lundi 31 août 2009

Bonnerave, Jocelyn : Nouveaux Indiens. (Seuil / Fiction & Cie)

NOUVEAUX INDIENS est une enquête qui change d'objet en cours de route. Sur fond de campagne présidentielle, un anthropologue français venu aux États-Unis étudier la vie de quelques musiciens est conduit à sortir de sa réserve scientifique lorsqu'il met au jour les turpitudes d'une drôle de bande : de jeunes artistes, des intellectuels bien en place, un chirurgien, et une clocharde qui porte au cou de jolies pierres d'ambre. On croisera aussi une violoncelliste un peu magicienne, un vieux bouddhiste irrépressiblement gourmand. Le Nouveau Monde a-t-il tant changé depuis les sauvages de la Renaissance ?

Jocelyn Bonnerave est né en 1977. Il a étudié la littérature et les sciences humaines, particulièrement l'anthropologie. Ses activités musicales et littéraires s'associent souvent dans la pratique de la performance.

Quel roman étonnant ! Au début on suit, amusé, ce jeune anthropologue qui étudie un groupe de musiciens sur le campus de l'université de Berkeley où se côtoient sans se mélanger, des prix Nobel, des étudiants brillants avec des SDF délabrés, tous maigres pour des raisons différentes. Bonne hygiène de vie pour les uns, manque de nourriture pour les autres et ses réflexions acides sur l'Amérique d'aujourd'hui sont souvent drôles et pertinentes. On y croise toute une faune pittoresque décrite à merveille grâce à la très belle (et surprenante) écriture de l'écrivain.
Puis, petit à petit, le récit devient plus énigmatique. Pourquoi ce mystère autour de Mary morte d'anorexie au retour d'un voyage d'étude sur une tribu cannibale de Bolivie ? Et surtout quel rapport avec une campagne contre l'obésité commandée par le gouvernement ?
Ce livre surprenant, aussi bien par son écriture atypique que par son énigmatique histoire, montre bien que la barbarie est universelle et que le mince verni de civilisation ne tient guère à qui se donne la peine de regarder de plus près la façon de vivre occidentale.
Un style vif et très singulier, une histoire particulièrement étrange sous des dehors de normalité, une bonne dose d'humour et un esprit critique omniprésent donne à ce roman un ton très original qui m'a énormément plu. C'est le premier roman d'un auteur dont j'espère bien qu'il continuera sur la voie d'une littérature non-conformiste pour ne pas dire extravagante.
Merci à CHEZ LES FILLES de m'avoir permis de découvrir cet écrivain.



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jeudi 27 août 2009

Thilliez, Franck : Deuils de miel. (Pocket)

Après le décès accidentel de sa femme et de sa fille, le commissaire Sharko est un homme brisé. Insomnies, remords, chagrin... Difficile dans ces conditions de reprendre du service. Mais une macabre découverte va brutalement le ramener à la réalité : une femme est retrouvée morte, agenouillée, nue, entièrement rasée dans une église. Sans blessures apparentes, ses organes ont comme implosé. Amateur d'énigmes, le tueur est aussi un orfèvre de la souffrance. Et certainement pas prêt à s'arrêter là.
Pour Sharko, déjà détruit par sa vie personnelle, cette enquête ne ressemblera à aucune autre, car elle va l'entraîner au plus profond de l'âme humaine : celle du tueur... et la sienne.

Après LA CHAMBRE DES MORTS et TRAIN D'ENFER POUR ANGE ROUGE , DEUILS DE MIEL est le troisième bouquin de Franck Thilliez que je lis... avec un immense plaisir. Comme pour les deux précédents, L'écrivain nous offre une histoire à la fois passionnante et, il faut bien le dire, assez horrifique. Ce très bon thriller est certes un « policier » mais l'écriture de Thilliez fait plus penser à un roman d'épouvante qu'à une enquête classique.
L'auteur nous embarque dans une histoire effroyable où les insectes et araignées ont un rôle prépondérant et nous fait voyager dans les tréfonds de la maladie mentale. Le récit se déroule implacablement entre mystère et scènes d'action sur un rythme époustouflant. En fait pas de répit pour le lecteur ! Il faut accrocher sa ceinture et se laisser embarquer dans un tourbillon de rebondissements et de révélations dramatiques, de scènes grand-guignolesques et de visions presque diaboliques qui nous emmènent sur un rythme d'enfer vers une conclusion terrible.
Sharko, l'inspecteur déjà personnage principal de TRAIN D'ENFER POUR ANGE ROUGE nous balade dans des décors sombres voire glauques (station de métro abandonnée, épaves de péniches...) au fil d'une intrigue bien ficelée et d'un suspense permanent. Et le résultat est assez bluffant. DEUILS DE MIEL et un thriller hallucinant, un bouquin qu'il est impossible de lâcher avant de connaître le dénouement.
Franck Thilliez est décidément un maître des émotions fortes et je trouve ce livre encore plus réussi que les deux précédents pourtant déjà passionnants et je suis heureux d'avoir encore deux de ses bouquins dans ma PAL.
Allez hop, il faut l'acheter !
:boing:


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lundi 24 août 2009

Teulé, Jean : Le Montespan. (Pocket)

Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan...
Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

Et hop ! Encore un Teulé, encore une lecture réjouissante !
Cette histoire de cocu magnifique est à la fois touchante, terrible et très drôle. L'écrivain dresse un portrait sans complaisance du roi Soleil et de sa cour. Comme à son habitude, Teulé verse même souvent dans l'inconvenant et le scabreux mais, il faut bien l'avouer, c'est pour notre plus grand plaisir. Le récit oscille sans cesse de la tragédie à la comédie et ce récit du calvaire d'un « petit » noble désargenté qui refuse son royal cocufiage et par là même plutôt que de se faire une situation enviable en fermant les yeux s'expose au courroux de Louis XIV, nous émeut profondément tout en nous distrayant grâce à la plume alerte et ironique de Jean Teulé.
Le calvaire de Louis-Henri de Parpaillan de Gondrin, marquis de Montespan est très bien rendu, sa descente aux enfers, partagée par le lecteur mais il faut confesser que l'on prend un sacré plaisir à lire ce bouquin gaillard, grivois et même parfois grossier.
En ce qui me concerne, j'adore le ton sarcastique et blagueur de Teulé. C'est un provocateur de talent. Il n'est pas avare de détails croustillants et horribles mais c'est ce qui fait le sel de ce récit.
LE MONTESPAN est une belle réussite et a obtenu le Prix « Maison de la presse » 2008.



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jeudi 20 août 2009

Swofford, Anthony : Sachiko. (Calmann-Lévy)

Severin Boxx est un adolescent heureux. Élevé à la dure mais hyper protégé, il vit depuis des années sur la base aérienne de Yokota, à côté de Tokyo, où son père est colonel dans l’US Air Force. Entre le football américain, les études et ses copains, sa vie se déroule en vase clos, isolée du monde extérieur, ce Japon plein de menaces et de mystères. Tout bascule lorsqu'il tombe amoureux fou de la fille du commandant de la base, le général Kendall, lequel est également son coach de football américain. Métisse, Virginia Sachiko  a tous les attraits du fruit défendu. Elle est non seulement belle et intelligente, mais rebelle et, Severin l’apprendra trop tard, délinquante. Subjugué, Severin va quitter le monde des garçons et suivre Virginia Sachiko dans celui des adultes, qui commence une fois franchies les grilles de la base : un monde interlope où règnent l’alcool, la prostitution, la drogue. Sa vie sort alors des pistes balisées par son père et son coach.
Sachiko est un très beau roman d’amour, mais aussi un roman d’initiation et d’apprentissage. Severin découvre que le monde des militaires et celui du football américain, obsédés de maîtrise technique, fermés aux nuances et aux mystères de la vie, ne l’ont pas équipé pour le bonheur, l’autonomie et la découverte de l’autre. Vingt ans plus tard, il découvrira comment se libérer de leur emprise…

Ce livre se découpe en trois parties bien distinctes qui pourraient presque même être indépendantes. Dans la première, on découvre deux jeune adolescents, fils et filles de militaires de haut rang qui en l'espace de quelques heures vont se révolter et basculer dans la délinquance pour l'une et dans la fronde contre l'ordre établi pour l'autre. Sur fond d'incompréhension entre américains et japonais, Hiroshima et Nagasaki étant toujours présents dans les esprits, l'histoire se déroule assez prenante malgré quelques péripéties peu crédibles.
Quinze ans plus tard, on retrouve Séverin rentré aux États-Unis et cette deuxième partie décrit le naufrage de son mariage , le ratage complet de sa vie professionnelle et son humiliation d'être entretenu par sa femme et ses beaux-parents. Séverin n'a plus que de vagues souvenirs de son aventure amoureuse avec Virginia et de sa vie sur la base militaire de Yokota. Il tente de recoller les morceaux d'un mariage instable et fragile et d'une vie qui part visiblement à la dérive sans qu'il en ait vraiment conscience. À la fin de ce long paragraphe, un appel de son ancien coach, l'ex général Kendall le fait tout quitter pour essayer de retrouver Virginia au Japon.
Et la troisième partie du livre verra bien entendu, les retrouvailles des deux ex-amoureux à l'endroit presque exact où ils s'étaient quittés.
Les descriptions de la vie et de la mentalité japonaise ainsi que des us et coutumes locales sont extrêmement bien rendues et sonnent juste.
SACHIKO est un roman assez plaisant qui souffre quand même de quelques défauts. L'intrigue est assez prévisible, on trouve certains illogismes et petites contradictions parfois agaçants. Séverin commande un bourbon-menthe (berk) dans un restaurant et peu après annonce qu'il n'aime pas le whisky.
SACHIKO est le type même de bouquin que l'on lit avec plaisir mais qui ne restera sans doute pas très longtemps dans les souvenirs. Le texte de quatrième de couverture indique qu'il s'agit d'un premier roman et, en effet, on ressent bien par moment une certain manque de rigueur et de cohérence dans le récit. Ceci étant dit, SACHIKO reste un livre tout à fait recommandable pour une lecture estivale de détente.



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Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! et c'est dans le cadre de l'opération "Masse critique" de Babélio que j'ai lu ce livre.

lundi 17 août 2009

Ward, Philippe : 16, rue du repos. (Rivière blanche)

Aveuglée par la douleur et la folie, Elisabeth hurla. Son corps se déforma, agité par des spasmes. Ses yeux s'emplirent de larmes… La peur ne quittait plus son corps. Elle avait peur de l'inconnu qui s'ouvrait devant elle, peur de plus maîtriser sa vie. Elisabeth sortit précipitamment du mausolée et courut dans le cimetière, avec une seule pensée : quitter le Père-Lachaise ! Luc, photographe, est obsédé par le besoin de prendre des clichés au cimetière du Père Lachaise, lieu quasi-mythique du repos éternel de quelques célébrités et de milliers d'anonymes. D'apparitions fantomatiques en manifestations spirites, il va y rencontrer Eros et Thanatos, et l'ombre d'Allan Kardec, dont la tombe est l'un des haut-lieux du spiritisme. Et si au-delà de l'amour et de la mort survivaient les âmes de nos frères humains ? Récemment adapté en bande dessinée, voici enfin le roman fantasmatique de Philippe Ward (Artahé, Confession d'un Vampire), présenté ici en texte intégral, dans une édition agrémentée de 22 illustrations de Philippe Lemaire et d'une bibliographie de l'auteur.

Encore une petite merveille éditée par Rivière Blanche .
Je me suis régalé à la lecture de ce bouquin bien dans l'esprit de la fameuse et défunte collection « Angoisse » du Fleuve Noir. Bien sûr, ici le récit est plus « moderne » dans le sens où la terreur et plus présente et le sexe plus explicite. Ce beau petit roman est aussi plus ambitieux et sa construction plus complexe que ceux du catalogue du Fleuve Noir de l'époque.
Cette balade dans le célèbre cimetière est un angoissant petit régal. Luc, le photographe noue vite des relations amoureuses avec Jennyfer - qui pose nue dans son cours de photographie- ce qui ne l'empêche pas de vouloir faire de la belle l'unique modèle de sa future exposition ayant pour thème le nu et la mort.
Le lecteur est vite happée par cette histoire mystérieuse où le malaise, puis l'angoisse s'installent rapidement avant que l'épouvante pure fasse son apparition. Le rythme du récit ne faiblit jamais, les scènes d'horreurs frôlent parfois le gore (pour notre plus grand plaisir) et le sexe sans être envahissant pimente un peu le roman qui prend des accents gothiques en plusieurs occasions. Un cimetière chargé d'histoire, un chat énigmatique, une entité maléfique, un retraité du CNRS passionné de paranormal, de l'amour, du mystère et… la mort. Tout est donc réuni dans 16, RUE DU REPOS pour offrir une lecture passionnante. L'écriture vive et enlevée de Philippe Ward fait le reste. Les très belles illustrations de Philippe Lemaire accentuent le côté « littérature populaire » du roman et donnent d'ailleurs l'envie d'acheter la bande dessinée adaptée du livre.
16, RUE DU REPOS est un bouquin qui se dévore et je vous le conseille chaleureusement.
Décidément Rivière blanche est une sympathique maison d'édition dont le catalogue est à fouiller et les futures parutions à suivre attentivement.

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jeudi 13 août 2009

Gudule. (Duguël, Anne) : Entre chien et louve (in Le Club des petites filles mortes). (Bragelonne) et (Denoël : Présence du fantastique)

Je suis mort, d'accord, mais qu'est-ce que je fais dans ce chien ?
Ou plutôt, pourquoi SUIS-JE un chien, avec un passé de chien, un instinct de chien, et cependant, intacts, mes souvenirs d'homme ?

Le souvenir d'Astrid, surtout, la jeune noire qu'il a jadis ramenée d'Afrique, quand il était Jean. L'amour de sa vie. Astrid, sa veuve qu'il lui faut retrouver, même si elle n'est plus qu'une sexagénaire usée par les outrages de la vie. Et il la retrouve. Un chien a ce genre de capacité. Et le voilà adopté par une femme désormais en mal de compagnie qui, bien loin de se douter de la véritable nature de l'animal qu'elle a recueilli, lui parle, lui fait des confidences...
Pour Jean, devenu « Fidèle », c'est alors comme un voile qui se déchire. S'ouvrant sur un enfer insoupçonné...

Voici le deuxième roman inclut dans le premier tome des œuvres complètes de Gudule alias Anne Duguël. Paru originellement aux Éditions Denoël, dans la collection Présence du Fantastique (n. 63. ) Et c'est un petit joyau de littérature fantastique. Cette histoire de réincarnation est par elle même passionnante mais elle est aussi le prétexte à une féroce critique de la colonisation, des rapports flamands/wallons en Belgique et du racisme en général. Ce petit (par la taille) roman nous offre l'histoire cruelle d'un homme réincarné dans un chien, adopté par sa veuve qui ignore bien sûr son identité. Et Jean devenu chien apprend petit à petit que ce qu'il croyait être une vie de bonheur n'était pour sa femme qu'un enfer quotidien. Le récit, parfois amer est pourtant traversé par un humour certes impitoyable mais omniprésent.
Se déroulant dans les Ardennes belge, sous une pluie permanente, ce huis-clos pesant raconte la détresse d'un homme découvrant les illusions qui étaient les siennes de son vivant. Il montre le désespoir ordinaire, la détresse et l'effondrement du mirage d'un bonheur qui n'était que de façade.
Le dénouement est terrible !
ENTRE CHIEN ET LOUVE est un superbe roman, bien différent de DANCING LOLITA mais montre une autre facette du talent de Gudule.
J'ai adoré ce bouquin et je vous le conseille ardemment.



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lundi 10 août 2009

Ishiguro, Kazuo : Vestiges du jour (Les). (Calmann-Lévy)

Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en automobile. Le ton sur lequel il nous livre ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction est, à l'image de son attitude vis-à-vis des événements, parfaitement retenu. Au gré des sous-entendus d'une langue délicieusement fluide et subtile, Ishiguro dresse, au-delà du portrait de toute une classe en déclin, le bilan d'une vie apparemment ratée. Dans ce roman mélancolique en demi-teintes, Booker Prize 1989, il révèle les failles d'un homme qui a refusé de reconnaître l'amour en Miss Kenton, ancienne gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses ont sensiblement évolué. Darlington Hall appartient maintenant à un millionnaire américain, les positions de Lord Darlington durant l'entre-deux-guerres sont désormais vues d'un œil réprobateur.
Maître du clair-obscur, Ishiguro ne tire pourtant pas de conclusion catégorique et laisse, en suspens, un infime espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d'apprécier cette qualité de lumière qu'offre le jour déclinant, pas tout à fait disparu encore, qui traîne ses vestiges dans le ciel marin de la baie de Weymouth. --Sana Tang-Léopold Wauters.

Depuis un bon moment déjà j'avais très envie de relire ce livre que j'avais considéré comme un chef d'œuvre à la première lecture. (Et je ne suis pas le seul.)
Et de nouveau la magie de l'écriture de Kazuo Ishiguro fut au rendez-vous. La délicatesse des sentiments, la mélancolie toujours présente n'empêche nullement un humour subtil tout en finesse. Le récit que fait Stevens en se remémorant sa vie au service d'une grande maison anglaise et surtout de Lord Darlington dévoile petit à petit les sentiments d'un homme qui, de par sa condition et surtout par choix personnel, s'est toujours refusé à extérioriser ses pensées intimes.
En vingt cinq ans de bons et loyaux services auprès de « sa seigneurie », Stevens a beaucoup observé et c'est le résultat de ces constatations et appréciations qu'il nous livre à la faveur d'un voyage solitaire en automobile.
Ce voyage prévu pour ramener Miss Kenton à Darlington Hall devient vite un prétexte à une introspection qui fait coïncider la mémoire individuelle du Maître d'hôtel avec l'histoire nationale de la Grande Bretagne. Et au fil des pages, le « Butler » qui a une si haute opinion de son rôle comme il faut bien l'avouer, de lui-même, commence à se poser des questions. Et si la dignité de sa fonction n'était qu'un reflet de l'honneur de son maître ? Dans ce cas le déshonneur de ce dernier doit de refléter sur son image...
et cette Miss Kenton, sans doute la seule qui lui résista et osa le critiquer, ne serait-elle pas la chance envolée d'un amour possible?
Ce livre est un GRAND roman. Sa profondeur psychologique est étonnante et l'écriture est parfaitement adaptée au ton du narrateur. Ce voyage à travers l'Angleterre est aussi un voyage dans l'histoire et dans un monde en voie de disparition.
LES VESTIGES DU JOUR est un chef d'œuvre de la littérature contemporaine.
Du même auteur j'avais également aimé AUPRÈS DE MOI TOUJOURS.



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jeudi 6 août 2009

Dubois, Jean-Paul : Vous plaisantez, monsieur Tanner. (Points)

" Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine. - Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ? »

Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous... tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.

Récit véridique d'un chantier, chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, Vous plaisantez, monsieur Tanner se lit comme une comédie. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur.

Biographie de l'auteur
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse. Il a publié une quinzaine de romans dont Une vie française, prix Femina 2004, qui a été traduit dans une quinzaine de pays.

Dès le début du bouquin on sait que le narrateur va aller de catastrophes en catastrophes. C'est même tellement flagrant que cela paraît tout de suite caricatural. Et puis on se prend, avec un plaisir un peu sadique, à vouloir connaître tous les désastres, malheurs et cataclysmes qui vont tomber sur la tête du malheureux héritier de cette maison à rénover.
Et défile alors une horde de calamiteux bricoleux, presque tous incroyablement mauvais dans leur métier.
On se régale à la lecture de ce petit bouquin très léger qui ressemble plus à une réjouissante farce plutôt qu'à de la véritable littérature. C'est frais et idéal pour une lecture sur la plage tout en gardant un oeil sur les enfants. Ceci étant dit, n'attendez pas de ce livre ce qu'il ne peut vous offrir. C'est très sympathique mais prévisible et sans grand intérêt littéraire.
VOUS PLAISANTEZ, MONSIEUR TANNER propose quelques petites heures de bonne détente. Ni plus ni moins.



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lundi 3 août 2009

Colline a des yeux (La). (première et deuxième version)

Une famille sur le chemin des vacances. Une route désertique des États-Unis. Un accident et les voici seuls en plein désert.
Seuls ?
Pas vraiment. Du haut de la colline un groupe de sauvages les observe. Ils devront se battre pour survivre car LA CHASSE ÀL'HOMME EST OUVERTE...

J'avais découvert ce film de Wes Craven à sa sortie dans les salles dans les années soixante dix. Comme le célèbre MASSACRE À LA TRONCONNEUSE, il est devenu depuis un film culte du genre épouvante. Il m'avait laissé un souvenir assez terrifiant. Dernièrement je me suis donc acheté le DVD mais aussi celui de la nouvelle version d'Alexandre Aja et j'étais curieux de comparer ce film non seulement à ma mémoire mais aussi à la variante plus récente.
Premier constat, même, et c'est bien normal, si ce film a un peu vieilli, il reste quand même un sacré bon moment de terreur. Pour l'époque il était vraiment gore. Bien sûr le film souffre un peu de moyens limités le son est assez mauvais et les acteurs jouent parfois un peu faux mais la violence et le sadisme des situations secouent toujours autant le spectateur. Le vrai défaut de la première version est une fin trop brutale qui laisse le public sur sa faim.
La deuxième version est très fidèle à l'originale pendant les trois quart du film. La plupart des scènes, dialogues compris, sont intégralement reprises mais sans temps morts, avec de meilleurs acteurs et des moyens visiblement plus importants. Le film est aussi nettement plus gore mais surtout l'ambiance est encore plus glaciale et morbide que dans le premier. La dernière partie est superbement développée et l'équilibre entre les scènes d'angoisse et l'action pure est parfaitement respecté. Ici, le prétexte d'essais atomiques permet au cinéaste de créer une belle galerie de dégénérés monstrueux. Les âmes sensibles éviteront ce film d'une sauvagerie inouïe.
Le message de ces deux films est clair. Sous un vernis de civilisation, la bête est en nous et ne demande qu'à se manifester. C'est encore plus vrai dans cette version.
Au final, même si la version de 1977 de LA COLLINE A DES YEUX est toujours très regardable et reste un modèle du genre, il faut bien avouer que la version de 2003 est nettement plus aboutie et tout en restant très fidèle à l'originale, Alexandre Aja ne s'est pas contenté de dépoussiérer ce classique de l'horreur. Il en a gommé les défauts, développé la dernière partie et filmé une fin plus convaincante.
Que ce soit la première mouture ou le film plus récent, on a à faire à deux DVD qui, je le pense, sont indispensables à l'amateur d'épouvante mais s'il faut vraiment choisir, je conseillerai sans hésiter le remake. C'est du lourd !



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