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lundi 22 septembre 2008

Claudel, Philippe : Quelques-uns des cent regrets. (Folio)

" Elle portait des cheveux un peu plus longs que par le passé. Sa blondeur s'était mêlée d'argent. Son visage gardait la beauté simple qui en était la marque. A peine les rides l'avaient-elles tissé d'un mince réseau de blessures. Le temps s'était déposé en elle, avec sa fatigue et son poids, comme une poussière. Etaient-ce les années vécues sans la voir qui me faisaient la croire plus jeune qu'elle n'était en vérité ? "
A la mort de sa mère, le narrateur revient sur les lieux de son enfance, dans une petite ville du Nord inondée par la crue d'une rivière. Durant les trois jours qu'il passera là surgissent les figures disparues, celle de la mère bien sûr, jadis aimée plus que tout, et celle plus inquiétante du père absent dont la légende dit qu'il est mort dans une guerre lointaine. Roman poignant où, par petites touches, Philippe Claudel explore l'amour filial avec une extrême délicatesse et une surprenante réserve.

Encore un livre de Philippe Claudel, encore une magnifique lecture. Au risque de me répéter, je trouve que cet écrivain maîtrise la langue française comme personne. Ce livre raconte une histoire simple, presque ordinaire. Mais elle est traitée avec une délicatesse, une justesse de ton et une tendresse jamais mièvre, assez extraordinaire. Le récit est passionnant et cette histoire toute simple donne l'occasion à Philippe Claudel de décrire une petite ville de province et de brosser les portraits d''une humanité qui subit le poids du destin. Le cafetier malade et alcoolique, sa femme faussement handicapée, le pilier de bistrot, le curé qui ne croit guère en dieu, le fossoyeur... tous ployant sous le poids du temps implacable et des petits renoncements qui petit à petit défont l'espoir. L'atmosphère est lourde mais jamais menaçante. C'est ainsi et puis c'est tout ! Et le récit s'achemine doucement vers une fin attendue. Beaucoup de non-dits, une grande réserve, une élégance et une tendresse évidente n'empêche pas l'écrivain de nous raconter une histoire banalement tragique. L'ombre de l'inceste plane sur le roman mais Claudel laisse au lecteur le choix de son opinion.
QUELQUES-UNS DES CENT REGRETS est un beau roman admirablement écrit. Une grande réussite. Je crois que je suis fan de cet écrivain !



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dimanche 22 juin 2008

Claudel, Philippe : Petites mécaniques (Les). (Folio)

" Le rêve en sa mémoire perdait de sa fraîcheur, mais non de sa force, et si la violence du songe demeurait, ainsi que les multiples détails de la scène comme par exemple les gestes des deux hommes, le bras nu de la femme au carrosse poussiéreux, la jeune femme ne parvenait plus que très rarement, et à chaque fois avec une peine accrue et une intensité moindre, à éprouver la trouble émotion née de son rêve, ce vertige fébrile qui nouait et dénouait ses entrailles quand les chocs des coups résonnaient sur le pilier, et que l'église s'anéantissait tout entière.
Aussi, afin de pouvoir à loisir retrouver ce qu'elle n'avait jusqu'alors jamais connu, pas même lors des étreintes fatiguées du vieux comte qui l'avait épousée, Beata Désidério eut-elle l'idée de faire peindre son rêve. ".
BOURSE GONCOURT DE LA NOUVELLE 2003

Nous sommes de bien petites mécaniques égarées par les infinis
Blaise Pascal


Chaque fois que j'ouvre un livre de Philippe Claudel, auteur que j'ai découvert bien tard, j'ai l'appréhension d'être déçu. Je me dis qu'une si belle écriture risque de ne pas trouver de sujets dignes d'elle. Et à chaque fois l'écrivain me sidère par le plaisir que la lecture de ses romans et nouvelles me donne.
Ce recueil de nouvelles est vraiment superbe. Pour une bonne moitié, les récits se déroulent dans un moyen-âge indéfini. L'auteur a créé pour ce livre des univers cruels, oniriques, fantastiques souvent.
Les histoires, toujours passionnantes, sont souvent dérangeantes. Philippe Claudel nous raconte des épidémies étranges et terribles, la mort d'un malandrin, un bandit qui, après avoir rencontré la mort change son existence pour retrouver son destin 30 ans après, un peuple qui pourchasse et crucifie ses poètes, une étrange et immense prison qui paraît convenir à ses détenus...
Puis aussi une magnifique nouvelle ayant pour héros un admirateur forcené d'Arthur Rimbaud. La fin en est énigmatique. Qui est qui ?
Mais aussi un monde ou l'on kidnappe des femmes pour trouver une « reproductrice » parfaite, sorte de reine d'une ruche humaine soviétisée, un homme qui recherche jusqu'à la mort la signification d'un mot, un autre qui meurt en rêvant qu'il meurt...
Treize formidables nouvelles, originales, inventives et remarquablement écrites.
Philippe Claudel excelle dans les textes courts. Ses nouvelles sont concises, denses et pleines de sens.
Avec ce livre, il nous offre un beau et grand moment de lecture.



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lundi 21 avril 2008

Claudel, Philippe : Café de l'Excelsior (Le) (Le Livre de Poche)

- Viens donc Jules, disait au bout d'un moment un buveur raisonnable.
- Ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc une tournée...
Et grand père quittait son piédestal, un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu'il avait si peu connue, si peu étreinte, et dont la photographie jaunissait au-dessus d'un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens, et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme une peine jamais surmontée, allait remplir les verres des clients.

Encore un beau texte de Philippe Claudel. Ce n'est pas un roman (86 pages) mais plutôt une nouvelle. Ce café véritable assommoir, sale, sans charme, réservé à quelques habitués, devient vu par les yeux d'un enfant, le petit fils du propriétaire, un endroit merveilleux, presque magique.
L'auteur avec sa prose si belle décrit très bien la métamorphose de l'infâme troquet en lieu paradisiaque par la grâce de l'amour que se portent un grand-père et son petit-fils. Encore une fois l'écrivain nous offre un beau petit moment d'émotion sans tomber dans le pathos. Un (très) petit livre que j'ai lu d'une traite en admirant l'écriture nette, simple et pleine de poésie et de nostalgie de Philippe Claudel.



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lundi 28 janvier 2008

Claudel, Philippe : J'abandonne. (Folio)

« D'un signe, mon collègue me fait comprendre qu'il est encore trop tôt, qu'il vaut mieux attendre encore si nous voulons avoir une chance. Les hyènes que nous sommes ne sont jamais pressées. Elles tournent des heures autour de leur proie en attendant qu'elle faiblisse et se couche. C'est pourquoi nous ne présentons notre demande que lorsque le client est allé au bout, tout au bout de son chemin. C'est quand il est bien tendre, comme dit mon collègue, qu'il faut bondir et le dépecer. Et nous bondissons. Mais aujourd'hui, je ne veux plus bondir. »

Le dernier livre lu de Philippe Claudel, LE BRUIT DES TROUSSEAUX m'avait laissé sur une petite déception. Mais avec ce livre, je retrouve cet écrivain subtil et étonnant qui sait si bien faire ressentir des émotions complexes à ses lecteurs.
C'est un livre douloureux qui raconte la lassitude d'un homme, son dégoût et sa révolte vis à vis d'un monde de vulgarité et de souffrance . C'est l'histoire d'un homme, veuf, poignant de lassitude qui voit la vie sans nuance. Seule sa petite fille l'empêche, on le sent bien, de basculer totalement. Il est exaspéré par le « beauf » qui lui sert de collègue, par la bêtise, la méchanceté de ce qui l'entoure. Mais c'est dans l'exercice de son terrible métier qu'il rencontrera à travers une autre souffrance que la sienne une petite lueur d'espoir.
Philippe Claudel manie la causticité avec art. On peut même trouver de l'humour dans ce récit pourtant très noir.
Ce livre est encore une petite perle de l'écrivain décidément inspiré.
Il serait dommage de passer à côté.



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lundi 14 janvier 2008

Claudel, Philippe : Le Bruit des trousseaux. (Le Livre de Poche)

Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. « Vous êtes bien courageux d'aller là-bas ! »
Il n'y avait rien à répondre à cela.
Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque,oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : « Je sors de prison. » Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux ?

Après avoir écrit ce récit, Philippe Claudel le qualifie de 'Faux témoignage » et avoue : »Il me manque quelque chose d'essentiel pour parler de la prison, c'est d'y avoir passé une nuit. » Impressionnant.

C'est la première fois que je suis un peu déçu par un livre de Philippe Claudel. Il faut dire que c'est un peu de ma faute. Je m'attendais à un roman et c'est un documentaire dont il s'agit ici.
Le livre est une succession de témoignages et de réflexions sur la prison à travers son expérience de professeur de français venu enseigner dans le milieu carcéral. De petites scènes, des anecdotes sans liens entre elles. Le bouquin est court et tout en restant intéressant, n'apporte aucune nouvelle connaissance sur la vie pénitentiaire.
Bien sûr le récit composé de petits paragraphes est bien écrit et il se lit avec plaisir et intérêt. Mais, comme l'auteur qui jette l'éponge après plusieurs années de professorat, le lecteur n'est pas fâché de terminer ce livre.
Sympathique, édifiant, mais ni surprenant ni vraiment passionnant.



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samedi 10 novembre 2007

Claudel, Philippe : Meuse l'oubli. (Folio)

" Des jours durant, j'ai décliné le visage et le nom : "Paule, ma Paule, ma petite Paule du bord de mer, du centre des terres sous les volées d'orage, des soirs de Gand et de Lille", j'ai brassé ses cheveux et sa nuque, ses épaules et ses cuisses, le rire dans ses yeux, et je tentais de l'unir, ma Paule en allée, à l'impossible mot... morte, morte, morte... "
Face à la perte de Paule, le narrateur fuit les lieux où ils ont vécu et finit par s'installer dans le village de Feil, sur la Meuse. Dans ces paysages nostalgiques et cette atmosphère brumeuse, la présence de Paule devenue obsédante se mêle aux souvenirs d'une enfance douloureuse. Dans Meuse l'oubli, Philippe Claudel évoque avec talent le renoncement et l'acceptation du deuil, et restitue avec justesse et pudeur cette souffrance que seul le temps atténue.

Philippe Claudel est né en 1962. Il a reçu le prix du roman France Télévision en 2000 pour son roman J'abandonne, et la bourse Goncourt de la nouvelle en 2003 pour Les petites mécaniques. Son roman Les âmes grises, couronné " Meilleur livre de l'année 2003 " par le magazine Lire, a obtenu le prix Renaudot 2003 et le Grand Prix 2004 des lectrices de Elle. Il est traduit dans vingt-cinq langues.

Ce livre, très sombre est tout simplement l'histoire d'un deuil. La révolte, la tentative d'oubli dans l'alcool, puis la fuite. Ensuite, un long travail avant l'acceptation de la disparition de l'être aimé.
Ce qui frappe avec cet ouvrage, comme d'ailleurs avec tous ceux de Philippe Claudel, c'est l'admirable usage de la langue française. L'auteur est sans doute actuellement un de ceux qui manient avec le plus de talent l'art de tourner les phrases avec un sens de la métaphore et un style éblouissant tout en gardant une subtile forme de simplicité qui permet une lecture agréable et limpide. Du grand Art !
Un récit qui est tout empreint de poésie tout en gardant une profonde pudeur.
C'est le quatrième livre de Philippe Claudel que je lis après LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH, LE MONDE SANS LES ENFANTS et LES ÄMES GRISES et j'apprécie toujours autant. J'ai comme l'impression que je tarderai pas à continuer de voyager dans l'imaginaire de cet auteur si attachant.



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lundi 27 novembre 2006

Claudel, Philippe : Le monde sans les enfants et autres histoires. (Stock)

Les enfants aujourd'hui ne s'en laissent pas conter, mais ce sont néanmoins des enfants, avec leurs angoisses, leur naïveté, leurs interrogations, leurs espoirs. Ces histoires, souvent cocasses et drôles, leur ouvrent une fenêtre poétique et parfois philosophique sur le monde. Au fil des pages, on croise des fées maladroites, des balayeuses de soucis, des chasseurs de cauchemars, des fillettes qui inventent des vaccins pour rendre les gens heureux, et d'autres personnages pleins de tendresse.
Toujours avec pudeur et émotion, Philippe Claudel aborde, grâce à eux, des sujets graves ou tabous, comme la maltraitance, la maladie, la guerre, la mort, la différence, mais aussi tout simplement ces petites peurs ou ces complexes que l'on doit vaincre pour devenir grand. Ces histoires à partager en famille sont une invitation au dialogue, au débat avec les adultes une fois le livre refermé car les grandes personnes oublient trop facilement les enfants qu'elles ont été, et leur responsabilité à l'égard des générations à venir.
De superbes illustrations de Pierre Koppe accompagnent ce livre touchant et poétique, pour petits et grands.

Décidemment, Philippe Claudel est un auteur aux plusieurs visages. Après le formidable mais crépusculaire LES ÂMES GRISES, sombre roman décrivant une enquête sur un meurtre pendant la première guerre mondiale, après LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH, récit simple mais captivant au dénouement extraordinaire, voici un livre de contes pour enfants. Où plutôt un livre destiné aux enfants que les plus âgés doivent lire.
Vingt petites histoires que l’on dévore avec bonheur car l’écriture de l’auteur est toujours aussi belle et son inspiration toujours aussi originale.
Vingt récits drôles souvent, mélancoliques parfois, qui émeuvent toujours.
Vingt manières graves ou légères d’aborder des joies ou des angoisses enfantines.
Un livre « de cœur » qui se déguste en souriant, en admirant au passage les magnifiques illustrations du peintre Pierre Koppe.
Un bel ouvrage que l’on offrira aux 10/12 ans mais que l’on pourra leur piquer en cachette. Chacun son tour !



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mercredi 9 août 2006

Claudel, Philippe : Les Âmes grises. (Le Livre de Poche)

" Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé. " C'est peut-être enfin la paix... hasarda Grosspeil.
-La paix mon os ! " Lui lança son collègue qui rabattit la .aine trempée sur le corps de la fillette. "

Les Âmes grises (Prix Renaudot 2003, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire, Grand Prix des lectrices de Elle catégorie roman) a été traduit dans vingt-cinq pays.

J’avais lu et beaucoup aimé il y a peu de temps LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH du même auteur et j’étais assez curieux de lire celui-ci. Hé bien je ne suis pas déçu. Même belle écriture imagée que l’on pourrait croire du XIX° siècle, même délicatesse dans les descriptions et la psychologie des personnages. Toujours de très belles formules pour une histoire simple mais juste. Le récit évoque un meurtre mais est surtout une belle peinture des mœurs d’une petite ville française pendant la première guerre mondiale. C’est un roman de réflexion subtil sans être inutilement complexe. On a ici à faire à de la très bonne littérature populaire sans pour autant être racoleuse.
Un auteur à suivre.



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jeudi 6 juillet 2006

Claudel, Philippe : La petite fille de Monsieur Linh. (Stock)

Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n’emportant avec lui qu’une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l’enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang Diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés.
Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d’autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s’ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un cœur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l’amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques. (L’éditeur)

Quelle belle écriture ! Philippe Claudel est un de ces écrivains qui sans fioritures inutiles savent transformer une phrase presque banale en modèle de texte clair et lumineux. Ce livre, outre une histoire simple mais prenante, offre au lecteur un réel bonheur grâce à la beauté de son écriture. Les phrases possèdent toutes un rythme envoûtant proche de la poésie.
Qu’on en juge !


« …Il marche sur un sentier difficile, se dit monsieur Linh. Il écoute la voix qui lui est si familière même si elle dit des choses qu’il ne comprend jamais. La voix de son ami est profonde, enrouée. Elle paraît se frotter à des pierres et à des rochers énormes, comme des torrents qui dévalent la montagne, avant d’arriver dans la vallée, de se faire entendre, de rire, de gémir parfois de parler fort. C’est une musique qui épouse tout de la vie, ses caresses comme ses âpretés… »

De belles phrases donc mais au service d’un véritable récit extrêmement captivant. La simplicité de l’histoire n’empêche nullement sa profondeur et la fin se révèle absolument étonnante.
Un livre étincelant qui donne un rare plaisir de lecture. Un livre que je suis certain de relire et qui va prendre une place d’honneur dans ma bibliothèque.
Je n'ai pas encore lu "LES ÁMES GRISES", grand succès littéraire du même auteur mais je le commande immédiatement !



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mercredi 9 novembre 2005

Fournier, Alain : Le grand Meaulnes.

Lire LE GRAND MEAULNES c'est aller à la découverte d'aventures qui exigent d'incessants retours en arrière, comme si l'aiguillon du bonheur devait toujours se refléter dans le miroir troublant et tremblant de l'enfance scruté par le regard fiévreux de l'adolescence. Le merveilleux de ce roman réside dans un secret mouvement de balancier où le temps courtise son abolition, tandis que s'élève la rumeur d'une fête étrange dont la hantise se fait d'autant plus forte que l'existence s'en éloigne irrévocablement. (L’éditeur)

Qu’ajouter à ce petit texte de présentation de l'édition de poche ? Peut-être insister sur le drame et la fatalité qui émergent de ce livre. Insister aussi sur le bonheur que donne la lecture de cet ouvrage. J’ai lu pour la première fois LE GRAND MEAULNES quand j’étais jeune adolescent. C’est le côté mystère et aventure qui m’est apparu et qui m’a tout de suite fait aimer cette histoire. Pour ma deuxième rencontre avec ce livre, je m’ennuyais (à l’armée) et là, le surréalisme de l’œuvre m’a séduit. Et pour la troisième lecture, il y a quelques années, c’est l’intense poésie qui m’a frappée. Une œuvre unique et indispensable dont Claudel, Gide, Apollinaire et tant d’autres affirmaient qu’elle était un des phares de la littérature française. J’ai la chance d’en posséder une très belle édition.


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