lundi 6 septembre 2010

Chattam, Maxime : Carnages

Harlem Est. 18 novembre. 8h28. Ils sont tous là, dans le hall de l'entrée du lycée. Plus que quelques minutes avant le début des cours. Parmi les élèves, un adolescent prépare son arme. Le carnage peut commencer... Quand l'inspecteur Lamar Gallineo arrive sur les lieux, c'est pour découvrir le cadavre du tueur qui a retourné son arme contre lui. L'affaire dépasse rapidement le fait divers : de nouvelles tueries ont lieu dans d'autres établissements. Lamar doit à tout prix enrayer cette macabre épidémie. Mais les apparences sont trompeuses. Toujours.

Les bouquins de Chattam se suivent et ne se ressemblent pas. J'avais vraiment beaucoup aimé LES ARCANES DU CHAOS, ses multiples mystères, ses trouvailles et rebondissements incessants...
Ici, on a à faire à un très petit livre. Sa taille pourrait même faire penser à une nouvelle mais sa structure est bien celle d'un roman. Le récit est très linéaire et se lit facilement mais l'intrigue est quand même plus que tirée par les cheveux, les caractères des personnages forcément bâclés et Chattam a eu l'intelligence de ne pas prolonger inutilement de récit qui n'apporte pas grand chose à son œuvre.
Je dois dire aussi que je n'ai guère aimé le ton moralisateur et pro-peine de mort des deux dernières pages.
CARNAGES est un livre que l'on peut lire sans ennui mais que l'on oubliera très vite.


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jeudi 2 septembre 2010

Orwell, George : Dans la dèche à Paris et à Londres. (10/18)

Plus d'un bon esprit, à commencer par Henry Miller, juge que Dans la dèche à Paris et à Londres est, avant même 1984 et Hommage à la Catalogne, le plus grand de tous les livres d'Orwell qui écrivait pour sa part : C'est un récit bien banal et j'espère qu'on lui reconnaîtra à tout le moins les mérites qu'on reconnaît d'ordinaire à un journal de voyages. Je puis encore ajouter ceci : Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou. Ce monde, je veux un jour l'explorer plus complètement. J'aimerais connaître des hommes comme Mario, Paddy ou Bill le mendiant non plus au hasard des rencontres, mais intimement. J'aimerais comprendre ce qui se passe réellement dans l'âme des plongeurs, des trimardeurs et des dormeurs de l'Embankment. Car j'ai conscience d'avoir tout au plus soulevé un coin du voile dont se couvre la misère

J'avais déjà lu ce livre il y a maintenant bien des années. Mon exemplaire ayant disparu, je l'ai donc racheté en poche pour me replonger dans cette œuvre qui m'avait tant marquée. Et cette relecture ne m'a pas déçue. Paru en France en 1935 sous le titre de LA VACHE ENRAGÉE sous le vrai nom de l'auteur (Eric Blair), ce récit nous narre une plongée dans la misère assez hallucinante. C'est un témoignage dramatique et saisissant sur la vie des très pauvres au début des années 30. Orwell pose un regard extraordinairement juste sur la vie quotidienne des travailleurs très pauvres et chômeurs de cette époque. Ses descriptions s'enrichissent de réflexions sur la pauvreté extrême, ses raisons et son iniquité. Grâce à une superbe écriture époustouflante de précision, l'écrivain nous fait partager la peine, le désespoir, la misère totale de personnages pittoresques qui essayent de survivre dans un monde sans pitié pour les pauvres. Mais on assiste aussi a de beaux moments d'espoir, de solidarité et de chaleur humaine qui aident à accepter une condition épouvantable.
Quelques moments d'humour parsèment aussi ce récit magnifique. DANS LA DÈCHE À Paris et à LONDRES est un reportage exceptionnel, un témoignage indispensable doublé d'une analyse, d'une critique et d'un jugement sur cette société qui tolère voire encourage l'injustice et l'extrême pauvreté. Hélas, ce livre est toujours d'actualité.
On peut ajouter qu'après l'avoir lu, on ne peut que jeter un regard plein de suspicion sur les grands hôtels et restaurants célèbres.
Et encore une fois, quelle écriture nom de Dieu !


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lundi 30 août 2010

Caroff, André : Mort d'un libraire (Fleuve Noir " Spécial Police" n°395 de 1964

C'est un peu par hasard que j'ai acheté ce vieux polar. Le titre me plaisait bien (peut-être une sorte de vengeance envers ceux qui me font dépenser une fortune en bouquins).
Et puis, plus sérieusement, J'aime beaucoup André Caroff dont les ouvrages étaient parmi les meilleurs de la collection « Angoisse » .
Et ce roman policier se révèle également très bon. C'est l'histoire classique d'un meurtre et de l'enquête de deux policiers pour trouver le coupable. Bien entendu il y a pléthore de suspects, qui, tour à tour, deviennent LE coupable idéal jusqu'au dénouement imprévisible avec la révélation surprenante du véritable meurtrier.
L'écriture d'André Caroff (de son vrai nom André Carpouzis, hélas décédé l'année dernière) est fluide, vive, très agréable. L'intrigue tient la route et ce livre est un parfait exemple de ce que pouvait apporter de bon la littérature dite « de gare ».
Mais ce livre a un côté énigmatique par le choix de l'auteur de prendre des noms anglo-saxons pour les différents protagonistes. Chriss Reagan, Hank, Tom Collins (Caroff devait apprécier les cocktails) Shad (surnommé gum) etc. alors que l'enquêteur, Jousse, a tout d'un Maigret, que deux malfrats s'exprime dans un argot bien parisien et que la bâtisse où se déroule l'essentielle de l'intrigue ressemble étonnamment à un immeuble haussmannien. Il est vrai que cette maison est localisée rue Lincoln...
D'ailleurs l'écrivain se garde bien de décrire quoi que ce soit en dehors de l'immeuble de peur sans doute d'afficher son ignorance des États-Unis (ou de l'Angleterre ?). On sait seulement que la ville où se déroule l'action est située entre une montagne et la mer. Rien d'autre. Le mystère de ce choix est donc complet.
MORT D'UN LIBRAIRE est un bon petit polar datée de 1964. Il ne me laissera peut-être pas un souvenir impérissable mais a réussi à me procurer une bonne soirée de lecture.
Si vous le croisez dans une bouquinerie.... foncez ! Pour ma part j'ai deux autres romans policiers d'André Caroff dans ma PAL sans parler de l'intégrale de la série fantastique « Madame Atomos » rééditée par Rivière Blanche et un tas de romans dans la collection « Angoisse »


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jeudi 26 août 2010

Allison, Dorothy : L'histoire de Bone. (10/18)

En Caroline du Sud, les étés sont étouffants. Les soirées se passent sur la véranda, à boire du thé glacé et à raconter des histoires. Ruth Anne Boatwright, surnommée Bone par sa famille et estampillée "bâtarde" par le comté de Greenville, se souvient. Elle revoit sa grand-mère édentée, impertinente, ses tantes farouches, usées par leurs grossesses, ses oncles violents, ivrognes pris au piège de leur misère. Elle se souvient de l'amour qu'elle portait à sa mère et de la haine grandissante qu'elle éprouvait pour son beau-père.
Elle se souvient et elle raconte, avec une brutale sincérité, les aspirations d'une petite fille, la violence insoutenable, l'amour obstiné. Ce premier roman largement autobiographique, écrit pour exorciser cette enfance brûlée, a été finaliste pour le National Book Award en 1992.

Ce livre, qui me fut conseillé par mon amie Diane, est un véritable diamant noir. Un de ces livres à la fois terribles et beaux dont on ne peut se détacher avant le dernier mot et qui restent dans notre souvenir définitivement.
Dorothy Allison, nous raconte l'histoire, presque banale d'une famille de « petits blancs » déshérités dans l'Amérique profonde de la fin des années 50. Ruth Anne dite « Bone » (os) est une petite fille née de père inconnue est entourée d'une famille aimante malgré une misère à la limite du supportable. Hélas sa mère se remarie avec Glen qui tout en la détestant la désire sexuellement et la martyrise régulièrement.
L'HISTOIRE DE BONE ne tombe jamais dans le misérabilisme, il ménage même quelques moments d'humour dans son récit. Il montre aussi une solidarité et un amour souvent émouvant au sein d'une famille pourtant guère portée sur les sentiments. Les hommes sont rarement montrés à leur avantage : ivrognes, bagarreurs, incultes... et ce sont les femmes ici qui réussissent à limiter la misère sociale et à assurer, vaille qui vaille, la survie de leur famille.
Bone raconte sa vie, celle de sa sœur, de sa mère et de sa lignée tout en brossant un portrait saisissant de la Caroline du sud bien loin du rêve américain. Il en est même son envers. Cette petite fille confesse ses colères, ses peurs, elle décrit minutieusement la violence, le chômage, la pauvreté mais aussi l'espoir et l'amour.
C'est un livre poignant dont l'ambiance fait un peu penser aux romans d'Erskine Caldwell. Le récit est passionnant (on se demande toujours quelle tuile va encore tomber sur Bone), parfois terriblement triste, parfois drôle et toujours émouvant.
L'HISTOIRE DE BONE doit absolument figurer dans votre bibliothèque.
Merci Diane pour cette superbe lecture.


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lundi 23 août 2010

Denuzière, Maurice : Un chien de saison. (Le Livre de Poche)

Quand un célibataire bien tranquille accepte de prendre en pension, le temps des vacances, le chien de son meilleur ami, l'aventure commence. Il faut reconnaître que Néron, boxer bringué, lourd de quarante kilos de muscles et de malice canine, a une étonnante propension à faire d'énormes bêtises. La preuve est ainsi administrée qu'un chien peut bouleverser une existence quiète et organisée, tout en se révélant un compagnon fidèle et tolérant. 
Ce roman humoristique de Maurice Denuzière, dédiée à la mémoire d'un boxer, est un livre tendre et drôle, où sont notamment évoquées la solitude du cœur, la fragilité des relations sociales et, surtout, l'affection sincère dont ont besoin les chiens... et les hommes.

Voici le type même du petit bouquin plein d'humour et d'esprit qui ravira une large majorité de lecteurs. Les amoureux des chiens bien sûr, mais pas seulement, savoureront toutes les péripéties et aventures de Félix, maître malgré lui d'un boxer de 40 kg.
Les bêtises de Néron ont souvent des conséquences catastrophiques sur la vie, autrefois tranquille, de Félix mais, très vite une sorte de complicité affectueuse se noue entre le gros chien et le célibataire endurci. Ce petit roman se dévore d'une traite et même si certaines situations n'évitent pas la caricature, on se régale à la lecture de ce récit très drôle dont la description de la cordiale amitié homme/chien sonne juste.
Il faut noter aussi la belle écriture et le riche vocabulaire de Maurice Denuzière qui contribuent au plaisir de la lecture.
Un petit roman à recommander pour les vacances.


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jeudi 19 août 2010

Honaker, Michel : Le Fouilleur d'âmes. (Fleuve Noir "Anticipation")

Hériter de la lampe d'Alladin et de son génie, d'une baguette magique oubliée par une fée distraite, d'un pouvoir surnaturel, d'un ange gardien... Voilà la solution pour s'extirper des marécages d'une vie médiocre.
La solution à tous les problèmes ? Voire...
Brian Shadley, écrivain raté, l'a cru. Jusqu'au jour où le rêve a tourné au cauchemar.
Certains serviteurs ont parfois d'étranges façons de servir leur maître... Et comment licencier le diable ?

Ce petit bouquin tiré de ma collection Fleuve Noir « Anticipation » s'apparente au fantastique et non pas à la science fiction.
Mashendomirnozoyd, Mash pour les intimes est un démon familier assez particulier qui se présente sous la forme d'un être vaporeux. Son unique but est de servir son maître en réalisant le moindre de ses désirs, le moindre de ses phantasmes. Et si au départ le maître en question est ravi de tout ce que Mash peut lui apporter (richesse, vengeance, puissance), il déchante vite devant ce démon si envahissant dont il a hérité avec les autres biens d'un parent éloigné....
Et puis le rêve devient contrariété puis tourment pour rapidement devenir un abominable cauchemar.
Ce livre est passionnant malgré un thème finalement classique dans le fantastique. Une écriture vive et nerveuse, sans temps morts, et une histoire qui tient parfaitement la route, que demander de plus ?
LE FOUILLEUR D'ÂMES est un bouquin qui fait vraiment passer une bonne soirée, un très bon « Fleuve » et le premier de cet auteur que je lis.
Je mettrai deux bémols à cette petite chronique. Pourquoi avoir situé ce récit aux États-Unis ? Cela n'apporte rien à l'intrigue qui aurait pu se dérouler en Normandie ou en Auvergne et manque même parfois de véracité dans les descriptions. Et puis il faut avouer que la fin est légèrement décevante car un peu prévisible.
Ceci étant dit, LE FOUILLEUR D'ÂMES est tout à fait recommandable. Vous pouvez le trouver à vil prix assez facilement. Je vous le conseille.


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lundi 16 août 2010

Vautrin, Jean : Baby Boom. (Histoires Mazarine)

Voilà revenus les personnages de Vautrin. Cette fois, ils entreprennent la plus difficile des escalades : se hisser sur le toit du bonheur. Dès lors, comment ne pas aimer cette petite fille qui croit tuer les hommes rien qu'en les regardant ? Qui sont ces Américains qui, à force de vouloir un enfant, acceptent de jouer avec un bébé de chiffon ? Pourquoi Henri brûle-t-il tant de posséder "l'eau chaude" ? Qui est le pogo aux yeux rouges ? Vers quel voyage au bout de l'exigence s'enfonce ce milliardaire qui traverse l'Orénoque pour aller vers son père ? Où est le bonheur ? Qu'est-ce que c'est ? Faut-il manger des bonbons ? Forniquer contre argent ? Pisser dans une bouteille ? Ou se faire photographier tous les jours de sa vie devant Constantinople ?

L'écriture de Jean Vautrin est très particulière et les romans et nouvelles de cet écrivain ne peuvent laisser indifférents. On aime ou on déteste. Pour ma part, j'aime.
Ce recueil contient des nouvelles assez disparates que je qualifierai de joyeusement pessimistes. Certaines frôlent le surréalisme et offrent des récits où l'absurde est très présent. Je pense notamment à « Baby Boom » avec cette poupée de chiffon qui prend la place d'un enfant dans le cœur d'une femme au grand dam de son mari. Mais lui même...
Je pense également à « Jesse Owens a fumé sa dernière cigarette », superbe et énigmatique récit où la folie a la part belle ou à « Le voyage immobile de Kléber Bourguignault » qui raconte une inoffensive manie qui se métamorphosera en une terrible obsession. La fin de cette nouvelle est très cruelle !.
D'autres histoires sont plus conventionnelles mais bénéficient du style inimitable de l'écrivain. J'ai particulièrement aimé la dernière : « Je mourrai et j'irai vers mon père » à l'atmosphère étouffante.
Bref, BABY BOOM est un livre hautement recommandable. Cerise sur le gâteau, il bénéficie d'une magnifique couverture dont l'illustration est due au génial Bilal.
Que du bonheur donc !


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jeudi 12 août 2010

Veronesi, Sandro : Terrain vague. (Bernard Grasset)

Italie, fin des années 60. Deux mondes différents mais parallèles se font face. D'une part le Chantier, quartier miteux des bas-fonds, où les habitants, des laissés pour compte, survivent tant bien que mal en marge du boom économique. De l'autre côté du chemin, les enfants trouvés de l'orphelinat des Chérubins, placé sous l'autorité du père Spartacus, ancien missionnaire intégriste qui souhaite ériger, à la gloire de la Sainte Vierge, un sanctuaire fait d'engrenages et de néons, grâce au magot d'un petit malfrat repenti.

L'action de ce roman se situe entre un orphelinat religieux tenu par un ex missionnaire illuminé voire dément assisté de sœurs dont les méthodes d'éducation frôlent le sadisme et Le Chantier, sorte de terrain vague planté en bordure de ville où se retrouvent les déshérités de tout poil. Salvatore, échappé de l'orphelinat trouve asile dans ce bidonville et est pris en charge par Omera, vieux clochard magouilleur puis à la mort de celui-ci par Rase-Mèche, truand incendiaire qui lui apprend vite son métier d'arnaqueur d'assurance. Salvatore devenu entretemps Rolando Morgante prend à son tour le jeune Pampa sous son aile. Et pendant ce temps, la folie du père Spartacus se développe...
C'est un livre passionnant, un roman qui pourrait être terrible mais qui grâce à un humour souvent réjouissant et des situations parfois à la limite du burlesque reste tout à fait supportable. Nous sommes confrontés à l'extrême pauvreté à la délinquance et au crime mais le misérabilisme n'est pas de mise dans ce récit parfois truculent, parfois tragique et brutal.
TERRAIN VAGUE est un très très bon livre qui aborde la misère sous un angle assez particulier et qui par certains côtés frise le surréalisme.
Un livre que je vous recommande chaudement.


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lundi 9 août 2010

Mauméjean, Xavier : Ganesha : Mémoires de l'Homme-Éléphant. (Mnémos)

Londres, fin du XIXe siècle. Qui est réellement Joseph Merrick, celui qu'on surnomme " l'Homme-Elephant " ? Homme ou bête ? Monstre de foire ou curiosité scientifique ? Une simple anomalie de la nature ou... un dieu ?
Lorsqu'il rédige se " Mémoires ", il n'a pas trente ans et réside depuis quelque temps à l'hôpital de Whitechapel sous la protection du médecin Frederick Treves. Un refuge qui lui permet d'observer les splendeurs et les misères de la capitale, et de mener l'enquête : quatre affaires, précisément, soit autant que de saisons dans une année. De leur résolution dépendra peut-être plus que son destin, car " le monde s'efface dans les rêves de l'éléphant... "

Récompensé en 2000 par le Prix Fantastic'Arts du Festival de Gérardmer, ce roman fantastique et troublant a séduit un large public. Racontant la dernière année du célèbre " Elephant Man ", il témoigne de la richesse et de l'inventivité de l'imaginaire français. La présente, édition, illustrée a été entièrement retravaillée et augmentée.

Un roman atypique et superbe. Cette fiction met en scène le fameux Éléphant man et l'imagine en détective à la sherlock Holmes (on croise d'ailleurs brièvement celui-ci) qui, dans ce livre est confronté à quatre affaires (une par saison). C'est très "holmien" donc mais absolument original. L'homme éléphant est assez antipathique, a une très haute opinion de lui-même et se prend même pour un dieu ! Le livre qui rend très bien l'ambiance du Londres victorien dépeint admirablement la grande ville du XIX° malgré une économie des descriptions parfois légèrement frustrante et tous les personnages du récit ont un caractère remarquablement affirmé.
L'auteur, manifestement très érudit, revisite les contes de notre enfance, les mélange à la mythologie hindouiste et se sert de la réalité de ce temps pour nous offrir un bouquin composé de quatre enquêtes qui forment un ensemble brillant et souvent étonnant. Un livre passionnant !
Un grand merci à mon pote suisse24 pour ce beau cadeau. :etreinte:
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jeudi 5 août 2010

Agapit, Marc : Voyage en rond (Le)

C'est bien sûr essentiellement pour la magnifique illustration de couverture signée M. Gourdon que je me suis procuré ce bouquin daté du 4° trimestre 1964. Mais aussi pour la signature de Marc Agapit qui a écrit de forts bons petits polars et romans d'angoisse. J'avais d'ailleurs beaucoup apprécié de cet écrivain Les Santons du diable.
Comme il n'y a pas de texte de présentation, je me suis plongé dans sa lecture en ignorant tout à fait à quelle sorte d'histoire j'allais être confronté.
Mais je dois dire que si l'idée de départ d'une double schizophrénie et d'un cauchemar éveillé était alléchante, son traitement s'est révélé très décevant. Le narrateur est fou, on le comprend trop vite. Et les péripéties s'enchaînent rapidement certes, mais avec un manque de crédibilité assez gênant. Le bouquin est tout à fait lisible et certains passages sont réjouissant grâce à un humour macabre assez réussi mais le plaisir de la lecture est souvent gâché par des approximations désagréables et surtout un manque de suspense presque permanent. De plus la fin est assez prévisible.
LE VOYAGE EN ROND est un petit livre lisible mais, il faut bien l'avouer sans grand intérêt.
Reste, un bouquin qui se lit en deux heures à peine, un titre aguichant (trop !) mais surtout, et c'est pour moi l'essentiel, une fantastique couverture qui en fait un des joyaux de ma collection « Angoisse » . De plus je me suis procuré cette « merveille » pour moins de trois euros. Je ne regrette donc pas mon achat sans pour autant en recommander la lecture.

lundi 2 août 2010

Drolet, Patrick : J'ai eu peur d'un quartier autrefois. (Éditions Hurtubise, collection Texture)

« Après avoir pris quelques respirations, je remarquai une voiture bleu marine devant la demeure de l'ombre cannibale. Une automobile qui n'avait pas sa place dans le tableau de mon voisinage. La voiture était garée là, sans conducteur, elle semblait reprendre son souffle, son énergie vitale. Qui attendait-elle ? Pourquoi devais-je m'attarder à ce bolide qui respirait l'air de mon voisinage ? Était-il en relation avec l'ombre cannibale ? L'engin avait des pneus gris et lisses, d'une grandeur et d'une circonférence qu'on voit rarement dans une vie. On aurait dit que ses pneus avaient fondu et qu'ils s'étaient remodelés à plusieurs reprises sur la longue route qui séparait ma ville de l'Ohio. Après l'avoir finalement touchée, une chaleur résonnait dans la paume de ma main. Ce qui me fascinait de l'automobile, c'est qu'elle n'avait pas de reflets. »

C'est mon amie québécoise Diane qui a eu l'immense gentillesse de m'envoyer ce livre. Livre qui aurait pu avoir comme titre alternatif « L'ombre cannibale » tellement ce terme revient souvent dans le récit au point d'en être le thème central.
Ce livre est une première œuvre et pourtant il est étonnant de maîtrise et d'originalité. Un langage inusité au service d'une histoire atypique et énigmatique au possible.
L'homme au centre du récit raconte ses peurs, ses phobies et on sent la folie affleurer dans sa panique, ses égarements et son affolement devant des gens au comportement banal et des décors qui devraient lui paraître familiers. Ce petit roman au ton grinçant, au vocabulaire sortant vraiment de l'ordinaire voire même carrément délirant m'a séduit par son étrangeté, sa lourde ambiance parfois cauchemardesque mais toujours inquiétante.
Inutile d'essayer de trouver un sens logique dans ce récit d'une panique perpétuelle, d'une frayeur d'autant plus épouvantable qu'elle est sans cause réelle.
J'AI EU PEUR D'UN QUARTIER AUTREFOIS est un petit bouquin surprenant qui peut dérouter le lecteur pas sa singularité et son mystère mais qui fascine pour les mêmes raisons. Il faut se laisser emporter par son style saisissant, son obscurité voire son hermétisme.
Une véritable réussite et je vous en conseille la lecture. Personnellement j'ai adoré !
Merci chère Diane pour cette étonnante découverte. :etreinte:


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jeudi 29 juillet 2010

Nelson, Blake : Paranoid Park. (Le Livre de Poche)

Bon, c'était la dernière semaine de l'été et on se trouvait dans le centre-ville quand Jared a suggéré qu'on fasse un tour à Paranoid Park, histoire de voir. Sur le coup, je n'ai rien dit. J'avais entendu parler de Paranoid, bien sûr, mais je n'avais jamais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style : " Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park. " Et c'est là que tout a commencé.

Paranoid Park est l'histoire d'une innocence perdue, celle d'un jeune skater de dix-sept ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. Un cadavre, pas de témoin. Sera-t-il capable d'affronter le monde réel et les conséquences de son acte ? Blake Nelson signe un thriller psychologique brillant autour des désarrois de l'adolescence. Paranoid Park a été adapté au cinéma par Gus Van Sant.

Ce bouquin traînait dans ma PAL depuis un bon moment quand j'ai vu que son adaptation cinématographique allait passer à la télévision. Je savais que si je regardais le film avant de lire le livre, il était à peu près certain que ce dernier resterait encore longtemps tout en bas de ma PAL démesurée. Je me suis donc précipité pour lire en urgence ce petit bouquin. Bien m'en à pris puisque ce livre m'a passionné !
Le récit commence comme un thriller classique avec un mort (accidentel) et une enquête qui touche de près l'auteur de cet accident. Mais très vite, la psychologie prend le pas sur l'action et nous suivons le cheminement du sentiment de culpabilité, la peur de la découverte et du châtiment de ce jeune garçon par ailleurs fort sympathique. On assiste à ses efforts pour essayer de continuer une vie « normale » entre ses copains, ses études et ses parents. Les problèmes normaux de l'adolescence se greffent sur l'omniprésence de son action passé. Séparation de ses parents, découverte de l'amour, évolution de ses amitiés... toute une vie banale polluée par son terrible secret. Mais si la tentation de se dénoncer pour retrouver une tranquillité d'esprit est forte, la découverte de la duplicité de certains adultes va l'empêcher de révéler son acte.
Le récit est passionnant et cette confession tout à fait poignante. Comment réagir quand on commet l'irrémédiable ? Doit-on en assumer les conséquences alors que l'irréparable n'est pas vraiment de son fait ?
Ce livre essaie de répondre à ces questions tout en captivant son lecteur. Attachant, fascinant par certains côtés, PARANOID PARK est un bouquin admirablement écrit et d'une sensibilité rare que l'on dévore en deux soirées.
J'ai regardé le film le lendemain et je dois dire qu'il m'a nettement moins convaincu. Mais c'est normal..


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lundi 26 juillet 2010

Andrevon, Jean-Pierre : Météore de Sibérie (Le). (Rivière Blanche)

En 1906, un corps céleste mystérieux s'abattait sur la Tugunska, en plein coeur de la Sibérie, causant mort et dévastation. Aujourd'hui, l'histoire semble se répèter…

Le journaliste photographe Marc Lucciani et ses confrères américains Oskar Selznick et Frank Matheson décident d'enquêter sur place, mais ils n'ont aucune idée de l'horreur qui les attend au sein de l'énigmatique "camp des étoiles" créé par les autorités russes pour exploiter les abominables secrets du METEORE DE SIBERIE…

Lire un livre de Jean-Pierre Andrevon est presque toujours un grand plaisir et celui-ci ne déroge pas à la règle. Deux ouvrages de l'auteur sont disponibles chez Rivière Blanche et j'avais vraiment beaucoup aimé L'AFFAIRE DU CALMAR DANS LE GRENIER dans la même collection.
En partant d'un fait réel (le fameux météore tombé en Sibérie au début du siècle dernier), Andrevon imagine qu'un nouveau bolide spatial vient s'abattre de nouveau dans la même contrée. Des journalistes décident de se rendre au point d'impact pour enquêter.
Toute cette première partie s'assimile à un roman d'aventures et l'écrivain arrive avec brio à nous réfrigérer tellement ses descriptions du froid polaire sont étonnantes de réalisme. Et puis avec l'intrusion de Marc dans le camp secret russe, les choses sérieuses commencent...
Et là, on retrouve le style inimitable de J-P Andrevon, mélange de science-fiction classique avec des scènes horrifiques tout à fait convaincantes. Ici tout est hostile au photographe français. Le climat bien sûr, qui joue un grand rôle dans ce livre et qui rend le cadre du récit particulièrement crédible mais aussi les services secrets russe, l'armée et bien sûr le savant fou. Car il y a bien un savant fou qui pratique d'ignobles expériences sur des humains dans cette base qui ressemble singulièrement à un cercle des enfers ! Et le roman ne cesse de monter en puissance jusqu'à l'apothéose d'un final apocalyptique. Quelques pages de conclusion permettent à l'auteur de nous faire redescendre « en douceur » avec une fin mélancolique très réussie.
LE MÉTÉORE DE SIBÉRIE est un bon petit bouquin. Classique dans son fond, il bénéficie de la maîtrise de l'écriture d'Andrevon, vieux briscard de la science-fiction française et se lit d'une traite.
Un bon bouquin de détente qui ne vous décevra pas.

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jeudi 22 juillet 2010

Cunningham, Michael : Maison du bout du monde (La). (10/18)

Jonathan et Bobby ont grandi ensemble au rythme des musiques seventies et dans les fumées de marijuana.
Approchant de la trentaine, ils se retrouvent à New York où ils essaient en compagnie de Clare, tout à la fois l'amie, l'amante et la mère, d'inventer la famille des années 80 écartelée entre la fin du rêve hippie, le solde de la révolution sexuelle et les débuts tragiques de l'épidémie du sida.
Au gré de leurs errances, La Maison du bout du monde dépeint les espoirs et les angoisses de toute une génération.

Après Les Heures et Le livre des Jours , ce livre est le troisième de cet écrivain que je lis.
Ce gros bouquin m'a beaucoup plu mais je le trouve quand même un ton au-dessous des deux premiers cités.
Le parcours de ce couple à la « Jules et Jim » est tout à fait bien rendu, les personnages bien cernés et l'émotion qui se dégage de leurs aventure bien réelle. J'ai donc dévoré les 425 pages de LA MAISON DU BOUT DU MONDE presque d'une traite, séduit par l'écriture lumineuse de Michael Cunningham et captivé par le récit du destin de Jonathan, Bobby et Clare. Bref, un tout bon bouquin qui alterne les moments d'optimisme et les passages plus tragiques vécus par les trois personnages principaux du roman. Pas de héros dans ce roman mais des gens simples, angoissés par le monde, torturés par une homosexualité souvent mal assumée et qui finissent par vivre ensemble en se retranchant plus ou moins du monde.
La seule faiblesse du livre est justement dans l'homosexualité omniprésente du livre. Car TOUS les protagonistes sont gay ! Même la cuisinière embauchée dans le restaurant vit en couple avec une femme. Ce n'est certes pas un livre militant mais on reste dubitatif devant le nombre de gays présents dans le récit.
Cette petite remarque mise à part, LA MAISON DU BOUT DU MONDE est un livre passionnant, émouvant, parfois drôle, mais toujours formidablement bien écrit. Chaque chapitre montre le point de vue d'un des personnages. On suit ainsi le parcours de Jonathan, Bobby, Clare et Alice (la mère de Jonathan) traversant leur vie en écoutant beaucoup de musique rock, comme pour assourdir le bruit de fond du reste de la société.
Ce beau livre me conforte dans la très bonne opinion que j'aie de cet écrivain.


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lundi 19 juillet 2010

Barbet, Pierre : Survivants de l'apocalypse. (Fleuve Noir "Anticipation")

La quatrième Guerre mondiale redoutée de tous éclate. Elle ne suit pas le schéma progressif des armes tactiques aux mégatonnes : Américains et Russes, pensant détenir un atout en interceptant les missiles, lancent d'emblée les armes stratégiques...
La France, prise entre deux feux, écope d'une bonne partie des bombes tombées en panne avant d'atteindre l'apogée de leur orbite. Apocalypse fin juin...
Les rescapés, à la Baule, sur la Riviera, dans la banlieue parisienne, tentent de s'organiser pour survivre. Hélas, les retombées s'abattent impitoyablement sur tout l'hémisphère Nord, avec leurs conséquences ; cancers, leucémies et... mutations. Est-ce la fin de l'Homo Sapiens ? Quel sera le sort de l'Europe après la bataille d'Armageddon ?

Un petit « post apo » pour la route ? Ce bouquin est parfait pour un bon petit moment de détente à la condition de ne pas être trop exigeant et de ne pas avoir peur de lire du « déjà vu ».
En effet, le sujet est archi-classique et le traitement de celui-ci par Pierre Barbet sans grandes innovations.
Mais l'écrivain maitrise bien son sujet (on sent une documentation en béton sur les radiations) et l'écriture est assez agréable pour faire oublier les stéréotypes inévitables et un certain manque de renouvellement dans ce thème souvent rabâché dans la science fiction.
N'attendez pas de SURVIVANTS DE L'APOCALYPSE un livre qui vous marquera pour longtemps mais par contre il vous procurera quelques heures de lecture agréable en compagnie de personnages assez attachants pour passer une bonne soirée.
Pierre Barbet a écrit un bouquin sympathique et finalement assez optimiste malgré son scénario « catastrophe ».
Vous pouvez vous le procurer à très petit prix.


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