jeudi 31 décembre 2009

Matieson, Budy : Survivance (Chroniques du Retour Sauvage 1) et Shea (Chroniques du Retour Sauvage 2). (Fleuve Noir "Anticipation")

A l'est de l'Est, au Nord du Nord, au Sud du Sud, à l'Ouest de l'Ouest, le spectacle était le même. Une espèce de grande désolation. La planète n'était rien d'autre qu'une terre brûlée. Les autoroutes ne menaient plus nulle part. Les océans avaient pris de la consistance ; ils étaient comme gélifiés. C'était le temps de l'après... La belle évolution, contrôlée et quasi parfaite de la génération scientifique et technologique d'hier, avait fini par sombrer. Et l'Homme, qui avait toujours été un loup pour ses congénères, avait rapidement recouvré ses facultés engourdies, ses instincts de mort. C'était le temps de la férocité, de la violence. Le temps des Exécuteurs.

C'est mon pote Suisse24 (Pat) qui m'a conseillé la lecture de ces deux romans qui forment un petit cycle. Et il a eu raison.
Ces deux volumes se lisent avec un grand plaisir même s'ils ne brillent pas par l'originalité de l'histoire : un classique récit post-apocalyptique.
Dans le premier volume : SURVIVANCE, on assiste à l'éducation d'un jeune garçon par un tueur à gages et à son développement jusqu'à son autonomie. À l'âge adulte, il prit le nom de Claymore (grande épée qui était utilisée par les guerriers écossais) et devient à sont tour un exécuteur qui loue son art de tuer à qui le paye...
Et nous assistons à son errance, au gré des contrats, sur une terre désolée et dangereuse. Un jour, son « travail » l'emmène vers une vallée luxuriante et très différente du reste de la planète. Une sorte d'Eden ou les habitants travaillent en paix loin de l'horreur du monde extérieur. Claymore tombe amoureux de « La Femme » et commence à se détendre et oublier son terrible métier. Mais il apprend bientôt que sa cible est « La Femme »...
À la lecture de ce livre, on songe immédiatement aux ouvrages de Gilles Thomas (Julia Verlanger) et l'intérêt de SURVIVANCE tient autant à l'histoire, classique mais bien tournée, qu'à l'écriture très plaisante de l'écrivain. La fin est surprenante
Le second tome prend le même décor mais met en scène une jeune habitante de la vallée, capturée avec toute la population pour devenir esclave dans une ville du monde extérieur. Une histoire de vengeance se greffe sur le récit. SHEA est encore plus prenant que le premier volume de la série. La comparaison avec les œuvres de Gilles Thomas est encore plus évidente et on ne s'ennuie pas une seule seconde à la lecture de ce roman captivant. Hélas, la fin ne tient pas les promesses du récit et nous laisse sur notre faim. À mon avis, un troisième tome devait être prévu mais n'a jamais vu le jour. C'est assez frustrant !
Toutefois, malgré ce défaut, je conseille la lecture des deux livre du cycle des CHRONIQUES DU RETOUR SAUVAGE car elle nous assure un bon moment de détente et procure deux soirées sympathiques.
Ces bouquins datant de 1980 et 1982, ils ne sont bien sûr que disponibles en occasion (à un prix très modique).


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Bonne année pleine de lectures à vous tous ! :fete: :boing:

:D

lundi 28 décembre 2009

Harrison, Jim : Nord Michigan. (10/18)

Fils d'un émigré suédois, le héros de ce roman exerce la profession d'instituteur dans une bourgade rurale du Michigan. Il partage ses loisirs entre la chasse, la pêche et les soirées à la taverne voisine. Et les nuits avec Rosalee, l'amie d'enfance, paisible et passionnée à la fois. Mais survient Catherine, une de ses jeunes élèves, âgée de dix-sept ans et très affranchie qui va bouleverser le cours des choses. Sur ce thème presque banal, Harrison a composé le plus simple mais aussi le plus beau de tous ses romans.

NORD MICHIGAN est sans doute le roman le plus mélancolique de Jim Harrison. Comme toujours chez ce merveilleux écrivain, la nature est omniprésente mais ici l'humour s'il est parfois perceptible est en retrait par rapport à la plupart de ses œuvres.
On retrouve les ingrédients habituels des récits qui font l'univers de l'auteur. La nostalgie d'une vie simple, la boisson (les protagonistes passent leur temps à siffler du whisky), la chasse et la pèche respectueuse de la nature, mais aussi les relations humaines chaleureuses mais compliquées. Plus qu'une histoire d'amour, NORD MICHIGAN nous montre le questionnement d'un homme sur sa vie passée, sur un futur qu'il aborde avec inquiétude, sur des rêves simples mais inatteignables car dangereux pour sa stabilité future.
Nostalgie du passé, peur de l'avenir, incertitude des sentiments, ode à la vie rustique... ce magnifique livre raconte tout cela avec en plus le style inimitable de Jim Harrison. Ce roman au rythme paisible, presque lent est une merveille de délicatesse ainsi qu'une belle étude psychologique.
Décidément, Jim Harrison est le romancier américain contemporain que je préfère.


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jeudi 24 décembre 2009

Miller, Sylvie & Ward, Philippe : Noir duo. (Rivière Blanche)

Une folle préface. Un mur aux pouvoirs étranges. Un monde souterrain peuplé de chats sacrés. Une mission en perdition sur Mars. Un guitariste maudit. Un détective au service des dieux… Entre angoisse, humour, suspense et merveilleux, voici seize nouvelles à la croisée des mauvais genres, seize textes à faire flamber les pupilles, seize excursions en territoires inconnus signées par un duo d'enfer, le NOIR DUO !

- Le mur - Sylvie Miller & Philippe Ward
- Un choix réfléchi - Sylvie Miller
- Martha - Philippe Ward
- Le survivant - Sylvie Miller & Philippe Ward
- L’ombre - Sylvie Miller
- Les chemins de l’esprit - Philippe Ward
- Un futur inimitable - Sylvie Miller & Philippe Ward
- Les vignes du Seigneur - Philippe Ward
- Ventres d’airain - Sylvie Miller
- Le fils de l’eau - Philippe Ward
- Mau - Sylvie Miller & Philippe Ward
- Prorata temporis - Philippe Ward
- Tout s’achète et tout se vend - Sylvie Miller
- After midnight - Sylvie Miller & Philippe Ward
- Lettre d’un futur amer - Sylvie Miller
- Pas de pitié pour les pachas - Sylvie Miller & Philippe Ward

Voici un recueil de nouvelles tout à fait atypique pour plusieurs raisons. D'abord que deux auteurs s'allient pour signer un livre contenant plusieurs récits de l'un, de l'autre ou de l'un et l'autre n'est finalement pas si courant. Ensuite par la diversités des sujets et des tons abordés qui vont de la franche rigolade à la terreur en passant par la mélancolie.
D'ailleurs le livre commence (bien) par pas moins de 113 préfaces ! Je pense que c'est un record qui n'est pas prêt de tomber !
Après ce long prologue qui met de bonne humeur on attaque la première nouvelle. Et là on entre dans un monde tout à fait différent. Car c'est bien par une nouvelle effroyable que débute NOIR DUO. LE MUR est un récit de terreur à forte connotation sexuelle. Puis ensuite les nouvelles s'enchaînent en explorant une grande partie des différents aspects du fantastique. UN CHOIX RÉFLÉCHI nous montre que le reflet du miroir peut aspirer à pénétrer notre monde, MARTHA est un court mais troublant récit dont bien sûr je ne dévoilerai pas le final. Ensuite, rien à faire, on est happé par le bouquin et on ne peut que poursuivre sa lecture jusqu'à la dernière nouvelle. Le burlesque y est représenté par UN FUTUR INIMITABLE,la mort annoncée par L'OMBRE, l'ambiance lourde par le très beau LES CHEMINS DE L'ESPRIT, etc.
Tous ces récits sont de grandes qualités et on se régale à découvrir toutes les facettes du talent des auteurs. Duo noir certes mais aussi duo sombre ou mélancolique et parfois duo facétieux et même duo loufoque et comique. Une telle variété des thèmes et du traitement de ceux-ci est franchement étonnante et tout à fait plaisante.
La dernière nouvelle est tout simplement géniale. Cette enquête où l'irruption de la mythologie égyptienne dans notre univers fait basculer le récit dans un réjouissant non-sens m'a littéralement sidérée par son humour et son suspense !
Et le livre se termine par une postface assez dingue en forme de clin d'œil à une série télévisée bien connue.
Seize nouvelles, seize récits fantastiques dépaysant et rien à jeter... c'est donc très chaleureusement que je vous recommande la lecture de ce très très bon bouquin.
Allez hop, faites-vous plaisir, commandez dès maintenant NOIR DUO. Vous ne le regretterez pas.


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... et joyeux Noël :fete:

lundi 21 décembre 2009

Welsh, Irvine : Trainspotting. (Points)

Ils sont quatre amis d'un quartier pourri d'Edimbourg partageant la même passion pour le délire à hauts risques, celui de la piquouse fatale et de l'héroïne, aussi efficacement destructrice qu'une bombe atomique dans un champ de coquelicots. Mais que faire d'autre quand on survit entre vols à l'étalage, assurance chômage, soirées glauques et baston à coups d'aiguilles à tricoter. Entre deux pintes de bière, chacun raconte sa vie et son quartier. Sick Boy qui voudrait travailler, Mark, persuadé de pouvoir décrocher, Spud, niais et complètement paumé et Matty qui ne touche pas à la dope, jusqu'au jour où il se laissera tenter. Pourtant, au milieu du désespoir, surnage une envie de vivre plus forte que tout le reste. S'en sortir grâce à un dernier coup de bluff, tenter le tout pour le tout.

Quel roman ! Avec TRANSPOTTING, on plonge dans l'enfer de la désespérance sociale sous l'ère de Margaret Thatcher à travers le destin de quatre jeunes drogués. On les suit d'Édimbourg à Londres dans une errance ou plutôt une descente ponctuée de défonce aux drogues diverses, de sexe glauque, de bastons et de petites magouilles, le tout largement arrosé de bières et d'alcools ingurgités à toutes heures.
On prend conscience, avec ce livre, de la misère affective et de l'extrême dureté de l'existence de ces paumés dont la vie ne tourne plus qu'autour du « fixe » d'héroïne indispensable.
Le livre est trash et l'on est souvent choqué mais aussi très ému par cette histoire assez terrifiante qui ménage quand même assez souvent de petits moments d'humour.
Le récit est volontairement décousu et l'écrivain change de style en mélangeant allégrement les anecdotes et les protagonistes. Il faut avouer que parfois on s'y perd un peu. De plus la traduction – sans doute très difficile- paraît assez curieuse par moment. Ce livre, passionnant, est donc quelquefois assez confus et sa lecture parfois malaisé voire laborieuse. Mais que cela ne vous décourage pas car TRAINSPOTTING est un roman témoignage extraordinaire et sans concession sur le quotidien de jeunes irrémédiablement plongés dans la défonce. Ici il n'est question que de fausses amitiés et rivalités impitoyables pour un simple joint ou une bière. L'amour y est inexistante, polluée par la drogue et la haine toujours présente dans un coin du cerveau de tous les protagonistes.
TRAINSPOTTING est un livre choc à l'écriture déconcertante. C'est un roman puissant qu'il serait dommage de rater. Du même Irvine Welsh, j'ai lu aussi
Ectasy : Trois contes d'amour chimique. très bon livre, mais néanmoins, moins fort que celui-ci.


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jeudi 17 décembre 2009

Gudule. (Duguël, Anne) : La petite fille aux araignées. (In Le club des petites filles mortes). (Bragelonne et Denoël / Présence du fantastique)

Miquette refuse de communiquer avec autrui, mais elle parle dans sa tête, se raconte... Elle raconte pourquoi elle élève des araignées, les nourrit de mouches qu'elle attrape en compagnie de Gogol, son « pote » mongolien, à l'hôpital où elle a fini par échouer... Elle raconte comment, un jour, sa mère a commencé à vieillir à toute allure pendant que sa tante rajeunissait. Elle raconte comment la première se retrouve finalement dans la tombe où devrait reposer la seconde... Comment son chien Titus, qu'on lui a enlevé, avait compris bien des choses, tout chien qu'il est... Elle nous confie le secret du contenu de cette poupée dont elle ne s'est jamais séparée... L'histoire de Miquette n'est-elle que la fabulation d'une petite fille traumatisée, ou a-t-elle pénétré dans un territoire où la magie vaudou se moque bien de la psychanalyse ?

Ce petit roman est le quatrième du formidable recueil LE CLUB DES PETITES FILLES MORTES, premier tome des œuvres fantastiques complètes de Gudule..
Je l'avais déjà lu il y a un bout de temps quand il était paru aux éditions Denoël. Est-ce bien du fantastique ? Pour l'ambiance, c'est certain. Pour l'histoire,c'est au lecteur de se faire son opinion.
En tout cas,ce récit est passionnant. Le monologue intérieur de Miquette nous emmène aux confins de la folie et Gudule réussit le tour de force de nous offrir un roman à la fois effroyable et attendrissant. Le surnaturel est ici le prétexte de plonger dans l'univers bouleversant de l'imagination (ou de la réalité) d'une petite fille. L'histoire commence assez drôlement, puis le malaise s'installe vite avant de laisser la place à l'horreur pure. Miquette est interné et on comprend vite pourquoi son psychiatre est très inquiet.
Ce livre n'est certes pas un conte pour enfant mais il en prend des éléments pour les déformer, les distordre pour arriver à les transformer en ingrédients terribles d'un livre d'épouvante.
LA PETITE FILLE AUX ARAIGNÉES est un formidable petit bouquin de terreur captivant et très original.
Décidément, que ce soit sous le nom de Gudule ou d'Anne Guduël, cette écrivain nous offre de fabuleux romans très courts mais très intenses.


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lundi 14 décembre 2009

Bartelt, Franz : Chaos de famille

Camina est née avec ce caractère infâme. Issue d'une famille de grands déprimés. Tous pensionnés, incapables d'un travail régulier, toujours à pleurnicher, à se plaindre, à courir les médecins, à se bourrer de cachets. Incroyable. Le père s'est flingué. Il était contrôleur des trains. La mère continue de verser des larmes. Les frères et les sueurs ont leurs habitudes à l'asile. l'aîné palpe une pension d'invalidité, tant il se fabrique des idées sombres reconnues par la médecine. Il pense tellement à mal qu'il ne peut même pas éplucher une pomme de terre sans formuler le vœu de tomber, carotide en avant, sur la pointe du couteau. Les grands-parents ne valaient pas mieux. Ils sont toutefois morts de vieillesse. Comme bien des incurables.

Le choix de cette collection pour ce livre est assez étonnant. Ce n'est pas un policier et le récit ne se rapproche même pas du thriller. Mais quel bonheur de lecture !
Rabelaisien, truculent, déjanté... les mots manquent pour décrire ce bouquin. Ne cherchez pas une quelconque vraisemblance dans ce récit qui atteint des sommets d'humour énorme ! Non, il suffit de se laisser entraîner dans l'histoire de cette horrible famille dont les membres tombent comme des mouches (à merde). Attention toutefois aux yeux sensibles car les descriptions sexuelles, si elles ne sont guère érotiques, sont quand même très « hard ». Mais il faut prendre CHAOS DE FAMILLE pour ce qu'il est : un splendide exemple de pochade réjouissante où les rebondissements sont toujours plus drôles mais aussi de plus en plus fabuleusement impensables.
Bref ce bouquin est une farce mais une farce jubilatoire totalement loufoque que l'on dévore d'une traite. Le livre idéal pour égayer un dimanche pluvieux, et qui remplacera avantageusement un cachet de Lexomil.


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jeudi 10 décembre 2009

De Vigan, Delphine : No et moi. (Le Livre de Poche)

« Elle avait l'air si jeune. En même temps il m'avait semblé qu'elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu'elle connaissait de la vie, quelque chose qui faisait peur. » D.V.
br/> Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d'amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu'au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu'elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l'errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin.
Mais nul n'est à l'abri...

Sujet casse gueule ! Une adolescente surdouée, légèrement loufoque qui rencontre une SDF, l'impose à sa famille elle même dans l'affliction à la suite de la perte d'une enfant, un ami, Lucas, révolté au grand cœur habitant seul sans ses parents... tout était réuni pour nous donner un roman à l'eau de rose. Et pourtant ce n'est absolument pas le cas.
Cette histoire est traitée sans misérabilisme et avec beaucoup d'humour mais ne bascule jamais dans la caricature et pose, mine de rien les vrais problèmes avec beaucoup de tact. Le récit aborde avec beaucoup de crédibilité des sujets aussi variés que la crise familiale, les rêves et révoltes des adolescents, le premier amour et bien sûr la terrible question des sans abris, avec beaucoup de crédibilité et surtout sans tomber dans le mélo. De plus la fantaisiste petite Lou, l'héroïne du livre est très attachante et l'écriture de Delphine de Vigan est vraiment agréable dans sa simplicité.
J'ai beaucoup aimé ce livre captivant mais aussi touchant et souvent très drôle. C'est à mon avis une belle réussite.
Ce bouquin bien sympathique a obtenu le Prix des Libraires 2008.


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lundi 7 décembre 2009

Panshin, Alexei : Rite de passage. (Galaxie-bis)

Mon Univers est un vaisseau... Un des grands vaisseaux qui ont quittés la Terre, jadis, avant qu'elle explose et que les hommes se dispersent entre les mondes des étoiles. J'ai 12 ans et comme je suis encore une petite fille, je m'amuse à passer d'un niveau à l'autre par les conduits d'aération. Tout en bas, au fond du Vaisseau, il y a les machines, la Technique. Au 3ème Niveau, il y a un soleil artificiel, mais les prés sont vrais, et les oiseaux et les lapins aussi : c'est un coin de la Terre que nos ancêtres ont reconstitués là pour ne pas perdre ce qui fait encore de nous des humains. Et, pour rester humains et parce qu'il nous faut être forts, nous avons une règle de sélection à laquelle chacun doit se soumettre. Chacun, au seuil de l'adolescence, doit affronter seul une planète sauvage. Bientôt, ce sera mon tour...

Ce livre écrit en 1968 fut publié dans cette édition en 1973. Je découvre ce roman seulement maintenant. Je ne connaissais pas cet auteur et c'est un peu par hasard que je l'ai acheté. Il est resté d'ailleurs un bon bout de temps dans ma PAL avant que je m'y intéresse et que je me plonge dans sa lecture.
La première partie du livre nous fait faire connaissance avec Mia Laflèche, petite fille de douze ans et nous assistons à son rapide cheminement vers la maturité. Ces premiers chapitres nous familiarisent aussi avec son environnement et ses amis et parents (très discrets).
Ensuite vient une passionnante série d'aventures dans l'immense vaisseau spatial. Tout le récit est entrecoupé de digressions politico-sociologiques et surtout d'étonnantes considérations philosophiques. Mais jamais elles ne plombent le récit. Au contraires, ces petits moments aèrent le roman et, paradoxalement, lui donnent de la cohésion.
La dernière partie, beaucoup plus conventionnel est consacrée à « l'épreuve » proprement dite et nous plongent avec Mia et son ami Jimmy dans une aventure au rythme débridé sur la planète où ils passent leur « Rite de passage ».
Le final est assez prévisible mais quand même assez pessimiste sur l'avenir des colonies humaines. Elle est même assez cruelle et l'auteur ne se prive pas de critiques politiques que l'on pourrait facilement transposer à notre époque et dans la réalité. En cela, ce livre est tout à fait représentatif des années 60 où presque tout était prétexte à un débat.
J'ai beaucoup aimé ce roman, classique dans sa forme mais tout à fait original dans son fond. Passionnant et intelligent, ce livre, comme tous ceux de cette collection « Galaxie/bis » présente à la suite du roman un courte nouvelle. Celle-ci : VOYAGE EN CONSERVE de R.A Lafferty mélange le baroque et la poésie. Elle est très sympathique.
RITE DE PASSAGE est un bon petit roman qui a obtenu le prestigieux Prix Nebula 1968 et je vous en conseille sa lecture.


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jeudi 3 décembre 2009

Caldwell, Erskine : Terre tragique. (Folio)

Cette terre tragique, c'est Poor Boy, une sorte de zone sordide, le long d'un canal, à l'entrée d'une grande ville américaine. Dans les maisons délabrées, au milieu des herbes folles où fleurissent les vieilles boites de conserve et les bouteilles vides, vivent des familles que le chômage, l'extrême misère, la paresse, l'alcool, la maladie, les vices ont profondément marquées. Les fillettes s'y livrent à la prostitution, à la fois candides et perverses. Malgré leur désespoir, les êtres damnés qui vivent dans ce cloaque s'y attachent car ils y subissent le charme d'une liberté anarchique. C'est cette atmosphère que Caldwell a recréée d'une façon saisissante dans son récite de l'aventure tragico-burlesque de Spence et Maud, qu'une assistante sociale ingénue s'efforce d'arracher à ce lieu maudit.

Erskine Calwell, est un écrivain que l'on pourrait qualifier de « naturaliste améicain» dans la lignée de John Steinbeck, de William Faulkner et de finalement bien d'autres écrivains dont Jim Harrison pourrait être l'exemple contemporain.
Ce livre serait tout simplement effroyable s'il n'était écrit avec un humour, certes féroce, mais tout à fait réjouissant. C'est paillard, c'est drôle mais aussi très cruel. La pauvreté est ici totale et l'espoir totalement interdit pour la famille Douthit mais pourtant TERRE TRAGIQUE est un livre que l'on lit avec le sourire. Spence est un individu roublard, menteur, fainéant, alcoolique... en fait il cumule pratiquement tous les défauts mais reste presque sympathique. Ses démêlées avec la jeune assistant sociale qui veut absolument lui faire quitter avec sa famille ce trou à rats pour le faire regagner sa ville d'origine est très drôle. On pense aux romans humoristique de Steinbeck comme TORTILLA FLAT ou RUE DE LA SARDINE. Dans ce livre, tous les protagonistes sont totalement dénués de sens moral et on découvre même que Miss Saunders, la jeune assistante sociale, qui se fait rouler dans la farine par Spence, pense plus à sa carrière naissante qu'aux intérêts de cette famille qu'elle essaye de sortir de son trou.
Lisez TERRE TRAGIQUE pour avoir à la fois une description de la misère la plus noire qui pouvait régner aux États-Unis à cette époque (le roman date de 1944) et une lecture truculente à l'humour cruel omniprésent. Les « petits blancs » de ce livre resteront longtemps dans les mémoires.
De cet écrivain j'avais déjà lu LE PETIT ARPENT DU BON DIEU, son plus célèbre roman que je viens de commander pour une nouvelle lecture et j'envisage sérieusement de m'en procurer d'autres.


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