Sa naissance dans un asile municipal, les sévices qu'il subit dans l'orphelinat et chez un croque-mort où il a été placé comme apprenti, sa fuite puis sa « capture » par une bande d'horribles malfrats londoniens, son sauvetage par une « bonne âme », sa récupération de nouveau par les bandits et enfin le dénouement heureux où Oliver recouvre sa liberté et ses amis tout en résolvant l'énigme mystérieuse de sa naissance pendant que les brigands, après bien des péripéties, trouvent leur châtiment.
Charles Dickens n'évite pas, par moment, un certain misérabilisme ainsi qu' une exagération des bons sentiments qui pourraient être parfois risibles s'il ne maniait pas avec brio une ironie et même un humour qui réussit à désamorcer certaines situations trop pathétiques. Les descriptions du Londres du XIX° siècle sont saisissantes (on pense aux meilleures pages de Zola ou de Victor Hugo sur le Paris canaille) et l'alternance de chapitres terriblement sombres avec d'autres plein d'optimisme donne un rythme parfait au roman. Quand au style, il est tout simplement parfait.
Avec ce livre, on a un superbe exemple de roman poignant d'une noirceur rare mais écrit magnifiquement par un auteur inspiré.
INDISPENSABLE ! :boing:



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jeudi 21 février 2008

Aelita.

D’après la nouvelle de Alexis TOLSTOÏ

Après avoir assassiné sa femme dans un accès de jalousie, Los décide de fuir la Terre à bord d’un appareil spatial construit par ses soins. Accompagné de Gussev et de Kravtsov, son voyage le conduit sur la mystérieuse planète Mars où ils sont reçus par une reine au pouvoir affaiblie, la belle Aelita. Politiquement rendu instable par des querelles intestines, le gouvernement de Mars doit faire face au mécontentement grandissant des martiens. Pour freiner toute velléité de rébellion le Premier Ministre fait alors emprisonner Los et ses compagnons. La révolution de Mars est en route.

Film russe de 1924, ce film est sans doute l'un des premiers de science fiction de l'histoire du cinéma. Quoi qu'en fin de compte les scènes se passant sur Mars n'occupent qu'une très petite partie du film. Le scénario est assez confus et le récit se déroule sur plusieurs plans qui n'ont que peu de rapport entre eux. L'étonnant est que la société russe n'est pas dépeinte sous ses meilleures aspects et l'on voit les restrictions et la misère APRÈS la révolution russe. Révolution exportée sur Mars par trois russes seulement ! Beaucoup comparent ce film au génial MÉTROPOLIS de Fritz Lang sans doute à cause de la (petite) scène de la révolte du peuple « d'en bas » contre la classe dominante martienne. Mais si AELITA est un bon film, on ne peut pas le comparer au chef d'oeuvre allemand. Les décors du palais martiens sont très bon et certains costumes (celui de la servante de la reine par exemple) sont absolument géniaux. (D'autres il est vrai sont carrément ridicules)
J'avais découvert ce film dans un ciné-club et j'avais, à l'époque, été enthousiasmé par cette oeuvre. Je dois avouer être moins emballé à cette seconde vision. Le film souffre quand même de quelques longueurs alors que certains passages auraient mérités d'être plus développés. Que ces quelques réserves ne vous empêchent pas de regarder ce « classique » du cinéma russe. Malgré quelques défauts il reste un sacré bon moment du muet et sans doute un précurseur de la science-fiction.


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mardi 19 février 2008

Brussolo, Serge : Enfer vertical. (Vauvenargues)

C'était une prison sans barreaux, sans geôliers. On n'y rencontrerait qu'un seul interlocuteur : une distributeur de sandwiches blindé comme un coffre-fort et plus intelligent qu'un ordinateur.
Un distributeur de sandwiches qui n'acceptait de vous donner à manger qu'en échange d'un petit sacrifice : recevoir une décharge électrique à travers le corps par exemple...
C'était une curieuse machine, à la fois dieu et diable, conçue pour vous rendre la vie impossible et la mort insupportable. Une saleté de distributeur, qui finissait par régner en tyran sur ce bagne des plus moderne, et vous forçait à pratiquer l'autopunition à outrance.
Certains décidèrent de lui faire la guerre... ils ne tardèrent pas à s'en repentir !

AVERTISSEMENT: Ce roman est paru pour la première fois en 1985 sous le titre ENFER VERTICAL EN APPROCHE RAPIDE aux éditions Fleuve Noir dans la collection Anticipation. La présente édition a été entièrement revue par l'auteur qui s'est efforcé de la restaurer d'après le manuscrit d'origine, dont le texte publié en 1985 offrait une version amputée de son début et de sa fin.

Mon premier Brussolo de l'année ! Celui-ci, je le cherchais depuis longtemps. Premier de la collection « intégrale Brussolo » des éditions Vauvenargues je l'avais loupé à sa sortie et j'ai eu un mal fou à le trouver. Plus d'un an de recherches !
Dans l'avertissement il est précisé que cette édition rétablit le début et la fin du bouquin voulu par l'auteur. Heureusement ! Car sinon il serait incompréhensible. Curieux Brussolo d'ailleurs que ce livre. Le prologue est génial et bien représentatif du style de l'écrivain. Ensuite, si l'histoire est originale, curieusement on s'y ennuie un peu. Pour une fois, Serge Brussolo ne nous assène pas une idée par page. Ce qui déconcerte le lecteur mais fait gagner en cohérence le récit. Un récit assez terrible mais trop linéaire. On est un peu frustré du peu de développement de l'histoire et l'ensemble donne une impression d'inachevé. Heureusement la fin, plus qu'étonnante relève un peu le roman. Un bon début, une bonne fin et entre les deux un récit plutôt frustrant.
Ce n'est donc pas un « grand » Brussolo. L'idée du roman est bonne mais l'écriture est bâclée. Dommage !
Vous pouvez essayer de le trouver sur des sites spécialisés dans l'occasion ou chez un bouquiniste mais si vous n'êtes pas un inconditionnel de cet auteur, ce livre n'est pas indispensable. Quand à l'édition originale, amputée de ce qui fait l'intérêt de l'histoire, elle devrait, à mon avis, n'être recherchée que par un collectionneur.

dimanche 17 février 2008

Doutriaux, Claire : Karambolage. (Seuil/Arte)


- De l'auberge au Muckefuck.
- De l'Eierpieker au chiffon de barrage.
- Des mouillettes au stammtischaschenbecher :
des mots, des objets, des rites, des bureaux, devinettes et onomatopées,
une petite mythologie du quotidien des français et des allemands.
Un décryptage ludique et impertinent, où l'on apprend beaucoup de choses sur nous-mêmes et sur nos voisins.
Quel chouette livre que celui-ci ! Tiré de l'émission du même nom qui est programmée sur ARTE le dimanche à 20h, c'est un livre à la fois drôle et instructif. Les spécificités culturelles, les singularités et les différences et convergences de nos deux pays sont narrées en petits chapitres illustrés sur des sujets aussi divers que :
- Le bouquet de fleurs
- Le lit à la française
- Le papier à cigarettes
- La boucherie chevaline
- Les pharmacies
- Le hamburger
- etc...
C'est un livre savoureux qui montre avec humour les comparaisons et les différences entre la France et l'Allemagne aussi bien dans la langue, les coutumes, la culture, les objets quotidiens etc.
Un livre passionnant, un livre étonnant, un livre indispensable pour les curieux. Je vous le recommande chaudement ainsi d'ailleurs que l'émission éponyme.
Voici le type même de livre intelligent, bourré d'anecdotes mais totalement jouissif.
Il peut faire aussi un cadeau idéal.


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vendredi 15 février 2008

Indigènes

1943. Ils n'avaient encore jamais foulé le sol français, mais parce que c'est la guerre, Saïd, Abdelkader, Messaoud et Yassir vont s'engager comme 130,000 autres indigènes dans l'armée française pour libérer « la mère patrie » de l'ennemi nazi. Ces héros que l'histoire a oubliés, vaincront en Italie, en Provence et dans les Vosges, avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand.

Sans doute était-il temps qu'un film rende hommage aux soldats des colonies françaises de l'époque qui se sont battus pour la France sans grande reconnaissance de leur sacrifice de la part de celle-ci. Mais ce film met mal à l'aise tellement il est manichéen. Ici pratiquement tous les arabes sont de braves types et quasiment tous les français de sales brutes racistes.
De plus le film souffre de longueurs où l'on s'ennuie un peu et surtout d'invraisemblances inadmissibles. Jamel Debbouze est un très bon acteur mais de voir un soldat d'un mètre soixante manchot tirer (avec brio) avec un fusil d'assaut et presque comique. Je n'avais plus vu non plus depuis les films de guerre américains des années 60, une grenade dégoupillée avec les dents. La scène « forte » du film, la défense d'un village par une poignée de soldats et aussi à la limite du ridicule. Nos héros, sans doute tireurs d'élites, tuent pratiquement un allemand à chaque coup de feu. Et attention ! Pas de blessés ! Le coup tue à chaque fois. Assister au combat entre un soldat arabe munie d'un simple pistolet contre une horde d'allemand armée de mitrailleuses, lance roquettes et autres armes lourdes rappelle les pires nanars américains du genre...
Absence de réalisme, historiettes de remplissage non abouties... ce film est décidément raté. C'est dommage car les acteurs sont bons et le sujet intéressant et pratiquement jamais traité au cinéma.
Le grand film en hommage à l'héroïsme des troupes coloniales reste donc à tourner...



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mercredi 13 février 2008

Chronique de l'année 2007. (Éditions Chronique)

Semaine après semaine, jour après jour, CHRONIQUE DE L'ANNÉE rapporte les événements, petits et grands, en abordant toutes les facettes du quotidien : politique, économie, culture mais aussi la science et les sports.

L'année dernière j'avais poussé un bon coup de gueule à propos de CHRONIQUE DE L'ANNÉE 2006. Cette stupidité de vendre un livre consacré à une année et qui s'interrompait au mois d'octobre était tout simplement intolérable. Je n'ai sans doute pas été le seul à m'indigner et les acheteurs de cette publication annuelle par ailleurs très bien conçue ont été entendus.
Cette année, outre le rattrapage des deux mois manquants de 2006, le livre va au terme de l'année présentée.
La stupide expérience de l'année dernière est donc close.
Autrement, mon avis sur sur CHRONIQUE DE L'ANNÉE n'a pas changé. C'est un livre abondamment illustré qui aborde à peu près tous les sujets – Art, politique, sports, people, faits divers... enrichis de très nombreuses photographies.
C'est une agréable façon de se remémorer les faits marquants de l'année. La limite du genre étant que presque tous les sujets sont traités de la même manière et la place accordée à une catastrophe naturelle majeure ou un séisme politique est identique à celle consacrée au décès d'un chanteur ou à la sortie du nouveau et maintenant célèbre iPhone d'Apple.
Bref c'est un bon achat qui sera pleinement intéressant dans quelques années quand on voudra se remémoriser 2007.



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lundi 11 février 2008

Bruss, B.R. : Bourg envoûté (Le) (Fleuve Noir "Angoisse")

Un auteur de littérature fantastique ne croit pas forcément à tous les mystères qu'il s'ingénie à édifier pour le plaisir de ses lecteurs.
Toutefois, la recherche d'une atmosphère propice à la mise au point d'un roman peut le mener loin, très loin, et jusqu'au coeur d'un monde où tout semble plus véridique que ce qu'il aurait pu imaginer de pire. Guilclan, petit bourg perdu quelque part en Écosse. Guilclan et ses habitants d'un autre âge, en proie à une malédiction venue du Moyen Age.

C'est en visitant les galeries du blog LES LECTURES D'OGGY que j'ai repéré ce bouquin qu'il possède dans la collection Marabout. Ce livre, je l'ai déjà lu en 1966 ou 1967 et j'en avais gardé un très bon souvenir. Bien sûr c'est dans l'édition Angoisse de Fleuve noir que j'avais, à l'époque, découvert ce bouquin. Il me le fallait ! Et miracle, je l'ai trouvé presque immédiatement sur Priceminister.
Une relecture, surtout dans ce genre de littérature est souvent sujette à une mauvaise surprise.
Je suis content car ce n'est pas du tout le cas. LE BOURG ENVOÛTÉ est un bon livre d'épouvante. B.R. Bruss était d'ailleurs un des meilleurs auteurs de la littérature populaire des années 50 et 60. Avec ce livre, il a su rendre une ambiance réellement inquiétante alliée à une histoire prenante donnant l'occasion à de multiples rebondissements. Cette histoire de malédiction, de rivalité millénaire entre deux vieilles familles tient la route. Roman d'épouvante, roman d'aventure, mais aussi très bonne déclinaison des classiques du genre. La galerie de personnages décrite par l'auteur, par exemple, est pratiquement digne d'un récit de Jean Ray. Le roman est mystérieux à souhait et l'intrigue passionnante. Le rythme d'abord assez lent s'accélère régulièrement jusqu'au dénouement.
LE BOURG ENVOÛTÉ est une vraie réussite. Je ne parlerai pas d'oeuvre indispensable mais ce livre ne déparera assurément la bibliothèque de l'amateur de fantastique.
Bref si vous pouvez le trouver, n'hésitez pas, vous ne serez pas déçu.
Du même auteur et dans la même collection je vous conseille aussi le très bon LA FIGURINE DE PLOMB.

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samedi 9 février 2008

De Sà Moreira, régis : Libraire (Le)


- Vous l'avez lu ?
- Oui, dit le libraire.
- Moi aussi, répondit le jeune homme.
- Le libraire lui sourit. Le jeune homme prit confiance :
- Mais je l'ai offert à quelqu'un... à qui je n'aurais pas dû l'offrir.
- C'est difficile d'être sûr de ces choses là répondit le libraire.
- Oui, dit le jeune homme.
- Ne désespérez pas, dit encore le libraire.
- Certains livres sont à retardement...

Ce livre conte l'histoire d'un improbable libraire qui vit dans sa librairie. Il est passionné, ne vend pas à n'importe qui, ne fait que lire et boire des tisanes, rêve ses clients, et est ouvert 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Il y a des rayons vides dans son magasin. Il déchire des pages pour les envoyer à ses frères et soeurs qu'il ne voit jamais. Il est seul, à des rapports curieux avec ses clients qu'il envoie souvent au bistrot d'en face. C'est un cinglé !
Pour une fois, je ne conseillerai pas de « dévorer » ce livre mais d'en lire un micro-chapitre chaque jour. Sinon vous risqueriez de vous lasser.... en effet, ce livre est plus un essai poétique qu'un vrai roman. On pourrait le lire dans le désordre que cela ne changerait rien à l'affaire.
C'est un livre déconcertant, étonnant et bourré de tendresse. Du Prevert mâtiné de Boris Vian en quelque sorte...
Encore une fois, c'est un bouquin que je vous conseille mais faîtes durer le plaisir et dégustez le tranquillement en plusieurs fois.
Il faut noter que j'avais acheté ce livre après avoir lu ZÉRO TUÉS du même auteur mais qu'il est totalement différent.



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jeudi 7 février 2008

Daeninckx, Didier : Cannibale. (Folio)

1931, l'Exposition coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l'intérêt du public, veut bien prêter les siens, mais en échange d'autant de canaques. Qu'à cela ne tienne ! Les « cannibales » seront expédiés.
Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l'intrigue sur fond du Paris des années trente - ses mentalités, l'univers étrange de l'Exposition -tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie

Didier Daeninckx à l'art de partir d'un fait réel et de nous prendre par le col pour nous mettre en face des grands scandales et petites magouilles de notre société. Ce livre en est l'exemple parfait. Qu'à cette époque qui, déjà se piquait d'humanisme, une telle chose ai été possible montre bien la cruauté et l'absence d'humanité de notre « belle » civilisation.
Mais l'auteur ne fait pas dans le misérabilisme et arrive même à nous faire sourire avec cette histoire de personnes transplantés contre leur gré dans l'univers factice d'une exposition, événement très prisé à l'époque. Ces gens, paisibles calédoniens étaient présentés comme des cannibales, comme des quasi-animaux au bon peuple crédule.
Pour les besoins du romanesque, l'écrivain raconte en parallèle le combat de quelques uns pour l'indépendance. Ces passages sont moins convaincants mais ce petit livre est néanmoins très attachant et le lecteur est à la fois conscient et outré du racisme « ordinaire » et amusé par le comique, souvent involontaire, de certaines situations.
Un livre qui illustre parfaitement (en la dénonçant) la bêtise crasse de ceux qui se pensent plus civilisés ou carrément supérieurs à d'autres.



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mardi 5 février 2008

Jaenada, Philippe : Vie et mort de la jeune fille blonde. (Le Livre de Poche)

Éternel adolescent trentenaire, le narrateur promène son vague à l'âme de bistros en dîners mondains. C'est chez Alice et Paul, des hôtes fortunés et alcooliques, qu'il entend parler un soir de Céline, leur fille toxicomane et probablement prostituée. Et si elle n'était autre que la Lolita décomplexée qui l'a jadis initié aux plaisirs du sexe ?
Dès lors, il n'a plus qu'une idée en tête : se lancer à la recherche de Céline. Comme si, malgré le temps passé, la nostalgie, la déchéance, il allait pouvoir retrouver, en même temps que le souvenir lumineux de sa jeunesse, un sens à sa vie.
Avec l'humour nonchalant et ravageur qui le caractérise, l'auteur du COSMONAUTE nous offre une fable désabusée où la gravité et la fragilité des êtres se lisent en filigrane.

Lire un livre de Philippe Jaenada est toujours un moment privilégié dans une carrière de lecteur. Pour ma part, c'est la cinquième fois que je connais ce bonheur.
Moins cinglé que les précédents, celui-ci ne fait quand même pas exception à la règle de l'auteur. De l'autodérision, de la tendresse et de l'humour au service d'une mélancolie assumée. Dans ce roman, on y trouve, surtout dans la première partie, des scènes mémorables de loufoquerie, mais aussi un émouvant retour dans le passé du narrateur. Le livre est quelquefois poignant et le malentendu qui donne la ligne directrice du récit s'il donne lieu à de beaux moments désopilants dérape par moments dans le caustique le plus cruel ainsi que dans une émotion réelle.
« Il y a toujours un risque à vouloir retrouver une partie de son passé. » Telle pourrait être la morale de cette très belle histoire.
Un livre formidable de l'auteur du célèbre LE CHAMEAU SAUVAGE (Prix de Flore 1997) que je vous conseille également et que je collerai bientôt je pense dans « Ma bibliothèque idéale ».
Philippe Jaenada est un écrivain atypique, profondément original et tous ses livres sont savoureux et indispensables.



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dimanche 3 février 2008

Escrocs mais pas trop.

Ray, dit « Le Cerveau », monte le casse du siècle : avec trois ex-taulard, il s'apprête à creuser un tunnel pour atteindre le coffre d'une banque.
Pour détourner l'attention, il transforme la boutique voisine en fabrique de cookies.
Très vite les ventes de pâtisseries se multiplient, l'entreprise devient florissante, et les ennuis commencent...

Les connaisseurs et puristes de l'oeuvre de Woody Allen diront certainement qu'il s'agit d'un film mineur dans la carrière du cinéaste-acteur et c'est sûrement vrai. Il n'empêche que voilà une sympathique petite comédie légère et très drôle.
Cela commence un peu comme un « Laurel & Hardy », gros gags totalement invraisemblables et situations burlesques. Et puis, tout en gardant un ton résolument parodique et joyeusement iconoclaste (par exemple un flic ne pouvant être QUE corruptible), le film aborde des problèmes plus consistants comme une réflexion sur les différences entre classes sociales, sur la réussite et sur le snobisme. (Qu'est-ce-que le mauvais goût ?). Tracey Ullman est parfaite en fofolle angoissée, Hugh Grant se caricature lui-même et joue un parfait mais réjouissant salaud et Woody, bien sûr en escroc benêt et lunatique est génial.
Voici une comédie absurde qui ne prétend pas être un GRAND film. Juste un très bon moment de détente avec des acteurs irrésistibles et, malgré un final légèrement décevant, c'est un petit film qui se regarde avec plaisir en attendant des films plus ambitieux de Woody Allen.



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vendredi 1 février 2008

Herbert, Frank : Ruche d'Hellstrom (La). (Le Livre De Poche)

Hellstrom est un spécialiste réputé des insectes et en particulier des fourmis et des termites. Il a installé ses laboratoires dans une vallée perdue de l'Oregon.
Mais quel est son véritable projet, le fameux et mystérieux Projet 40 ? Trois hommes de l'Agence, le plus puissant des services secrets américains, parfaitement équipés et entraînés, ont disparu en se contentant d'observer la Vallée.
Comme s'ils avaient été avalés par la terre, par cette monstrueuse termitière humaine souterraine qui est l'avenir qu'une secte pluriséculaire a promis à l'humanité. Hellstrom n'est qu'une façade.
Le roman le plus inquiétant de l'auteur de Dune.

J'avais acheté ce roman un peu par hasard. En fait je l'ai joint à la commande d'un autre livre de cet auteur que l'on m'avait conseillé, LA MORT BLANCHE (qu'à cette date, je n'ai d'ailleurs pas encore lu.)
J'ai eu un peu de mal à me plonger dans l'histoire, un peu confuse au début, de cette agence secrète très spéciale qui s'intéresse (on ne sait pas trop pourquoi) à un cinéaste animalier et surtout à sa ferme isolée. Il faut dire que je ne suis pas un fan de Frank Herbert et que, par exemple, je m'ai jamais pu terminer le fameux cycle de Dune.
Mais, au fil des pages, l'intérêt vient petit à petit et le bouquin, passé son premier tiers, devient assez passionnant. Certaines descriptions de « la ruche »et de ses habitants sont assez hallucinantes et réussissent à nous transporter dans un véritable autre monde. En cela, le livre et assez réussi et la fin, un peu trop rapide est d'un pessimisme assez exceptionnel. Je trouve cependant que si l'histoire est originale, le récit, par moment semble légèrement vieillot (il ne date pourtant que de 1973 mais fait un peu penser à... H.G. Wells) et qu'il aurait gagné à être plus développé au point de vue psychologique. En fait le roman aurait mérité quelques chapitres supplémentaires pour prendre une véritable dimension littéraire. On pourrait croire que l'auteur, peu passionné par son propre roman s'est empressé de le terminer...
Malgré ces critiques, LA RUCHE D'HELLSTROM est un bon livre qui se lit avec plaisir passé le temps d'adaptation nécessaire pour pouvoir s'immerger véritablement dans ce récit, assez étonnant, d'une communauté d'hommes insectes. Il évoque avec originalité des problèmes comme l'écologie, les pouvoirs des services secrets ou même l'ultime avatar imaginé du communisme.



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